Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Compteur

  

Publié par med médiène

Titien_Violante.jpg

Titien, Violente

Venise(s) 

Venise et l’Histoire
Parce que les ports sont aussi des portes, Venise est au 16ème siècle à la fois ville marchande et République éclairée où se croisent les mondes du monde. L’activité commerciale favorise ce mélange de gens, d’idiomes, de costumes, de couleurs, suscitant un perpétuel désir de l’Ailleurs, ce mystérieux au-delà de la mer d’où nait chaque jour le soleil. Le continuel dialogue des différences stimule l’esprit et aiguise une sensibilité particulière dans la Cité des Doges, qui cultive un humanisme  concret, sensuel, un humanisme vénitien en somme. L’humanisme de la Renaissance - florentin par exemple -, qui place l’homme au cœur de l’univers et relègue Dieu dans les confins du ciel, bouleverse alors la vision du monde dans la péninsule et bien plus loin, en Flandres, en Allemagne, en Espagne, mais cette pensée neuve n’atteindra que tardivement le cœur de la patrie de Titien.

Le début du XVIème siècle est menaçant pour Venise. Le reste de l’Europe, lassé par ses visées coloniales, s’oppose à elle. Ses adversaires, réunis à Cambrai en 1508, s’unissent pour la contrer et lui interdisent fermement l’emploi des armes et par conséquent l’accès aux terres qu’elle convoite pour asseoir son hégémonie. Dès lors Venise abandonne toute velléité d’expansion coloniale, renonce aux guerres de conquête et recentre habilement son intérêt sur le négoce, l’art, et le plaisir. Elle se transforme avec intelligence en cité prospère, soucieuse de tranquillité. Retrouvant sa puissance financière et marchande, elle investit dans le mécénat et produit ce que l’histoire retiendra : le siècle d’or de Venise. La cité marine s’enferme dans un superbe isolement et se coupe des débats qui agitent les cercles éclairés des républiques et royaumes voisins.

Venise et la mer
Mariée à la mer par la multitude de ses canaux qui la pénètrent de toute part et coulent le long de ses imposants Palais jaunes et roses, Venise s’emploie désormais à briller par le seul faste de son raffinement. Alors que les précieuses reliques de Saint Marc la maintiennent au rang de la Rome sacrée où siège le pape, elle déploie, pour demeurer la puissance de l’Adriatique, une infatigable diplomatie menée par son Doge et son Conseil.
Les artistes vénitiens adhèrent à la politique des édiles et contribuent par leur talent à restaurer et diffuser l’image d’une cité qu’ils représentent heureuse, épanouie et silencieuse comme tout bonheur vrai. Vittore Carpaccio et les Bellini - Jacopo le père et ses deux fils, Gentile et surtout Giovanni - sont les premiers peintres à fonder ce qui sera appelé l’Ecole vénitienne. Avec eux le sens de la couleur prime sur le dessin et le support en bois, héritage de la manière de faire des Byzantins, est abandonné au profit de la toile tendue sur un châssis, adoptée par les peintres flamands. Cette révolution technique accorde aux artistes une plus grande liberté d’exécution et leur permet d’œuvrer sur des surfaces plus importantes où ils peuvent désormais avoir recours aux repentirs, ces inévitables corrections « d’écriture » plastique.
Les fresques murales, en vogue à Naples, à Florence et à Rome, ne font pas recette à Venise car le sel de la mer les corrode.

Venise et l'amour
Historiquement Venise se nourrit aussi de l’amour et de la spontanéité orientale. Elle voue un culte quasi charnel à l’eau, sa féminine fluidité, sa profondeur, sa surface moirée, à ses clapotements quand elle bute contre le bois de ses ponts et la pierre de ses édifices. L’opulente Venise, pieuse mais non prude, fonde son pouvoir sur la tolérance, le goût pour la couleur et la pensée rêveuse, le compagnonnage fertile des peintres et des poètes. L’amour de la vie en ces temps d’épidémie – la peste récurrente fait des dizaines de milliers de victimes – s’inscrit en creux dans l’activité des vénitiens qui recherchent la beauté tactile plus que le monde des idées. Venise palpe la chair, touche les corps et palpite de désir. L’une des évidences de ce moment de l’histoire longue de Venise : elle jouit infiniment de l’instant que ses peintres éternisent, malgré le feu des incendies, autre calamité aussi récurrente que la peste, qui réduit en cendre des quartiers entiers. La sérénissime cité des Doges, facile et généreuse plus que toute autre, ouverte aux plaisirs, traite avec égard les courtisanes qui accourent de l’Europe entière, transportant avec elles leur manière d’être et leur art d’aimer. Les artistes recrutent chez elles les graciles Vénus de leurs toiles. On dit qu’elles représentent, au plus haut de la gloire de la ville, le dixième de la population féminine. On dit aussi qu’elles s’amusent parfois à se déguiser en hommes et que dans les grandes occasions elles aiment à teindre de rouge la pointe de leurs seins. Ces femmes, raconte encore un chroniqueur du temps, savent s’attacher les hommes d’épée ou de négoce qu’elles fréquentent. Les fêtes accueillent les belles Vénitiennes, femmes légitimes ou maîtresses entretenues. Le blond particulier des chevelures ajoute un surcroît d’éclat aux dorures des palais prétoriens. La femme de haut rang se reconnait, outre la blondeur de ses cheveux, à la blancheur laiteuse de sa peau. Elégante et spirituelle, elle s’incarne dans le superbe accord de la chair lumineuse des modèles choisis par les peintres. Avec la richesse, le souci du luxe et du beau s’enracine, devient signe de reconnaissance dans le monde de l’aristocratie et de la bourgeoisie.
La peinture, pour éviter le courroux de l’Eglise, puise dans l’univers mythologique et biblique la figure de la femme qu’elle montre dans sa rutilance, dans ses interdits, dans sa nécessité érotique. C’est dans la Venise heureuse du 16ème siècle, le siècle flamboyant de Giorgione, de Titien, de Tintoret et de Véronèse, que naît le nu féminin couché. Une splendeur païenne émane de ces femmes étendues, comme en attente, avant l’amour ou après le bain.

Venise et la peinture
Venise vénère ses peintres parce qu’ils imposent, dans leur pratique, le primat de la clarté sur l’ombre et des couleurs vives sur l’uniformité du trait. Et devient elle même un sujet de leur inspiration avec sa lumière changeante que capture l’eau de ses canaux. Les artistes se mettent au service des gouvernants, des maîtres de la ville. Religieux et non religieux exigent d’eux qu’ils peignent la Sérénissime dans sa force, qu’ils glorifient Venise, son pouvoir et sa douceur de vivre. Venise devient le décor, les scènes religieuses sont des prétextes pour dire la beauté du quotidien et de la ville nouvelle qui se remodèle sous l’impulsion des architectes de la Renaissance. Elle n’est plus montrée alors de l’extérieur mais de l’intérieur, au fil de l’eau, dans sa fastueuse intimité. Une mythologie concrète s’invente puisant dans « les travaux et les jours » des vénitiens la réalité du temps. Les nouvelles procédures picturales soutenues par le renouveau de la pensée - l’université de Padoue toute proche exerce une influence capitale dans le débat - ouvrent à l’artiste des voies jusque là non empruntées. Dans sa glorieuse supériorité, Venise remet en question les hiérarchies établies ; elle s’impose par son commerce, sa finesse d’esprit et le talent de ses créateurs que courtisent les empereurs mêmes. Les navires rapportent du Levant et des Flandres des épices et des tapis, des bijoux et des objets rares, des œuvres d’art et des idées. Dans le ventre plein de ces navires se mêlent l’Orient et l’Occident dont Venise est la synthèse.
Le vénitien fortuné collectionne sculptures et tableaux. Il les expose dans ses demeures et en offre une partie – en guise d’impôts - à la République qui les conserve dans ses palais. Les artistes profitent de ce mouvement que permet la richesse et s’installent près des dignitaires de la Cité qui se les attachent en mécènes avertis. Les ateliers se multiplient, employant de plus en plus de collaborateurs dont certains viennent de Rome et de Florence, d’autres d’Espagne et des pays nordiques. Dès lors les peintres de Venise, mis en présence d’une autre façon de faire, donnent plus d’amplitude à leur geste en diversifiant les thèmes : portraits, scènes religieuses ou mythologiques, paysages. Ils accèdent ainsi plus facilement aux exigences de leurs principaux commanditaires : l’Etat, l’Eglise, les Scuole.
Certains d’entre eux sont envoyés en ambassadeurs dans d’autres villes auprès d’autres princes et Venise reçoit en retour dans ses murs les plus prestigieux artistes de l’Europe. La Sérénissime rayonne par son art sur tout le continent. Son organisation politique stable contribue à sa force d’attraction.

Les deux Venise -  et les autres
La première Venise est celle de l’eau, de la ville baignée des saveurs de l’Orient, avec Byzance comme constant point de souvenir, mais elle est aussi celle de la guerre, de la force et de la richesse. L’argent y circule comme les marchandises et l’eau de ses canaux. L’or et les perles, les fourrures et les velours, les soies et les satins concourent au plaisir des yeux qui annonce celui du corps d’une société curieuse, et peut-être jalouse, des raffinements que les voyageurs prêtent dans leurs récits à la vie orientale.
La seconde, contrainte par ses rivales coalisées, cède sur ses ambitions politiques pour se consacrer au commerce, à l’art et au plaisir.
Au même moment, plus au nord, d’autres Venise, les Venise du froid, Amsterdam et Anvers concurrencent, avec l’énergie industrieuse qu’on leur connaît, la cité des Doges. Comme leur sœur du Sud, elles dépensent sans compter en soins domestiques et esthétiques pour le confort et l’apparence. C’est là qu’un peu plus tard d’autres peintres de renom seront recherchés, flattés, généreusement payés. Ainsi Rubens et sa joie de vivre, Rembrandt et sa prédilection pour le clair obscur. On le sait, ils incarneront tous deux avec bonheur l’art de leur temps.

Titien - Jeune fille au miroir

Titien - Jeune fille au miroir

Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres
Venise, côté peintres

Commenter cet article