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Publié par med médiène

Le voyage que le jeune Jean Fouquet, peintre et enlumineur, effectue de 1443 à 1447 en Italie, à Rome et Florence où règne l’esprit humaniste de la première Renaissance, l’affranchit du formalisme médiéval de l’art français. Dans l’atelier d’artistes italiens où règne désormais l’esprit légué par Masaccio (1401-1428), l’inventeur de la perspective (cette innovante profondeur de champ qu’il délaissera quelquefois) et l’immense Fra Angelico (vers 1395-1455), enlumineur aussi, Jean Fouquet approfondit concrètement la technique du portrait faite de science, de travail et de talent. En 1446 il réalise celui du pape Eugène IV qui lui vaut l’admiration de ses pairs à Rome.
A Naples où Fouquet séjourne quelque temps il est mis en contact avec la peinture du nord de l’Europe, celle des Flamands au réalisme saisissant. Il fera de son apprentissage l’usage que l’on sait. A son retour en France, protégé par Etienne Chevalier, ami et trésorier du roi, il s’installe à Tours et devient le peintre attitré de Charles VII et de son successeur Louis XI. Il ouvre un atelier dans la ville qui connaît par son activité un succès immédiat. Il accueille des élèves qui se forment à son métier en collaborant à la réalisation des commandes de portraits que bourgeois, aristocrates et hommes d’Eglise lui font parvenir.
Les tableaux et les livres enluminés qu’il a laissés font de lui l’un des plus grands artistes français de son temps. Son influence s’exercera sur les peintres bien après sa disparition entre 1478 et 1481.

La cour du roi René d’Anjou (1409-1480) est installée en Avignon. Le prince, ami des arts, lui même poète, attire dans ses châteaux de Provence et d’Anjou, musiciens et poètes, peintres et enlumineurs célèbres, dont Nicolas Froment (vers 1435-1483). On occupe son temps aux fêtes, aux joutes poétiques et aux tournois. Les chevaliers doivent autant savoir défendre le blason de la dame de leur cœur qu’improviser des couplets à la gloire de l’amour exprimé dans les termes de la plus belle des galanteries. La ville ensoleillée retient derrière ses remparts, après les ponts, la gaieté méridionale d’un univers agi (té) par le bonheur de vivre. Ainsi vit le monde dans lequel arrive Agnès Sorel au moment où elle quitte sa Picardie natale pour entrer comme demoiselle de compagnie au service d’Isabelle, reine de Sicile, épouse du roi René, et sœur de Charles VII. Jeune fille issue de la petite noblesse, Agnès Sorel est prise sous l’aile protectrice de l’épouse du roi qui lui enseigne les codes de la cour. Elle apprend vite et son beau maintien la fait remarquer par le roi de France Charles VII. Attiré par elle, par sa beauté faussement sage, il exige qu’elle rejoigne le groupe des demoiselles de compagnie de Marie d’Anjou, reine de France, toutes nobles, toutes belles et toutes gracieuses. Agnès qui sait chanter, qui sait écouter, qui sait baisser ses beaux yeux, qui sait plaire en somme, devient une nuit la maîtresse du roi. L’éducation qu’elle a reçue auprès des grandes dames de la noblesse l’a préparée à cette éventualité. Aussi n’éprouve-t-elle aucun remords à l’égard de la reine délaissée ni ne se formalise de la haine que lui voue le dauphin, le futur Louis XI. Car être au roi, c’est comme être à Dieu. La jeune femme a désormais ses propres alliés auprès du monarque, notamment Jacques Cœur, le banquier négociant et Etienne Chevalier, le trésorier du royaume.

Profitant de l’ascendant qu’elle exerce, elle devient indispensable à son amant qu’avec amour elle suit dans ses déplacements de ville en ville. Elle est enceinte de son quatrième enfant quand le mal qui l’emportera rapidement se déclare. Elle meurt le 11 février 1450 laissant un roi momentanément inconsolable.
En 2005, une analyse des restes de la sublime Agnès révèle que son corps contenait une dose importante de mercure laissant supposer qu’elle aurait pu être empoisonnée. L’âge de l’innocence, le paradis perdu, reste la nostalgie primordiale de l’imaginaire occidental.
Séduits, et peut être solidaires, de l’audacieuse infraction à l’ordre divin de la première pécheresse et hantés par la faute qui révélait au premier homme la douceur de l’amour charnel, les peintres n’ont cessé de montrer cette femme à la magnétique beauté et, plus clairement, la beauté du péché. Car le péché, disaient les moralistes, est la Femme, cette Eve près de laquelle rôde toujours le serpent de la tentation. Ce refus des plaisirs de la chair, et plus généralement le mépris du corps, répété inlassablement, eut pour conséquence un étrange résultat. Les bains publics, alors nombreux et souvent mixtes, disparurent de l’Europe chrétienne tandis qu’ils se maintenaient dans l’Empire Ottoman. Il faudra attendre le 19ème siècle et la politique hygiéniste des gouvernants pour que le bain redevienne une nécessité sociale.
Reprenant la femme à Dieu, les peintres puiseront dans ce vaste champ d’amour qu’est la mythologie les ressorts thématiques pour exprimer leur désir d’elle et se l’approprier. Le corps fut alors représenté dans une beauté d’autant plus trouble qu’il était expurgé des signes qui caractérisaient sa  sexualité. S’appropriant les nouvelles connaissances en matière d’anatomie et les couplant à la représentation du corps héritée des Anciens, la peinture érigera Vénus (La Naissance de Vénus de Botticelli, vers 1486) ou Apollon en modèles parfaits. Et seuls, moralement parlant, recevables. Rappelons que dans la
statuaire grecque l’homme était plus représenté que la femme et que cette dernière se sculptait sans son sexe. Une sorte de territoire vide en tenait lieu. Sous l’impulsion de la Renaissance, qui éveillait alors un immense appétit de connaissances, l’art pictural français se transforme. On redécouvre les textes d’Ovide ou de l’Arétin, plus lestes, et l’on est charmé par les lutineries d’un Ronsard friand de mignonnes. Les artistes Italiens, invités par François 1er à Fontainebleau, imposèrent leur vision de la peinture et influencèrent la majeure partie des peintres bellifontains. A la suite de Rosso et du Primatice, ils adoptent le maniérisme. Cette nouvelle manière de peindre se distinguait par le brio d’une exécution – couleurs et dessin – qui soulignait, dans le corps féminin, l’affecté ou le gracieux. La femme, Vénus ou simple mortelle, y était dotée d’une excitante préciosité saturée d’érotisme.
Le délicat, le compliqué, le luxe, le désir amoureux, dont la Dame à sa toilette (1570) de  François Clouet ou Gabrielle d’Estrées et sa sœur (vers 1595) constituent les exemplaires illustrations, commandèrent les rapports sociaux et sentimentaux de l’élite. L’Ecole de Fontainebleau contribua ainsi à « donner un visage à l’art français ». Le goût pour l’érotisme, associé à celui de l’eau et de la chasse, inspira les multiples Diane, dont la célèbre Diane chasseresse (vers 1550). Au même moment Jean Cousin réalisait l’attirante et terrifiante Eva Prima Pandora (vers 1550).

Ecole de Fontainebleau - Gabrielle d'Estrées et sa soeur

Ecole de Fontainebleau - Gabrielle d'Estrées et sa soeur

Le nu renaissant - désir de l'art ou l'art du désir. Jean Fouquet et l'école de Fontainebleau
Le nu renaissant - désir de l'art ou l'art du désir. Jean Fouquet et l'école de Fontainebleau
Le nu renaissant - désir de l'art ou l'art du désir. Jean Fouquet et l'école de Fontainebleau
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