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Publié par med médiène

Lady Esther Stanhope (1776-1839)

Mémoires de Lady Stanhope (1845)
Voyages de Lady Stanhope (1846)
Par le docteur Charles Meryon

 

Londres
Lady Stanhope est issue de la haute aristocratie anglaise : dépensière, originale et politique.
Elle est la nièce de William Pitt, premier ministre anglais au moment ou l’Angleterre s’agace et s’inquiète de ce qui se passe en France : la Révolution puis Bonaparte puis l’Empire et les victoires sur l’Europe de Napoléon 1er     
Lady Esther, à la mort de son père, vient habiter chez son oncle au 10 Downing Street qui fait d’elle sa secrétaire, sa gouvernante et sa conseillère.
Pendant une dizaine d’année la jeune femme va régner sur l’entourage du 1er Ministre.
A 20 ans Esther est grande : elle mesure six pieds (1,80 mètre) et sportive : elle monte à cheval à la façon des hommes. Elle ne porte pas de corset et cela se voit. D’aspect viril elle n’est « ni jolie ni belle » selon l’un de ses proches. Elle a les yeux bleus, des dents petites, un nez recourbé, une bouche délicate et rentrée et un menton un peu long. Elle n’a rien donc de ce qui caractérisait les belles fleurs romantiques qui s’offraient à la vue dans les bals et les dîners de la cour royale.
Lady Stanhope se savait laide et l’assumait. Cela explique sans doute la raison pour laquelle elle n’a jamais consenti à poser pour un peintre et qu’il n’existe aucun portrait d’elle (la gravure qui illustre plus haut ce texte date de 1913.) Mais son esprit vif, ses réparties promptes et son intelligence hors du commun la faisaient craindre des courtisans qui fréquentaient le domicile de son oncle. Et comme toutes les vraies dames de l’aristocratie elle avait un maintien d’une extrême tenue.
William Pitt lui disait : « La solitude vous va, pourvu qu’elle soit profonde ; la monde vous convient s’il s’agite comme un tourbillon et la politique vous intéresse à condition qu’elle soit embrouillée. »
Elle devient le véritable bras droit du chef du gouvernement. Elle était à la fois redoutée et respectée.
En 1800, elle est lancée comme on disait. Flattée par tous les intrigants, elle dédaignait les compliments et méprisait l’univers étroit et intéressé dans lequel elle tenait une si grande place.
Elle condamnait l’hypocrisie et les mœurs dissolues de sa société. Elle voyait partout le factice gagner et était consternée par l’énergie que beaucoup déployaient pour des riens.
Elle déclara une guerre à mort contre les vertus de convention et à la fausse morale des femmes anglaises. Une véritable guerre contre la dictature du paraître et de l’affectation.
De la place que lui avait donnée son oncle elle voyait le dessous des cartes de la politique et de l’argent.
Mais à 47 ans, épuisé et ruiné, Pitt meurt. En cette année 1806 Napoléon remporte la bataille d’Austerlitz.
Lady Stanhope se retrouve subitement sans protection, cible de la vengeance haineuse des gens de cour et de l’ingratitude de la plupart de ses obligés.
Le gouvernement lui octroie une pension de 1500 livres ramenée petitement à 1200. Son style de vie l’oblige à s’installer loin de Londres. Elle y demeure quelques années puis ennuyée par la morosité de sa vie elle rompt avec son monde et, « orgueilleuse comme Satan », s’embarque avec son futur biographe, le docteur Meryon pour un lointain territoire anglais, Gibraltar, ce bout d’Europe d’où l’on peut voir l’Afrique.

Athènes, Istanbul, le Caire
Elle a 34 ans. Après quelque temps passé sur le rocher méditerranéen elle embarque pour l’île de Malte où elle rencontre le fils d’un riche négociant londonien, Michael Bruce alors âgé d’un peu plus de 20 ans. Le jeune homme était en train d’effectuer le tour du monde. Il modifie ses projets et suit dès lors ceux de l’énergique et convaincante Lady Stanhope. Au bout d’une semaine ils deviennent amants.
Comme Napoléon maitrisait la majeure partie de la Méditerranée, Lady Stanhope et ses compagnons, en tant que sujets britanniques, n’avaient pas d’autre choix que de naviguer sur les eaux qui échappaient au contrôle de la France, c'est-à-dire la méditerranée septentrionale, à savoir la zone turque.
Ils se rendent en couple à Athènes en août 1810. Leur arrivée fait scandale auprès de la communauté européenne.
Lady Stanhope et son équipe quitte la Grèce et aborde en octobre à Constantinople où elle demeure 8 mois, à Péra, sur la rive occidentale de la ville. Là aussi elle irrite par son
comportement l’ambassadeur d’Angleterre qui la trouve trop imprévisible ou trop anglaise. A l’époque la Turquie et l’Angleterre étaient alliées et combattaient ensemble les visées politiques de Napoléon. Le Sultan Mahmout II qui régnera de 1808 à 1839 était, dit-on, le fils de la fameuse captive devenue reine, Aimée Dubucq. En fin diplomate il comprend l’utilité de recevoir avec honneur la nièce du grand William Pitt.
Lady Stanhope sillonne à pied et en chaise à porteurs la capitale turque, fait des rencontres et goûte aux joies des promenades en barque sur le Bosphore. Comme les autres dames à voilette elle admire la beauté des bateliers Albanais ou Anatoliens, leurs corps harmonieux à la peau brunie par le plein air, évoquant « la couleur de belles statues de bronze. » (Théophile Gautier)
Elle quitte la Turquie pour l’Egypte à la fin de l’année 1811 sur un navire rempli de céréales qui, essuyant une formidable tempête, sombre au large de l’Ile de Rhodes. Voyage cauchemardesque où elle perd dans ce naufrage son argent, ses vêtements et son mobilier de voyage. L’équipage et les passagers restent une semaine isolés et sans secours jusqu’au moment où des paysans grecs arrivent à les joindre. De ce jour elle décide de ne plus s’habiller qu’en homme, mais à la mode turque.
Elle parvient enfin à Alexandrie au mois de janvier 1812. Elle ne s’attarde pas dans ce port trop occidentalisé et se rend au Caire. Mohammed-Ali, le vice-roi d’Egypte, séduit par cette femme particulière tombe sous son charme tapageur.
Voici comment elle décrit son costume le jour où elle est reçue par le vice-roi :
« Je porte une sorte de chemise en soie et coton et une veste courte avec des manches ; un grand pantalon bouffant brodé d’or, des bottes turques, une écharpe enroulée autour de ma taille pour placer les pistolets, un couteau et une sorte d’épée courte ; un gilet et sa fourrure, une ceinture en cuir pour la poudre et les munitions que l’on porte sur l’épaule. Sur ma tête j’ai enroulé un turban en cachemire placé de manière particulière sur lequel j’ai piqué une fleur des champs. »
Le docteur Meryon évalue son habit à 345 livres de l’époque (11650 livres d’aujourd’hui, environ 17035 euros.)
Pour se mettre en conformité avec sa nouvelle garde robe, et sans doute par commodité, elle s’était fait raser les cheveux.
Le costume arabe, avec son ampleur et ses plis lui conférait grâce à sa grande taille une allure  des plus imposantes.
Au Caire elle éprouve une grande curiosité pour le petit peuple. Elle est invitée par le Pacha Mohamed Ali dans son palais de l’Ezkebieh. Mais si la ville est pittoresque elle est également sale, pleine de puces et très bruyante.
Après avoir visité la vieille ville elle navigue sur le Nil et se rend jusqu’à la grande pyramide de Gizeh.

Palestine
En mai elle quitte le Caire pour la Palestine attirée par le désert et ses monastères habités par des moines solitaires. Elle voyage toujours avec Bruce qui pourvoit généreusement à ses fastueuses dépenses. Ils se dirigent vers à Jérusalem.
Ils accostent à la mi-mai dans l’un des ports les plus anciens de la Palestine, Jaffa, la porte de la Terre Sainte pour les pèlerins. C’est là, dit Lamartine, que l’arche de Noé fut construite en bois de cèdre du Liban et qu’Andromède fut attachée pour être livrée en sacrifice au monstre marin. Habillée en mamelouk lady Esther est reçue par le gardien de la ville qui lui offre un magnifique repas bédouin.
A Jérusalem elle entre par la porte de Belem. Elle est frappée par la quantité de mendiants qui  pullulent dans les rues de la ville et, comme au Caire, par la saleté qui y prévaut.
Elle traverse ensuite la Galilée, à l’époque infestée de « coupeurs de route » rançonneurs, et se dirige vers Nazareth construite au centre d’un paysage bouleversé par les luttes tribales, la guerre contre les Turcs et les épidémies. Marchant le jour et campant à la nuit tombée près d’un point d’eau ou d’un village pour s’approvisionner en œufs, volailles, pain ou bois pour le feu, elle arrive dans la ville biblique ceinturée de couvents et de minarets blancs tranchant sur le vert de la vallée.
C’est là qu’un voyageur se présente à elle déguisé en mendiant arabe. Il s’agissait de Johann Ludwig Burckhardt. Il allait au Caire et explorait les régions peu connues de la mer Morte. Il avait découvert la ville nabatéenne de Pétra. Bien avant Richard Burton ce voyageur suisse avait réussi à pénétrer les villes sacrées de l’Islam, Médine et la Mecque.
L’émir Bachir, le chef des Druzes, propose à lady Stanhope de visiter Sidon (Saïda) au sud du Liban. Pour s’y rendre elle traverse les montagnes abruptes aux sommets neigeux de l’arrière pays libanais mais aussi, dans ce site sauvage, des forêts de cèdres abritant des couvents/forteresses qui l’impressionnent. Le 29 juillet 1812, passant près de Djoûm, un village qui retient son attention, elle arrive à destination. Elle y reste un mois, notant, observant et discutant (elle sait parler l’arabe) avec la population envers laquelle elle se montre d’une grande prodigalité.
Elle s’aperçoit, par exemple, que l’islam pratiqué par les Druzes était différent de celui qu’elle avait rencontré jusqu’à lors. Elle avait été conviée à une fête religieuse et, comme ses hôtes, avait dû manger la viande de mouton crue.

Lady Stanhope est fascinée par cette communauté vivant en retrait de tout, à l’abri de leurs montagnes imprenables du Liban, avec sa neige et ses sources, ses chemins escarpés et ses vues à couper le souffle – même celui d’une aristocrate londonienne blasée.
Dans le palais de l’Emir, dont l’extérieur quelconque masque l’intérieur féérique, elle est reçue dignement par le prince de la montagne qui l’honore en lui faisant cadeau, à son départ, d’un superbe cheval arabe.
La comptabilité du père de Bruce avait chiffré ce long voyage luxueux. Une somme énorme que Londres estime inacceptable. Le fils allait devoir bientôt choisir : ou quitter sa ruineuse maîtresse ou accepter de ne plus être soutenu par la banque paternelle.

Damas
Lady Stanhope poursuit jusqu’à Damas la ville, à l’époque, la plus belle du monde musulman. Ville mythique dans l’inconscient oriental, elle était tombée aux mains des turcs en 1516. Ville riche, frondeuse et sage, à la fois bénie et maudite, plus vieille que toutes les autres, Damas est appelée par les Arabes Al Cham, « un morceau de Paradis. » L’eau, l’or des déserts, y abonde ; fraîche, vive, à profusion faisant éclore des jardins de fleurs et d’arbres fruitiers. Au fil du temps musulman elle est devenue une ville étape avant le dur désert arabique que devaient affronter les Hadjis se rendant à la Mecque
Quand lady Esther y pénètre, non voilée et chevauchant son pur-sang arabe, elle est prise pour un homme. Le Pacha de la cité la reçoit et accepte son style de vie. Pour elle cet épisode est « l’un des plus singuliers et peut-être l’un de ses plus grands exploits. »
Elle est invitée dans les appartements du Pacha : elle en retourne ébahie par le luxe raffiné qui partout marquait les soixante chambres immenses qu’occupaient le harem et la foule de domestiques de son hôte. Partout de belles cours pavées de marbre de couleurs, de la porcelaine, des fontaines murmurantes et des cascades joliment ouvragées, des orangers, des citronniers et des fleurs.
D’abord logée dans le quartier chrétien de la ville, mal vu par les autorités damascènes, le Pacha pense à mettre à sa disposition un palais lumineux près de la grande mosquée Omeyyade dans le quartier turc, c'est-à-dire noble.
Ici lady Esther sent qu’elle a trouvé son espace, ce lieu complexe et, comme elle, sans concession, et que son destin s’est scellé précisément là. Elle ne retournera plus à Londres : « j’ai trop d’imagination et de tempérament pour vivre dans l’hypocrite Angleterre. »
Dans les rues de Damas où elle allait sans crainte on l’appelait Maleki (reine) et l’on affirmait qu’elle était d’origine turque, qu’elle avait même du sang arabe. Une légende se tissait autour de sa personne qu’elle ne démentait pas. Au contraire.

Palmyre
Mais l’infatigable voyageuse regarde plus à l’est, plus loin que la riche, verte et fraîche  Damas. Son regard est attiré par le feu de Palmyre, le feu et la flamme de la mémoire. Son nom syrien Tadmor l’intrigue et son nom grec la fait rêver. Palmyre la cité engloutie, la ville femme, l’incroyable Pompéi des sables.
Elle sera, et cela la flatte, la première européenne à s’y rendre depuis l’époque romaine.
En avril 1813, escortée de centaines d’hommes commandés par le chef Bédouin, dont
Palmyre et les routes qui y menaient dépendaient, elle entame son expédition accompagnée de sa secrétaire Mrs Fry, Bruce qui était revenu d’Alep et le docteur Meryon. Quarante chameaux selon Lady Stanhope, soixante dix selon le médecin sont chargés du transport des personnes, de la nourriture et des bagages. Le personnel subalterne suit à pied armé de longues lances décorées de plumes d’autruches. Son périple dure 6 jours sous le torride soleil du désert syrien, 200 kilomètres de terre sèche, de pierres et de poussière sous un soleil de plomb. Il fait 50 degrés à l’ombre et plus de 60 à découvert.
La nouvelle de cette expédition se repend dans le désert et toutes les tribus de la région se mettent sur le passage des voyageurs pour voir cette étonnante et courageuse aristocrate anglaise.
L’arrivée à Palmyre ouvre une série de célébrations grandioses en son honneur. Dans une lettre elle se décrit ainsi : « Je porte sur la tête une longue écharpe en soie mêlée de coton brut pliée par les coins et retenue par une barrette rouge. Pour attacher cette écharpe il fallait plusieurs rangs de cordon faits avec des poils de chevaux. Le porte également une chemise, un pantalon large et une sorte de veste en soie rouge attachée à la taille par une ceinture en cuir. Au dessus de la chemise je porte une pelisse en cuir de mouton blanc et sur elle une immense tunique appelée abba avec deux ouvertures pour passer les bras. Cette tunique est faite d’un tissu semblable à celui des tapis avec des motifs géométriques aux couleurs voyantes. »

Zénobie
Elle devient dès lors semblable à une reine qui vient d’être intronisée, peut-être dans son esprit enfiévré, se voit-elle en moderne Zénobie.
Palmyre écrase d’admiration ses visiteurs. La ville antique, issue du désert, n’a gardé de sa splendeur ancienne que ses colonnes immenses qui s’alignent à longueur de vue dans l’ocre du sol
brûlant. Le tracé des rues dallées est encore visible sous le sable et les consoles, des centaines, se présentent sans les statues qu’elles portaient.
Les caveaux vides sont visités. La fraicheur surprend les Anglais comme surprend le bleu des plafonds et le dessin représentant les locataires défunts. Des hommes à toge, riches commerçants et leurs femmes, matrones dignes portant avec fierté des colliers de perles marines. Ces personnages sont en réalité des bédouins enrichis vivant à la manière de leurs modèles romains. Ils vivaient sous le règne de Zénobie, la reine à la peau sombre et sont les ancêtres des nomades campant au dessus de leurs sépultures dans les ruines de la cité morte.
Après s’être débarrassé de son mari Odenath qui avait aidé Rome à garder ses possessions orientales en battant les Perses, Zénobie songea à fixer les tribus dans une ville digne du royaume qu’elle voulait pérenniser, à l’instar de Rome justement. Elle fit venir des architectes et des artisans et en quelques années la capitale de ses rêves était née autour de la source où venaient s’abreuver les caravaniers en route pour le reste du monde. Zénobie, conseillée par le célèbre rhéteur Longin étendit son influence du Nil jusqu’à l’Euphrate. Il lui apprit le latin, l’égyptien, l’histoire. Et lui raconta l’histoire de Cléopâtre. Dès lors elle voulut plus : elle s’autoproclama Augusta, c'est-à-dire impératrice.
A cette nouvelle l’empereur Aurélien réagit vivement et quittant les Gaules qu’il essayait de soumettre il accourut en Syrie et battit l’armée inexpérimentée de Zénobie. Elle fut capturée et trainée à Rome où, humiliée, elle accepta de vivre bourgeoisement dans une villa de Tibur.

Djoûm
Arrive l’heure du retour vers des cieux plus cléments : Esther Stanhope regroupe ses gens et se dirige vers le Liban. Attaqués par des tribus qui en voulaient à leurs biens ils rebroussent chemin. Après quelques pourparlers ils peuvent enfin définitivement rejoindre le pays Druze qu’Esther garde toujours en souvenir.
L’écho du triomphe de lady Stanhope arrive jusqu’à Londres. Effarés les spécialistes ont de nouveau évalué le coût de l’expédition de Palmyre à 1000 livres sterlings (environ 50000 euros actuels.) Le père de Bruce coupant les vivres à son fils trop prodigue, le couple Esther/Michael se sépare.
S’informant sur la région, le Catalan Domingo Badia (Ali Bey) tente de la rencontrer. Il voulait sans doute se renseigner sur les découvertes éventuelles et peut-être l’état d’esprit de Lady Stanhope. Elle refuse de le recevoir : elle n’a pas confiance en lui. Il est possible que la réputation de l’espion espagnol était arrivée jusqu’à elle.
Désormais seule elle poursuit son exploration personnelle de cette partie de l’Orient. Elle visite Balbeck, Latakia, Sidon puis Mar Antonius, monastère maronite interdit aux femmes. Elle y pénètre juchée à califourchon sur un âne et organise un fastueux dîner en l’honneur des moines déconcertés.
1815, 1816, 1817. De plus en plus souveraine et de plus en plus autoritaire (elle surveillait les amours de ses gens et les punissait quand elle les surprenait en galante compagnie) ses proches et ses domestiques l’abandonnent : le docteur Meryon et Mrs Fry démissionnent et repartent en Angleterre. Lady Stanhope retourne à Djoûm, près d’un monastère abandonné situé près de l’actuelle Saïda. Elle s’y installe et y demeurera jusqu’à la fin de sa vie, comme en attente.
Avec le consentement des chefs arabes, elle se fait construire un palais baroque à l’accès difficile au milieu d’un paysage de roches, de montagnes neigeuses, de torrents et de cèdres centenaires. De cet endroit protégé elle assiste aux guerres qui ruinent cette région du croissant fertile. Elle y participe aussi, mais secrètement, conseillant les belligérants et retrouvant par cette activité l’influence qu’elle avait à Londres au temps de son oncle, le premier ministre du royaume d’Angleterre. Sa notoriété est telle qu’aucun voyageur ne songe à ne pas la rencontrer : ainsi l’un des plus prestigieux poètes et homme politique français de l’époque, Alphonse de Lamartine, lui adresse une respectueuse demande d’audience. Cette rencontre est décrite dans le récit qu’il publie à son retour en France.
Esther Stanhope, mystique et misanthrope, au jugement sans doute brouillé par son exaltation, s’imagine dans un rôle qui l’amène à croire qu’elle est promise à un destin exceptionnel. Et qu’un jour sa patience sera récompensée : le Messie lui apparaitra et elle l’accompagnera à cheval jusqu’aux portes de Jérusalem.
Le docteur Meryon qui s’est marié revient, sur son insistance, auprès d’elle mais refuse d’habiter dans son sinistre château. L’épouse du médecin n’apprécie guère l’attitude de la voyageuse à l’égard de son mari et fait tout pour l’empêcher de retomber sous son influence. Meryon se fait plutôt le confident de lady Stanhope et commence à rassembler ses notes pour l’ouvrage qu’il prémédite d’écrire sur elle.
Les ressources financières de Lady Stanhope s’épuisant et son crédit auprès des banques compromis, l’exilée du pays des Druzes voit son palais se détériorer rapidement. Elle s’enferme un peu plus en elle-même, tout en continuant son train de vie luxueux dans les décombres de son abri, et décide de ne plus se montrer sauf aux invités qu’elle daigne recevoir. Ses compatriotes et en général les Européens ne sont pas les bienvenus et sont, pour nombre d’eux, éconduits.
Prodigue du peu d’argent qui lui reste elle subvient aux besoins des nécessiteux et aux transfuges des tyrans locaux. Elle reçoit les derviches qui trouvent chez elle appui et réconfort, les voyageurs perdus, les illuminés qui sont légions sur cette terre de prophètes et les fuyards de tous bords victimes des alliances changeantes de la région.
Endettée jusqu’au cou, son éternel chibouk au long tuyau à ses côtés, elle fume le plus parfumé des tabacs en savourant le plus exquis des cafés.
Pour se rembourser des dettes de la femme cloitrée, de la renégate oublieuse de son rang, le gouvernement britannique lui supprime la pension de 1200 livres qu’il lui versait.
De plus en plus enfermée en elle-même, sibylle désormais riche de ses seules prédictions, prophétesse pathétique sur l’une des plus belles terres d’Orient, elle fait murer en 1839 les fenêtres et les portes de sa maison comme pour se priver de ce qui l’avait enchantée lorsque plusieurs années auparavant elle gravissait ces chemins tortueux pour se rendre chez l’émir Bachir. La beauté tourmentée de la nature, vierge encore et émouvante dans ses bruits de cascades, ses couleurs d’infini et le peuple magnifique des hommes et des femmes sans fards, en harmonie avec le monde.
Vivant absolument seule dans sa propre nuit Lady Esther repense sans doute à Palmyre, au rêve ruiné d’une reine, comme Djoûm, son palais aveugle et dévasté montrant déjà ce qu’il deviendra après elle : un amas de pierre que la neige, les herbes et l’oubli recouvriront.
Cette femme « entièrement et magnifiquement unique » meurt le 23 juin 1839.

 
Rencontres et  Ratages
Aimée Dubucq de Rivery 1776-1817

Aimée Dubucq, parente de Joséphine de Beauharnais, est enlevée par des pirates au large de Majorque à la fin de l’année 1789.
Elle est vendue au dey d’Alger qui l’offre au Sultan de l’empire ottoman Abdul Hamid.
Elle devient sa favorite puis officielle quatrième épouse et cadine. Se convertit à l’Islam.
Lui donne un fils qui deviendra Sultan sous le nom de Mahmoud II (1784-1839.)
Devient enfin Validé, c'est-à-dire Sultane-Mère, le titre le plus haut dans le harem impérial et prend le nom de Nakshidil.
Elle aurait envoyé à l’impératrice Joséphine, aux Tuileries, 100 écharpes de cachemire.
Lady Stanhope l’aurait rencontrée lors d’une de ses visites au harem du Sultan à Istanbul.

Sultan Mahmoud II
(1774-1839), fils d’Abdel Hamid et de Nakshidil, Aimée Dubucq. Il règne sur l’empire ottoman pendant le séjour de Lady Stanhope en Orient. Elle sera reçue par lui. Le hasard les fait mourir la même année.

Lord Byron (George Gordon, 6ème baron), 1788-1824.
Voyage dès 1809. Il est à Constantinople en 1810 et en Grèce l’année suivante.
Il revient à Londres pour se marier.
Il délaisse sa femme et a de nombreuses aventures.
Repart en Orient par l’Italie (Naples, Capri) et séjourne à Athènes.
Meurt à Missolonghi.
Considéré comme l’un des héros de l’indépendance grecque.

Johann Ludwig Burckardt, alias Ibrahim ibn Abdullah (1784-1817.)
Arrive en Orient, le Levant, comme on disait en 1809.
S’entraine à vivre comme les nomades, c’est à dire à la belle étoile.
A étudié l’arabe.  Apprend le Coran dont il devient un spécialiste.
Passe deux années en Syrie. Visite Palmyre, puis Damas et le Liban.
Découvre la cité nabatéenne de Pétra.
Se rend au Caire. De là va en Lybie à la recherche de la source du Niger.
1812, en attente d’une caravane il navigue sur le Nil et découvre le temple d’Abou Simbel.
Se fait passer pour un marchand syrien. Traverse le désert de Nubie jusqu’à la mer Rouge et se rend à Médine et la Mecque.
1815. retour au Caire.
1816. Il est au mont Sinaï. Meurt de dysenterie en octobre.

Colonel Vincent Yves Boutin (1772-août 1815.)
Effectue une mission d’espionnage dans la régence d’Alger en 1808 pour Napoléon.
Recueille des renseignements qui serviront à la conquête du pays en 1830.
Se trouve en Syrie entre 1813 et 1815. On lui prête une liaison avec Lady Stanhope.
Sûrement tué par des brigands. On ne retrouvera jamais son corps.
Lady Stanhope organise une expédition contre la secte des Haschischins qu’elle accuse de la mort du colonel.

Domingo Badia, alias Ali Bey  (1767-1818.)
Voyageur/espion espagnol il essaye de rencontrer lady Esther à son retour de Palmyre. Cela ne peut se faire pas.
Domingo Badia avait passé 26 mois au Maroc à partir de 1803. Se faisait passer pour un prince Abbasside. Il s’était fait circoncire, par précaution, à Londres.
Quitte précipitamment le Maroc.
Retourne en Espagne occupée par l’armée napoléonienne. Exilé ensuite à la chute de l’Empire à qui il avait attaché ses services.
Retour en Orient. Parcourt l’Arabie, la Syrie, le Liban. Se rend à la Mecque et meurt à Damas en 1818.
Avait publié à Paris en 1814 Voyage en Afrique et en Asie.

Clorinde Rogé
Saint-simonienne d’une grande beauté. Se rend en Egypte pour y créer une école de filles. S’attire la sympathie de Soliman Pacha (Joseph Sève) qui l’accueille dans son palais de Caire.
En 1836 elle retrouve son mari (qui était parti de son côté à Alger) et ensemble se rendent à Constantinople en passant par le Liban dans l’espoir de rencontrer Lady Stanhope. En vain.

James Silk Buckingham (1786-1855)
Rare voyageur anglais a avoir été reçu par Lady Esther.

Alphonse de Lamartine (1790-1869)
Reçu à sa demande à Djoûm. Il parle d’elle dans son récit en termes flatteurs : « jeune, belle et riche. » Dans le récit publié par le Dr Meryon elle le trouve imbu de sa personne, impoli et sans noblesse.

Alexander Kinglake (1809-1891)
Ecrivain voyageur et historien anglais.

Isabel Burton
Voulait devenir le cinquième membre d’un petit groupe de dames… Lady Montagu, Lady Esther Stanhope, Jane Digby et la princesse de la Tour d’Auvergne.

Quelques mots sur le Croissant fertile.
Région d’à peu près 500000 km carrés et comptant 40 à 50 millions d’individus. Elle est irriguée par le Jourdain, l’Euphrate, le Tigre et le Nil.
Elle est composée des pays suivants: Palestine, Cisjordanie, Israël, Liban, Syrie, Irak, Egypte  et le Sud est de la Turquie.
Ce sont ces pays que les voyageurs européens visitent au 19ème siècle.

 

Lady Esther Stanhope
Lady Esther Stanhope
Lady Esther Stanhope
Lady Esther Stanhope
Lady Esther Stanhope
Lady Esther Stanhope
Lady Esther Stanhope
Lady Esther Stanhope
Lady Esther Stanhope

Lady Esther Stanhope

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Nicolas 17/03/2010 05:01


Bonjour,
Je viens de créer une nouvelle communauté «Cré'arts graphique» qui s'adresse à tous ceux qui aiment l'art le graphisme, le dessin, la peinture et la création en général.
Si ça vous plait vous pouvez vous y inscrire pour y partager vos réalisations
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A bientôt
Nicolas graphiste au Canada