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Publié par med médiène

François Clouet - Dame au bain 1570

François Clouet - Dame au bain 1570

Analyse du tableau

L’Art et ses ruses

Trois plans structurent le schéma narratif de ce tableau peint sur bois. Ces trois plans incarnent trois discours qui s’organisent dans une sorte de hiérarchie sociale. L’œil glisse de l’un à l’autre et pénètre progressivement dans la scène peinte, où sont représentés trois types de personnages féminins : la dame, la paysanne et la servante.

1 - On voit d’abord une femme nue, plongée dans ses pensées, qui fixe un point situé à droite de notre regard. Peinte à mi-corps dans la tradition du portrait vénitien, elle est belle – mais d’une beauté sévère -, lisse, blanche et tient délicatement un œillet rouge, « la fleur d’amour ». Coiffée avec recherche, une perle de prix ornant son front, elle porte un bracelet à chacun de ses poignets et une bague au petit doigt de la main gauche. Une main de race longue et fine à l’élégant dessin.
Parée de ses seuls bijoux, elle pose, immobile et royale, attentive à l’effet qu’elle produit. L’eau du bain ne la mouille plus et la baignoire, recouverte d’un linge blanc, semble elle-même vide. On pourrait penser qu’elle ne sert désormais qu’à dissimuler les « parties basses » de son corps. Elle marque aussi, d’un point de vue technique, la bordure sur laquelle le bras dénudé prend appui, la ligne par quoi se ferme le tableau, par en dessous.
Près de la Dame est placée une coupe de fruits appétissants que convoite un jeune garçon à l’allure décidée. Ce chapardage sur le point de  se réaliser n’est pas à lire, je crois, comme un jeu innocent et sans conséquence que l’enfance autorise mais comme la claire métaphore de l’empressement d’un Cupidon amateur des délices de la chair (de la chère). La peinture de cette époque représente souvent ces figures d’adolescents virevoltants en quête de la faille sentimentale : ils sont les chercheurs de plaisir que les dieux de l’Olympe envoient sur terre pour réveiller ou susciter des désirs secrets.

2 - Au second plan de la toile on découvre une nourrice à la peau brunie, souriant sans grâce, qui tient dans ses bras un nourrisson emmailloté accroché, le tétant, à son sein. La juxtaposition de ces deux personnages – la rayonnante maîtresse et la laborieuse paysanne – souligne la distance sociale qui les sépare. La dame, sans doute l’amante d’un prince, toute de distinction dans sa nudité et digne dans ce bain sans eau, oppose son rang à la physionomie ingrate, un rien âpre et rugueuse, de la domestique. 

3 – Au delà de ce lieu d’intimité, comme dans un théâtre, les deux pans levés d’un rideau rouge dégagent la vue qui plonge à l’intérieur de la pièce et dévoilent, au fond, le troisième plan de la composition qui semble étrangement très éloigné de la l’avant scène inaugurale. Cette profondeur de champ, l’artiste l’obtient par le recours d’une ligne de fuite non pas rectiligne mais sinueuse. Cette ligne, en effet, va du point le plus visible de l’œuvre – le corps déshabillé de la Dame –, se décale à côté sur celui de la nourrice représenté en léger retrait et poursuit son chemin, si je puis dire, pour finir au centre de l’œuvre, sur une femme de chambre rapetissée par l’effet de la perspective. Derrière elle, à l’ultime bout du tableau, une fenêtre s’ouvre sur un jardin et un morceau de ciel bleu. Une tapisserie figurant une licorne couvre partiellement le mur près de l’âtre rougeoyant.
La servante, qui évoque comme une citation celle de la Vénus d’Urbino de Titien, s’affaire avec sérieux – mais de face – à l’entretien de la salle. Elle est peinte devant une cheminée similaire à celle qui s’aperçoit – autre citation picturale -  dans Gabrielle d’Estrées et sa sœur. Elle porte un grand pot luisant, que l’on devine lourd de l’eau chaude qu’il contient, et avance vers le devant de la scène, vers la baignoire où attend la baigneuse.
Un doute s’installe alors dans ma perception de l’œuvre et modifie sa lecture en remettant en question ce que peut avoir de prescriptif l’énoncé du titre. Le bain – l’action – y est annoncé comme virtuellement achevé. Mais si ce bain n’avait pas encore été pris ? Et si François Clouet ne nous donnait à voir que le début d’une cérémonie qui nécessitait, pour « les dames du temps jadis », des heures de patience, de multiples onguents et beaucoup de savoir ?

La peinture représentative vient ici rappeler qu’elle est, dès son advenue, l’art de la ruse, c'est à dire du sens pluriel, jamais arrêté et jamais clos, en continuel ajustement avec  l’histoire de son appréciateur. Ce qu’elle montre à la surface de la toile, comme il est dit dans Dame au bain, n’est pas forcément ce qu’elle veut exprimer. Sa force réside, je crois, dans l’aveu de cette inconcevable vérité, dans ce Mentir-Vrai qu’a magnifiquement résumé Aragon.

François Clouet - Dame au bain, 1570

François Clouet - Dame au bain, 1570

Francois Clouet - François 1er à cheval vers 1563

Francois Clouet - François 1er à cheval vers 1563

François Clouet Portrait de la reine Elisabeth, 1572

François Clouet Portrait de la reine Elisabeth, 1572

François Clouet - Margueite de Valois, Reine de Navarre 1569/1570

François Clouet - Margueite de Valois, Reine de Navarre 1569/1570

François Clouet - Diane au bain vers1550/1560

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Attribué à François Clouet - Jeanne d'Albret, Reine de Navarre 1563

Attribué à François Clouet - Jeanne d'Albret, Reine de Navarre 1563

François Clouet - Marguerie de Navarre

François Clouet - Marguerie de Navarre

D'après François Clouet - Femme à sa toilette

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François Clouet - Mary Stuart

François Clouet - Mary Stuart

Atelier de François Clouet - Diane de Poitiers

Atelier de François Clouet - Diane de Poitiers

Attribué à François Clouet - Portrait de la Régente

Attribué à François Clouet - Portrait de la Régente

Rrancois Clouet- Marguerite de Valois, seconde reine de France vers 1560

Rrancois Clouet- Marguerite de Valois, seconde reine de France vers 1560

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