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Publié par med médiène

Auguste Toulmouche - Dolce fariente 1877

Auguste Toulmouche - Dolce fariente 1877

Portraits de femmes

Les femmes de La Comédie Humaine, les plus marquantes du moins, sont souvent redoutablement dangereuses et pour certaines d’entre elles délicieusement immorales. Elles occupent une place de choix dans le monde changeant de la Restauration et de la Monarchie de Juillet que Balzac s’est ingénié à montrer. Cette place est celle du corps, enfin reconnu et accepté par la littérature et ses lecteurs, décrit sans fard dans ses élans, ses manques, ses demandes et ses satisfactions physiques. Le « signalement d’amour » le plus recherché – après l’éclat des épaules nues, le duvet du visage, les yeux de velours, la barrière des longs cils, la bouche étroite, la gorge blanche aux seins lourds, la taille délivrée du corset – est le petit pied enchâssé dans la plus fine des chaussures. La parole du corps est, ici, aussi audible que le froissement d’une robe de soie rouge qui se défait et tombe en glissant dans la pénombre calculée d’une chambre où attend un grand lit ouvert. Balzac parle explicitement des « jouissances d’amour », en clair de l’orgasme et de « la volupté de se perdre », qui grandit la femme qu’elle soit courtisane ou bourgeoise. Une grammaire amoureuse structure l’imaginaire balzacien, avec ses règles et ses exceptions, son implicite et son explicite, tout un langage en somme, qui annonce le discours désirant. Dans l’impressionnante suite de portraits féminins dressée par l’auteur, apparaissent, comme dans un inventaire social, des visages, des formes et des styles décrits dans la multitude de leurs différences et de leurs contrastes - mais tous investis d’un suprême pouvoir de séduction.
Voyons.
Il y a la digne et aristocratique Mme de Beauséant, la femme abandonnée que l’amour d’un jeune homme réconcilie avec les fêtes inégalées de la chair ; la diaphane et très libre Mme de Maufrigneuse qui croque les fortunes et collectionne les amants ; l’incandescente et insatiable Louise de Chaulieu ; l’irréprochable et néanmoins fautive Mme Jules ; la provinciale et décidée Dinah de la Baudraye que transforme la découverte du plaisir charnel ; l’insatisfaite et malheureuse Honorine que la morsure du plaisir empêche de retourner sous le toit conjugal ; la svelte et nerveuse Lady Dudley qui pratique audacieusement en France l’art d’aimer des Anglaises et la lourde, lente et pieuse Henriette de Mortsauf  qui meurt  dans le regret de la faute non commise ; Foedora, la femme sans cœur, bouche rouge et corps de marbre froid ; Coralie à la jeunesse sacrifiée et Florine qui saura préserver la sienne : deux actrices entretenues qui sont presque des courtisanes, presque des saintes ; la pragmatique Suzanne qui comprend vite que sa « chair à la Rubens » ne pourra être appréciée et monnayée qu’à Paris ; Ida Gruget, la grisette espiègle et impertinente, qui se jette dans la Seine par amour pour un ancien bagnard vieilli ; Paquita Valdès, l’étrange et voluptueuse fille aux yeux d’or et à « la voix de tête à tête », sorte d’odalisque créée pour satisfaire indifféremment le désir des femmes et celui des hommes ; Esther Gobseck la très belle, ancienne fille à numéro - « machine à plaisir » - que touche la grâce du véritable amour et qui, enfermée dans un couvent, regarde le corps nu du Christ avec la convoitise trouble d’une courtisane désœuvrée. Et enfin, pour clore cette galerie loin d’être exhaustive, évoquons la magnétique Valérie Marneffe, si magnifiquement perverse, et dont le rôle semble être de perdre les hommes qui croisent son captivant regard.
La morale balzacienne transparaît de façon claire dans les nombreuses pages où il évoque l’amour : les plus parfaites de ses héroïnes ne sont pas les plus sages et les plus laides ne sont pas les plus innocentes.
Brune, blonde ou rousse, mince ou bien en chair comme le voulait le goût de l’époque, mariée civilement ou « de la main gauche », séparée ou célibataire, abandonnée ou abandonnante, aristocrate ou lorette, de Paris ou de province, sentimentalement attachée à un amant ou faisant du sentiment un métier, l’esprit piquant comme une promesse toujours à fleur de sa peau de lait, l’héroïne balzacienne, dans son inconscient défi à l’ordre social, provoque, par la force de sa présence, le trouble, le désir, la passion et, fatalement, leur envers : le désamour qui conduit à l’indifférence ou à la haine.
« Toute femme ment » reconnait l’auteur dans Ferragus. Ce trait de caractère qui prédisposerait la femme au mensonge ne tient pas, comme voulait le faire croire la pensée bourgeoise, à sa nature mais au statut rigide que le code civil lui imposait. La femme ment, explique l’auteur, parce qu’elle n’a pas le choix. Ce credo simple, énoncé dans presque chaque histoire racontée, résume le destin de ce monde séduisant et parfumé que l’écrivain dépeint avec une gourmandise qui en dit long sur ses propres appétits. Certaines de ces femmes, telles les icônes irremplaçables de leur siècle, sont dotées des attributs accordés aux figures de l’imaginaire par la peinture, cet art que Balzac appréciait et auquel il rend hommage par ses multiples références aux grands noms de ses représentants.
Voici donc une liste de personnages constituée au gré d’une lecture lente où se rencontrent et se mêlent les mots et les images, la parole et la chair.

Portraits

1. Les Chouans, 1829

Marie de Verneuil et l'art de la séduction

Elle se coucha voluptueusement sur le canapé, autant pour se reposer que pour prendre une attitude de grâce et de faiblesse dont le pouvoir est irrésistible chez certaines femmes. Une molle langueur, la pose provocante de ses pieds, dont la pointe perçait à peine sous les plis de la robe, l'abandon du corps, la courbure du col, tout, jusqu'à l'inclinaison des doigts effilés de sa main, qui pendait d'un oreiller comme les clochettes d'une touffe de jasmin, tout s'accordait avec son regard pour exciter des séduc­tions. Elle brûla des parfums afin de répandre dans l'air ces douces émanations qui attaquent si puissam­ment les fibres de l'homme, et préparent souvent les triomphes que les femmes veulent obtenir sans les solliciter.

La belle attente

Marie et Aphrodite
Elle tourna les longues nattes de ses cheveux de manière à leur faire former derrière la tête ce cône imparfait et aplati qui donne tant de grâce à la figure de quelques statues antiques par une prolongation factice de la tête, et quelques boucles réservées au-dessus du front retombèrent de chaque côté de son visage en longs rouleaux brillants. Ainsi vêtue, ainsi coiffée, elle offrit une ressemblance parfaite avec les plus illustres chefs-d'œuvre du ciseau grec.

Aphrodite

2. Le bal de Sceaux, 1829

Clara Longueville et Girodet
Au milieu du quadrille qui se trouvait devant elle, dansait une jeune personne pâle, et semblable à ces déités écossaises que Girodet a placées dans son immense composition des guerriers français reçus par Ossian. Emilie crut reconnaître en elle une illustre lady qui était venue habiter depuis peu de temps une campagne voisine. Elle avait pour cavalier un jeune homme de quinze ans, aux mains rouges, en pantalon de nankin, en habit bleu, en souliers blancs, qui· prouvait que son amour pour la danse ne la rendait pas difficile sur le choix de ses partners. Ses mouvements ne se ressentaient pas de son apparente faiblesse; mais une rougeur légère colorait déjà ses joues blanches, et son teint commençait à s'animer. Mademoiselle de Fontaine s'approcha du quadrille pour pouvoir examiner l'étrangère au moment où elle reviendrait à sa place, pendant que les vis-à-vis répéteraient la figure qu'elle exécutait. Mais l'inconnu s'avança, se pencha vers la jolie danseuse, et la curieuse Emilie put entendre distinctement ces paroles, quoique prononcées d'une voix à la fois impérieuse et douce
- Clara, mon enfant, ne dansez plus.

Girodet, Ossian recevant les héros

3. La vendetta, 1830

La comtesse di Piombo et le peintre Schnetz
Déjà septuagénaire, grande, sèche, pâle et ridée, la baronne ressemblait parfaitement à ces vieilles femmes que Schnetz met dans les scènes italiennes de ses tableaux de genre; elle restait si habituellement silencieuse, qu'on l'eût prise pour une nouvelle Mme Shandy ; mais un mot, un regard, un geste annonçaient que ses sentiments avaient gardé la vigueur et la fraîcheur de la jeunesse. Sa toilette, dépouillée de coquetterie, manquait souvent de goût. Elle demeurait ordinairement passive, plongée dans une bergère, comme une sultane Validé, attendant ou admirant sa Ginevra, son orgueil et sa vie. La beauté, la toilette, la grâce de sa fille, semblaient être devenues siennes. Tout pour elle était bien quand Ginevra se trouvait heureuse. Ses cheveux avaient blanchi, et quelques mèches se voyaient au-dessus de son front blanc et ridé, ou le long de ses joues creuses.

Jean Victoc Schnetz, Tête de femme des Abruzzes

4. La maison du chat qui pelote, 1830

Augustine, Théodore Sommervieux et son ami Girodet, l’auteur de Tête de vierge
Ce passant était un jeune peintre qui, sept ans auparavant, avait remporté le grand prix de peinture. Il revenait de Rome. Son âme remplie de poésie, ses yeux rassasiés de Raphaël et de Michel-Ange, avaient soif de la nature vraie, après une longue habitation du pays pompeux où l'art a jeté partout son grandiose. Faux ou juste, tel était son sentiment personnel. Abandonné longtemps à la fougue des passions italiennes, son cœur demandait une de ces vierges modestes et recueillies que, malheureusement, il n'avait su trouver qu'en peinture à Rome. De l'enthousiasme imprimé à son âme exaltée par le tableau naturel qu'il contemplait, il passa naturellement à une profonde admiration pour la figure principale : Augustine paraissait pensive et ne mangeait point; par une disposition de la lampe dont la lumière tombait entièrement sur son visage, son buste semblait se mouvoir dans un cercle de feu qui détachait plus vivement les contours de sa tête et l'illuminait d'une manière quasi surnaturelle. L'artiste la compara involontairement à un ange exilé qui se souvient du ciel. Une sensation presque inconnue, un amour limpide et bouillonnant inonda son cœur.
Pendant huit mois entiers, adonné à son amour, à ses pinceaux, il resta invisible pour ses amis les plus intimes, oubliant le monde, la poésie, le théâtre, la musique, et ses plus chères habitudes. Un matin, Girodet força toutes ces consignes que les artistes connaissent et savent éluder, parvint à lui, et le réveilla par cette demande : «Que mettras-tu au Salon?» L'artiste saisit la main de son ami, l'entraîne à son atelier, découvre un petit tableau de chevalet et un portrait. Après une lente et avide contemplation des deux chefs-d'œuvre, Girodet saute au cou de son camarade et l'embrasse, sans trouver de paroles. Ses émotions ne pouvaient se rendre que comme il les sentait, d'âme à âme.
«Tu es amoureux?» dit Girodet.
Tous deux savaient que les plus beaux portraits de Titien, de Raphaël et de Léonard de Vinci sont dus à des sentiments exaltés, qui, sous diverses conditions, engendrent d'ailleurs tous les chefs-d'œuvre. Pour toute réponse, le jeune artiste inclina la tête.

Girodet, Vierge

5. Gobseck, 1830

Anastasie de Restaud, Les Hérodides de Bernardino Luini attribuées par erreur par Balzac à Léonard de Vinci
Sur une chaise était une robe froissée dont les manches touchaient à terre. Des bas que le moindre souffle d’air aurait emportés étaient tortillés dans le pied d’un fauteuil. De blanches jarretières flottaient le long d’une causeuse. Un éventail de prix à moitié déplié reluisait sur la cheminée. Les tiroirs de la commode restaient ouverts. Des fleurs, des diamants, des gants, un bouquet, une ceinture gisaient ça et là. Je respirais une vague odeur de parfum. Tout était luxe et désordre, beauté sans harmonie. Mais déjà, pour elle ou pour son adorateur, la misère, tapie là-dessous, dressait la tête et leur faisait sentir ses dents aiguës. La figure fatiguée de la comtesse ressemblait à cette chambre parsemée des débris d’une fête. Ces brimborions épars me faisaient pitié ; rassemblés, ils avaient causé la veille quelque délire. Ces vestiges d’un amour foudroyé par le remords, cette image d’une vie de dissipation, de luxe et de bruit, trahissaient des efforts de Tantale pour embrasser de fuyants plaisirs. Quelques rougeurs semées sur le visage de la jeune femme attestaient la finesse de sa peau ; mais ses traits étaient comme grossis, et le cercle brun qui se dessinait sous ses yeux semblait être plus fortement marqué qu’à l’ordinaire. Néanmoins la nature avait assez d’énergie en elle pour que ces indices de folie n’altérassent pas sa beauté. Ses yeux étincelaient. Semblable à l’une de ces Hérodiades dues au pinceau de Léonard de Vinci (j’ai brocanté les tableaux), elle était magnifique de vie et de force ; rien de mesquin dans ses contours ni dans ses traits ; elle inspirait l’amour, et me semblait devoir être plus forte que l’amour. Elle me plut. Il y avait longtemps que mon cœur n’avait battu.

Bernardino Luini, Les Herodiades (détail)

Sarrasine, 1830

Marianina de Lanty et la cantatrice Hélène Sontag
Qui n'aurait épousé Marianina, jeune fille de seize ans, dont la beauté réalisait les fabuleuses conceptions des poètes orientaux? Comme la fille du sultan dans le conte de La Lampe merveilleuse, elle aurait dû rester voilée. Son chant faisait pâlir les talent incomplets des Malibran, des Sontag, des Fodor chez lesquelles une qualité dominante a toujours exclu la perfection de l'ensemble ; tandis que Marianina savait unir au même degré la pureté du son, la sensibilité, la justesse du mouvement et des intonations, l'âme et la science, la correction et le sentiment. Cette fille était le type de cette poésie secrète, lien commun de tous les arts, et qui fuit toujours ceux qui la cherchent. Douce et modeste, instruite et spirituelle, rien ne pouvait éclipser Marianina si ce n'était sa mère.

Henriette Sontag par Paul Delaroche

 Le portrait d'Adonis exécuté d'après une statue de femme (La Zambinella)
« Le joli boudoir! s'écria-t-elle en regardant autour d'elle. Le satin bleu fait toujours à merveille en tenture. Est-ce frais! Ah! le beau tableau! » ajouta-t-elle en se levant, et allant se mettre en face d'une toile magnifiquement encadrée.
Nous restâmes pendant un moment dans la contemplation de cette merveille, qui semblait due à quelque pinceau surnaturel. Le tableau représentait Adonis étendu sur une peau de lion. La lampe suspendue au milieu du boudoir, et contenue dans vase d'albâtre, illuminait alors cette toile d'une lueur douce qui nous permit de saisir toutes les beautés de la peinture.
«Un être si parfait existe-t-il ?» me demanda-t-elle après avoir examiné, non sans un doux sourire de contentement, la grâce exquise des contours, la pose, la couleur, les cheveux, tout enfin.
« Il est trop beau pour un homme », ajouta-t-elle après un examen pareil à celui qu'elle aurait fait  d'une rivale.
Oh ! comme je ressentis alors les atteintes de jalousie à laquelle un poète avait essayé vainement de me faire croire! la jalousie des gravures, des tableaux, des statues, où les artistes exagèrent la beauté humaine, par suite de la doctrine qui les porte à tout idéaliser.
« C'est un portrait, lui répondis-je. Il est dû au talent de Vien. Mais ce grand peintre n'a jamais vu  l'original, et votre admiration sera moins vive peut être quand vous saurez que cette académie a été faite d'après une statue de femme.

Le sommeil d'Endymion par Girodet (détail)

Pygmalion
Tout à coup des applaudissements à faire crouler la salle accueillirent l'entrée en scène de la prima donna. Elle s'avança par coquetterie sur le devant du théâtre, et salua le public avec une grâce infinie. Les lumières, l'enthousiasme de tout un peuple, l'illusion de la scène, les prestiges d'une toilette qui, à cette époque, était assez engageante, conspirèrent en faveur de cette femme. Sarrasine poussa des cris de plaisir. Il admirait en ce moment la beauté idéale de laquelle il avait jusqu'alors cherché çà et là les perfections dans la nature, en demandant à un modèle, souvent ignoble, les rondeurs d'une jambe accomplie; à tel autre, les contours du sein; à celui-là, ses blanches épaules; prenant enfin le cou d'une jeune fille, et les mains de cette femme, et les genoux polis de cet enfant, sans rencontrer jamais sous le ciel froid de Paris les riches et suaves créations de la Grèce antique. La Zambinella lui montrait réunies, bien vivantes et délicates, ces exquises proportions de la nature féminine si ardemment désirées, desquelles un sculpteur est, tout à la fois, le juge le plus sévère et le plus passionné. C'était une bouche expressive, des yeux d'amour, un teint d'une blancheur éblouissante. Et joignez à ces détails, qui eussent ravi un peintre, toutes les merveilles des Vénus révérées et rendues par le ciseau des Grecs. L'artiste ne se lassait pas d'admirer la grâce inimitable avec laquelle les bras étaient attachés au buste, la rondeur prestigieuse du cou, les lignes harmonieusement décrites par les sourcils, par le nez, puis l'ovale parfait du visage, la pureté de ses contours vifs, et l'effet de cils fournis, recourbés qui terminaient de larges et voluptueuses paupières. C'était plus qu'une femme, c'était un chef-d'œuvre! Il se trouvait dans cette création inespérée de l'amour à ravir tous les hommes, et des beautés dignes de satisfaire un critique. Sarrasine dévorait des yeux la statue de Pygmalion, pour lui descendue de son piédestal. Quand la Zambinella chanta, ce fut un délire.

Jean Francois Lagrénée, Pygmalion et Galatée

Sarrasine imagine Zambinella en modèle de Giorgione
De retour au logis, il tomba dans un de ces paroxysmes d'activité qui nous révèlent la présence de principes nouveaux dans notre existence. En proie à cette première fièvre d'amour qui tient autant au plaisir qu'à la douleur, il voulut tromper son impatience et son délire en dessinant la Zambinella de mémoire. Ce fut une sorte de méditation matérielle. Sur telle feuille, la Zambinella se trouvait dans cette attitude, calme et froide en apparence, affectionnée par Raphaël, par le Giorgione et par tous les grands peintres. Sur telle autre, elle tournait la tête avec finesse en achevant une roulade, et semblait s'écouter elle-même. Sarrasine crayonna sa maîtresse dans toutes les poses : il la fit sans voile, assise, debout, couchée, ou chaste ou amoureuse, en réalisant, grâce au délire de ses crayons, toutes les idées capricieuses qui sollicitent notre imagination quand nous pensons fortement à une maîtresse. Mais sa pensée furieuse alla plus loin que le dessin. Il voyait la Zambinella, lui parlait, la suppliait, épuisait mille années de vie et de bonheur avec elle, en la plaçant dans toutes les situations imaginables, en essayant, pour ainsi dire, l'avenir avec elle.

Giorgione, Judith

Zambinella et la voluptueuse légèreté d'un Fragonard
Après avoir reçu les compliments assez affectueux de la plupart des personnes présentes, qu'il connaissait de vue, il tâcha de s'approcher de la bergère sur laquelle la Zambinella était nonchalamment étendue, Oh ! comme son cœur battit quand il aperçut un pied mignon, chaussé de ces mules qui, permettez-moi de le dire, madame, donnaient jadis au pied des femmes une expression si coquette, si voluptueuse, que je ne sais pas comment les hommes y pouvaient résister. Les bas blancs bien tirés et à coins verts, les jupes courtes, les mules pointues et à talons hauts du règne de Louis XV ont peut-être un peu contribué à démoraliser l'Europe et le clergé- Un peu! dit la marquise, Vous n'avez donc rien lu?

Fragonard, L'escarpolette

La zambinella coiffée à la du Barry
La Zambinella, repris-je en souriant, s'était effrontément croisé les jambes, et agitait en badinant celle qui se trouvait dessus, attitude de duchesse, qui allait bien à son genre de beauté capricieuse et pleine d'une certaine mollesse engageante. Elle avait quitté ses habits de théâtre, et portait un corps qui dessinait une taille svelte et que faisaient valoir des paniers et une robe de satin brodée de fleurs bleues. Sa poitrine, dont une dentelle dissimulait les trésors par un luxe de coquetterie, étincelait de blancheur. Coiffée à peu près comme se coiffait madame du Barry, sa figure, quoique surchargée d'un large bonnet, n'en paraissait que plus mignonne, et la poudre lui seyait bien. La voir ainsi, c'était l'adorer. Elle sourit gracieusement au sculpteur. Sarrasine, tout mécontent de ne pouvoir lui parler que devant témoins, s'assit poliment auprès d'elle, et l'entretint de musique en la louant sur son prodigieux talent; mais sa voix tremblait d'amour, de crainte et d'espérance.

Mme du Barry par Drouais

6. La peau de chagrin, 1831

Aquilina et Le Carrache
De longs rouleaux bruns enveloppaient à demi un cou majestueux, sur lequel la lumière glissait par intervalles, en révélant la finesse des plus jolis contours. Sa peau, d'un blanc mat, faisait ressortir les tons chauds et animés de ses vives couleurs. L'oeil armé de longs cils lançait des flammes hardies, étincelles d'amour; et la bouche, humide, entr'ouverte, appelait le baiser. Elle avait une taille forte, mais lascive. Son sein, ses bras étaient largement développés, comme ceux des belles figures du Carrache; néanmoins elle paraissait leste, souple, et sa vigueur supposait l'agilité d'une panthère, comme la mâle élégance de ses formes en promettait les voluptés dévorantes (…) C'était une statue colossale, tombée du haut de quelque temple grec, sublime à distance; vue de près, grossière; et, cependant sa foudroyante beauté devait réveiller les impuissants, sa voix charmer les sourds, ses regards ranimer de vieux ossements.

Annibal Carrache  Bacchante

Pauline et Pygmalion
Quand je rentrais, je la trouvais chez moi, dans la toilette la plus modeste, mais au moindre mouvement qu’elle faisait, sa taille élégante et souple, les attraits de sa personne se révélaient sous l’étoffe grossière dont elle était vêtue. Elle avait un pied mignon dans d’ignobles souliers. C'était l’héroïne du conte de Peau d’Ane, une reine en esclavage.
Mais ses jolis trésors, sa richesse de jeune fille, tout ce luxe de beauté fut comme perdu pour moi. Je m’étais ordonné à moi-même de voir en Pauline, une soeur. J’aurais eu horreur de tromper la confiance de sa mère.
Ainsi, j’admirais cette charmante fille comme un tableau, comme le portrait d’une maîtresse morte. C’était mon enfant, ma statue; et, Pygmalion nouveau, je voulais faire, d’une vierge vivante et colorée, sensible et parlante, - un marbre.

Girodet, Pygmalion et Galatée

Foedora  et la Vénus de Milo
Ses cheveux noirs allaient admirablement bien à la couleur orangée de ses yeux mêlés de veines comme une pierre de Florence, et qui semblaient ajouter de la finesse à ses paroles. Son corsage était paré des grâces les plus attrayantes. Une rivale aurait peut-être accusé de dureté ses épais sourcils qui paraissaient se rejoindre, et remarqué je ne sais quel duvet imperceptible dont les contours de son visage étaient ornés.
Enfin je trouvai la passion empreinte en tout, l’amour écrit sur ces paupières italiennes, sur ces belles épaules dignes de la Venus de Milo, dans ses traits, sur sa lèvre supérieure un peu forte et légèrement ombragée. Il y avait certes tout un roman dans cette femme !...
Ces richesses féminines, cet ensemble harmonieux des lignes, les promesses faites à l’amour que je lisais dans cette structure étaient tempérées, il est vrai, par une réserve constante, par une modestie extraordinaire qui contrastaient avec l’expression de toute la personne : il fallait une observation aussi sagace que la mienne pour découvrir dans cette nature les signes d’une destinée de volupté. Pour expliquer plus clairement ma pensée, il y avait en elle deux femmes séparées, par le buste peut-être : l’une était froide, tandis que la tête seule semblait être passionnée.

Vénus de Milo

Pauline et Richard Weshall
Raphaël, feignant toujours de lire sa feuille, contemplait à la dérobée Pauline aux prises avec le chat, sa Pauline enveloppée d'un long peignoir qui la lui voilait imparfaitement, et, les cheveux en désordre, et montrant un petit pied blanc veiné de bleu dans une pantoufle de velours noir. Charmante à voir ainsi déshabillée, et délicieuse comme les fantastiques figures de Westall, elle semblait être tout à la fois jeune fille et femme; et peut-être même, encore plus jeune fille que femme, parce que, sans doute, elle jouissait d'une félicité sans mélange, et ne connaissait de l’amour que ses premières joies.

Richard Westhall, Flora

Pauline et Henri Gervex
Son abandon, sa gracieuse posture peignaient une innocente confiance qui mêlait au charme de l'amour, les adorables attraits de l'enfance endormie. Même les femmes les plus naturelles obéissent encore pendant le jour à certaines conventions sociales qui enchaînent leur naïveté, les expansions vives de leur âme et leurs mouvements; mais le sommeil semble les rendre par degrés à la chaste aisance, à la soudaineté de vie qui décorent le premier âge. Pauline était là, ne rougissant de rien comme une de ces chères et célestes créatures dont la raison n’a point encore jeté des pensées dans les gestes et des secrets dans le regard.
Son divin profil se détachait vivement sur la fine batiste des oreillers, et de grosses ruches de dentelles mêlées à ses cheveux en désordre lui donnaient un petit air mutin. Elle semblait s'être endormie dans le plaisir.
Oh! voir sa maîtresse endormie, au matin, rieuse dans un songe, paisible sous votre protection, vous aimant même en rêve, au moment où la créature semble cesser d'être, et vous offrant encore une bouche muette, qui, dans le sommeil, possède un langage pour vous parler du dernier baiser... voir une femme confiante, demi-nue, mais enveloppée dans son amour comme dans un manteau, et chaste au sein du désordre… admirer ses vêtements épars, un bas de soie rapidement quitté la veille pour vous plaire, une ceinture dénouée, dont la boucle d'or, gisant à terre, vous accuse une passion, une foi sans bornes!... N'est-ce pas une joie sans nom?

Henri Gervex Rolla

7. La Bourse, 1832

Adélaïde et Prudhon
Une douce voix le tira de l'espèce d'engourdissement dans lequel il était plongé. Lorsqu'il ouvrit les yeux, la vue d'une vive lumière les lui fit refermer promptement; mais à travers le voile qui enveloppait ses sens, il entendit le chuchotement de deux femmes, et sentit deux jeunes, deux timides mains entre lesquelles reposait sa tête. Il reprit bientôt connaissance et put apercevoir, à la lueur d'une de ces vieilles lampes dites à double courant d'air, la plus délicieuse tête de jeune fille qu'il eût jamais vue, une de ces têtes qui souvent passent pour un caprice du pinceau, mais qui tout à coup réalisa pour lui les théories de ce beau idéal que se crée chaque artiste et d'où procède son talent. Le visage de l'inconnue appartenait, pour ainsi dire, au type fin et délicat de l'école de Prudhon, et possédait aussi cette poésie que Girodet donnait à ses figures fantastiques. La fraîcheur des tempes, la régularité des sourcils, la pureté des lignes, la virginité fortement empreinte dans tous les traits de cette physionomie faisaient de la jeune fille une création accomplie.

Prudhon Buste de Jeune femme

8. Madame Firmiani, 1832

Madame Firmiani et Ingres
Par un de ces hasards qui n'arrivent qu'aux jolies femmes, elle était dans un moment où toutes ses beautés brillaient d'un éclat particulier, dû peut-être à la lueur des bougies, à une toilette admirablement simple, à je ne sais quel reflet de l'élégance au sein de laquelle elle vivait. Il faut avoir étudié les petites révolutions d'une soirée dans un salon de Paris pour apprécier les nuances imperceptibles qui peuvent colorer un visage de femme et le changer. Il est un moment où, contente de sa parure, où se trouvant spirituelle, heureuse d'être admirée en se voyant la reine d'un salon plein d'hommes remarquables qui lui sourient, une Parisienne a la conscience de sa beauté, de sa grâce; elle s'embellit alors de tous les regards qu'elle recueille et qui l'animent, mais dont les muets hommages sont reportés par de fins regards au bien-aimé. En ce moment, une femme est comme investie d'un pouvoir surnaturel et devient magicienne; coquette à son insu, elle inspire involontairement l'amour qui l'enivre en secret, elle a des sourires et des regards qui fascinent. Si cet état, venu de l'âme, donne de l'attrait même aux laides, de quelle splendeur ne revêt-il pas une femme nativement élégante, aux formes distinguées, blanche, fraîche, aux yeux vifs, et surtout mise avec un goût avoué des artistes et de ses plus cruelles rivales !
Madame Firmiani avouait vingt-cinq ans. Mais les Positifs prouvaient que, mariée en 1813, à l'âge de seize ans, elle devait avoir au moins vingt-huit ans en 1825. Néanmoins, les mêmes gens assuraient aussi qu'à aucune époque de sa vie elle n'avait été si désirable, ni si complètement femme. Elle était sans enfants, et n'en avait point eu; le problématique Firmiani, quadragénaire très respectable en 1813, n'avait pu, disait-on, lui offrir que son nom et sa fortune. Madame Firmiani atteignait donc à l'âge où la Parisienne conçoit le mieux une passion et la désire peut-être innocemment à ses heures perdues, elle avait acquis tout ce que le monde vend, tout ce qu'il prête, tout ce qu'il donne … Aussi était-elle désirée par trop de gens pour n'être pas victime de l'élégante médisance parisienne et des ravissantes calomnies qui se débitent si spirituellement sous l'éventail ou dans les à parte.
Cette esquisse d'une figure admirable de naturel n'en donnera jamais qu'une faible idée; il faudrait le pinceau de Ingres pour rendre la fierté du front, la profusion des cheveux, la majesté du regard, toutes les pensées que trahissaient les couleurs particu­lières du teint. Il y avait tout dans cette femme  les poètes pouvaient y voir à la fois Jeanne d'Arc ou Agnès Sorel; mais il s'y trouvait aussi la femme inconnue, l'âme cachée sous cette enveloppe décevante, l'âme d'Ève, les richesses du mal et les trésors du bien, la faute et la résignation, le crime et le dévouement, Dona Julia et Haidée du Don Juan de lord Byron.

Ingres, La comtesse d'aussonville

9. Le médecin de campagne, 1832-1833

Une femme et la Poésie de Carlo Dolci
Il ne lui manquait rien de ce qui peut inspirer l'amour, de ce qui le justifie, et de ce qui le perpétue. La nature l'avait douée de cette coquetterie douce et naïve qui, chez la femme, est en quelque sorte la conscience de son pouvoir. Elle était bien faite, avait de jolis petits pieds, de jolies mains; son teint, éclatant de blancheur, était celui d'une blonde un peu fauve; enfin, je vous aurai dépeint sa physionomie en vous disant qu’elle ressemblait étonnamment à la Poésie, figure célèbre de Carlo Dolci. Tout en elle s'harmonisait. Ses moindres mouvements, ses plus petits gestes étaient d’accord avec la tournure particulière de sa phrase, le son de sa voix, qui vibrait dans les cœurs, et la manière dont elle jetait son regard pour bouleverser toutes les idées.
Type admirable de noblesse et d'élégance, sa noblesse n'avait rien de cherché ni de contraint, son élégance était toute instinctive. Le hasard avait été prodigue envers elle.

La Poésie par Carlo Dolci

10. Ferragus, 1833

Madame Jules, sa chambre à coucher et Daphnis et Chloé le tableau de Gérard
Pour développer cette histoire dans toute la vérité de ses détails, pour en suivre le cours dans toutes ses sinuosités, il faut ici divulguer quelques secrets de l'amour, se glisser sous les lambris d’une chambre à coucher, non pas effrontément, mais à la manière de Trilby, n’effaroucher ni Dougal, ni Jeannie, n’effaroucher personne, être aussi chaste que veut l'être notre noble langue française, aussi hardi que l’a été le pinceau de Gérard dans son tableau de Daphnis et Chloé. La chambre à coucher de madame Jules était un lieu sacré. Elle, son mari, sa femme de chambre pouvaient seuls y entrer. L’opulence a de beaux privilèges, et les plus enviables sont ceux qui permettent de développer les sentiments dans toute leur étendue, de les féconder par l’accomplissement de leurs mille caprices, de les environner de cet éclat qui les agrandit, de ces recherches qui les purifient, de ces délicatesses qui les rendent encore plus attrayants.

Gérard, Daphnis et Chloé

11. Séraphîta, 1832-35

Séraphîta et Polymnie
Séraphîta se dressa sur ses pieds, resta, la tête mollement inclinée, les cheveux épars, dans la pose aérienne que les sublimes peintres ont tous donnée aux Messagers d'en haut: les plis de son vêtement eurent cette grâce indéfinissable qui arrête l'artiste. L’homme qui traduit tout par le sentiment, devant les délicieuses lignes du voile de la Polymnie antique. Puis elle étendit la main, et Wilfrid se leva. Quand il regarda Séraphîta, la blanche jeune fille était couchée sur la peau d'ours, la tête appuyée sur sa main, le visage calme, les yeux brillants.

Lesueur, Polymnie (détail)

12. Le Père Goriot, 1835

Victorine Taillefer et Van Eyck            
Deux figures y formaient un contraste frappant avec la masse des pensionnaires et des habitués. Quoique mademoiselle Victorine Taillefer eût une blancheur maladive semblable à celle des jeunes filles attaquées de chlorose, et qu'elle se rattachât à la souffrance géné­rale qui faisait le fond de ce tableau, par une tristesse habituelle, par une contenance gênée, par un air pauvre et grêle, néanmoins son visage n'était pas vieux, ses mouvements et sa voix étaient agiles. Ce jeune malheur ressemblait à un arbuste aux feuilles jaunies, fraîchement planté dans un terrain contraire. Sa physionomie rous­sâtre, ses cheveux d'un blond fauve, sa taille trop mince, exprimaient cette grâce que les poètes modernes trou­vaient aux statuettes du Moyen Age. Ses yeux gris mé­langés de noir exprimaient une douceur, une résignation chrétiennes. Ses vêtements simples, peu coûteux, trahissaient des formes jeunes. Elle était jolie par juxta­position. Heureuse, elle eût été ravissante.

Van Eyck, Vierge de l'Annonciation

13. La Fille aux yeux d’or, 1835

La fille aux yeux d’or et la Chimère
Depuis que j’étudie les femmes, mon inconnue est la seule dont le sein vierge, les formes ardentes et voluptueuses m'aient réalisé la seule femme que j'aie rêvée, moi! Elle est l'original de la délirante peinture, appelée la femme caressant sa chimère, la plus chaude, la plus infernale inspiration antique; une sainte poésie prostituée par ceux qui l'ont copiée pour les fresques et les mosaïques; pour un tas de bourgeois qui ne voient dans ce camée qu’une breloque, et la mettent à leurs clefs de montre, tandis que c'est toute la femme, un abîme de plaisirs où l'on roule sans en trouver la fin, tandis que c’est une femme idéale qui se voit quelquefois en réalité dans l'Espagne, dans l'Italie, presque jamais en France. Hé bien, j'ai revu cette fille aux yeux d’or, cette femme caressant sa chimère, je l'ai revue ici, vendredi. Je pressentais que le lendemain elle reviendrait à la même heure. Je ne me trompais point. Je me suis plu à la suivre sans qu'elle me vît, à étudier cette démarche indolente de la femme inoccupée, mais dans les mouvements de laquelle se devine la volupté qui dort. Eh bien, elle s'est retournée, elle m'a vu, m’a de nouveau adoré, a de nouveau tressailli, frissonné.

Delacroix, Femme caressant son perroquet

14. La vieille Fille, 1836

Madame de Maufrigneuse
Madame de Maufrigneuse venait de s'improviser ange, comme elle méditait de tourner à la littérature et à la science vers quarante ans au lieu de tourner à la dévotion. Elle tenait à ne ressembler à personne. Elle se créait des rôles et des robes, des bonnets et des opinions, des toilettes et des façons d'agir originales. Après son mariage, quand elle était encore quasi jeune fille, elle avait joué la femme instruite et presque perverse. Comme l'époque de ce mariage lui défendait de dérober à la connaissance des temps la moindre petite année, et qu'elle atteignait à l'âge de vingt-six ans, elle avait inventé de se faite immaculée. Elle paraissait à peine tenir à la terre, elle agitait ses grandes manches, comme si c’eût été des ailes. Son regard prenait la fuite au ciel à propos d'un mot, d'une idée, d'un regard un peu trop vifs. La madone de Piola, ce grand peintre génois, assassiné par jalousie au moment où il était en train de donner une seconde édition de Raphaël, cette madone la plus chaste de toutes et qui se voit à peine sous sa vitre dans une petite rue de Gênes, cette céleste madone était une Messaline, comparée à la duchesse de Maufrigneuse. Les femmes se demandaient comment la jeune étourdie était devenue, en une seule toilette, la séraphique beauté voilée qui semblait, suivant une expression à la mode, avoir une âme blanche comme la dernière tombée de neige sur la plus haute des Alpes, comment elle avait si promptement résolu le problème jésuitique de si bien montrer une gorge plus blanche que son âme en la cachant sous la gaze; comment elle pouvait être si immatérielle en coulant son regard d'une façon si assassine. Elle avait l’air de promettre mille voluptés par ce coup d'oeil presque lascif quand, par un soupir ascétique plein d'espérance pour une meilleure vie, sa bouche paraissait dire qu'elle n'en réaliserait aucune.

Domenico Piola (élève de Raphaël), Madone

15. Une Fille d’Eve, 1838

Florine et Poppée Sabina de l'école de Fontainebleau
Elle avait alors vingt huit ans, le moment où les beautés des femmes françaises sont dans tout leur éclat. Les peintres voyaient avant tout dans Florine des épaules d'un blanc lustré, teintes de tons olivâtres aux environs de la nuque, mais fermes et polies; la lumière glissait dessus comme sur une étoffe moirée. Quand elle tournait la tête, il se formait dans son cou des plis magnifiques, l'admiration des sculpteurs. Elle avait sur ce cou triomphant une petite tête d'impératrice romaine, la tête élégante et fine, ronde et volontaire de Poppée, des traits d'une correction spirituelle, le front lisse des femmes qui chassent le souci et les réflexions, qui cèdent facilement, mais qui se butent aussi comme des mules et n’écoutent alors plus rien. Ce front taillé comme d'un seul coup de ciseau faisait valoir de beaux cheveux cendrés presque toujours relevés par-devant en deux masses égales, à la romaine, et mis en mamelon derrière la tête pour la prolonger et rehausser par leur couleur le blanc du col. Des sourcils noirs et fins, dessinés par quelque peintre chinois, encadraient des paupières molles où se voyait un réseau de fibrilles roses.

Ecole de Fontainebleau, Poppée Sabina

Femmes aux épaules "grasses comme si Rubens en avait préparé la pâte
Les salons offraient à l'oeil un spectacle magique : des fleurs, des diamants, des chevelures brillantes, tous les écrins vidés, toutes les ressources de la toilette mises à contribution. Le salon pouvait se comparer à l'une des serres coquettes où de riches horticulteurs rassemblent les plus magnifiques raretés. Même éclat, même finesse de tissus. L'industrie humaine semblait aussi vouloir lutter avec les créations animées. Partout des gazes blanches ou peintes comme les ailes des plus jolies libellules, des crêpes, des dentelles, des blondes, des tulles variés comme les fantaisies de la nature entomologique, découpés, ondés, dentelés, des fils d'aranéide en or, en argent, des brouillards de soie, des fleurs brodées par les fées ou fleuries par des génies emprisonnés, des plumes colorées par les feux du tropique, en saule pleureur au-dessus des têtes orgueilleuses, des perles tordues en nattes, des étoffes laminées, côtelées, déchiquetées, comme si le génie des arabesques avait conseillé l'industrie française. Ce luxe était en harmonie avec les beautés réunies là comme pour réaliser un keepsake. L'oeil embrassait les plus blanches épaules, les unes de couleur d'ambre, les autres d'un lustré qui faisait croire qu'elles avaient été cylindrées, celles-ci satinées, celles-là mates et grasses comme si Rubens en avait préparé la pâte, enfin toutes les nuances trouvées par l'homme dans le blanc.

Rubens Vénus à son miroir (détail)

La beauté raphaëlique des femmes dans un salon du faubourg Saint-Germain
C'étaient des yeux étincelants comme des onyx ou des turquoises bordées de velours noir ou de franges blondes; des coupes de figures variées qui rappelaient les types les plus gracieux des différents pays; des fronts sublimes ou majestueux, ou doucement bombés comme si la pensée y abondait, ou plats comme si la résistance y siégeait invaincue; puis, ce qui donne tant d'attrait à ces fêtes préparées pour le regard, des gorges repliées comme les aimait Georges IV, ou séparées à la mode du dix huitième siècle, ou tendant à se rapprocher, comme les voulait Louis XV; mais montrées avec audace, sans voile, ou sous ces jolies gorgerettes froncées des portraits de Raphaël, le triomphe de ses patients élèves. Les plus jolis pieds tendus pour la danse, les tailles abandonnées dans les bras de la valse, stimulaient l'attention des plus indifférents. Les bruissements des plus douces voix, le frôlement des robes, les murmures de la danse, les chocs de la valse accompagnaient fantastiquement la musique. La baguette d'une fée semblait avoir ordonné cette sorcellerie étouffante, cette mélodie de parfums, ces lumières irisées dans les cristaux où pétillaient les bougies, ces tableaux multipliés par les glaces. Cette assemblée des plus jolies femmes et des plus jolies toilettes se détachait sur la masse noire des hommes.

Domenico  Piola (élève de Raphaël)

16. La cousine Bette, 1846

Adeline Hulot et Bianca Capello de Bronzino
Adeline, alors âgée de seize ans, pouvait être comparée à la fameuse Mme du Barry, comme elle, fille de la Lor­raine. C'était une de ces beautés complètes, foudroyantes, une de ces femmes semblables à Mme Tallien, que la nature fabrique avec un soin particulier ; elle leur dispense ses plus précieux dons : la distinction, la noblesse, la grâce, la finesse, l'élégance, une chair à part, un teint broyé dans cet atelier inconnu où travaille le hasard. Ces belles femmes-là se ressemblent toutes entre elles. Bianca Capella dont le portrait est un des chefs-d'œuvre de Bronzino, la Vénus de Jean Goujon dont l'original est la fameuse Diane de Poitiers, la signora Olympia dont le portrait est à la galerie Doria, enfin Ninon, Mme du Barry, Mme Tallien, Mlle George, Mme Récamier, toutes ces femmes, restées belles en dépit des années, de leurs passions ou de leur vie à plaisirs excessifs, ont dans la taille, dans la charpente, dans le caractère de la beauté des similitudes frappantes, et à faire croire qu'il existe dans l'océan des générations un courant aphrodisien d'où sortent toutes ces Vénus, filles de la même onde salée !

Bronzino, Bianca Capello

Valérie Marneffe, Laïs et Holbein
La beauté vénale sans amateurs, sans célébrité, sans la croix de déshonneur que lui valent des fortunes dissipées, c'est un Corrège dans un grenier, c'est le génie expirant dans sa mansarde. Une Laïs à Paris doit donc, avant tout, trouver un homme riche qui se passionne assez pour lui donner son prix. Elle doit surtout conserver une grande élégance qui, pour elle, est une enseigne, avoir d'assez bonnes manières pour flatter l'amour-propre des hommes, posséder cet esprit à la Sophie Arnould, qui réveille l'apathie des riches; enfin elle doit se faire désirer par les libertins en paraissant être fidèle à un seul, dont le bonheur est alors envié. Ces conditions, que ces sortes de femmes appellent la chance, se réalisent assez difficilement à Paris, quoique ce soit une ville pleine de millionnaires, de désœuvrés, de gens blasés et à fantaisies. La Providence a sans doute pro­tégé fortement en ceci les ménages d'employés et la petite bourgeoisie, pour qui ces obstacles sont au moins doublés par le milieu dans lequel ils accomplissent leurs évolutions. Néanmoins, il se trouve encore assez de Mme Marneffe à Paris, pour que Valérie doive figurer comme un type dans cette histoire des mœurs.

Hans Holbein, Lais

Samson et Dalila expliqués par Valérie
"Samson n'est rien, là. C'est le cadavre de la force. Dalila, c'est la passion qui ruine tout.
--Eh bien! reprit-elle, voilà comment je comprends la composition. Samson s'est réveillé sans cheveux comme beaucoup de dandies à faux toupets. Le héros est là sur le bord du lit, vous n'avez donc qu'à en figurer la base, cachée par des linges, par des draperies. Il est là comme Marius sur les ruines de Carthage, les bras croisés, la tête rasée, Napoléon à Sainte-Hélène, quoi! Dalila est à genoux, à peu près comme la Madeleine de Canova. Quand une fille a ruiné son homme elle l'adore. Selon moi, la Juive a eu peur de Samson, terrible, puissant, mais elle a dû aimer Samson devenu petit garçon. Donc, Dalila déplore sa faute, elle voudrait rendre à son amant ses che­veux, elle n'ose pas le regarder, et elle le regarde en sou­riant, car elle aperçoit son pardon dans la faiblesse de Samson. Ce groupe, et celui de la farouche Judith, seraient la femme expliquée. La vertu coupe la tête, le vice ne vous coupe que les cheveux. Prenez garde à vos toupets, messieurs!"

Madeleine de Canova
 

Artus Quellin, Samson et Dalila

Bette Fischer et Van Eyck
Qui voyait la Bette pour la première fois, frémissait involontairement à l'aspect de la sauvage poésie que l'habile Valérie avait su mettre en relief en cultivant par la toilette cette nonne sanglante, en encadrant avec art par des bandeaux épais cette sèche figure olivâtre où brillaient des yeux d'un noir assorti à celui de la chevelure, en faisant valoir cette taille inflexible. Bette, comme une Vierge de Cranach et de Van Eyck, comme une Vierge byzantine, sorties de leurs cadres, gardait la roideur, la correction de ces figures mysté­rieuses, cousines germaines des Isis et des divinités mises en gaine par les sculpteurs égyptiens. C'était du granit, du basalte, du porphyre qui marchait.

Van Eyck Margarita

Valérie Marneffe, Jupiter et Danaé du Corrège
Dans ce ménage, primitif (disait-il), le baron était aussi dieu que chez lui. M. Marneffe paraissait être à mille lieues de croire que le Jupiter de son ministère eût l'intention de descendre en pluie d'or chez sa femme, et il se faisait le valet de son auguste chef. Mme Marneffe, âgée de vingt-trois ans, bourgeoise pure et timorée, fleur cachée dans la rue du Doyenné, devait ignorer les dépravations et la démoralisation courtisanesques qui maintenant causaient d'affreux dégoûts au baron, car il n'avait pas encore connu les charmes de la vertu qui combat, et la craintive Valérie les lui faisait savourer, comme dit la chanson, tout le long de la rivière.

Tintoret, Danaë

La courtisane Josépha et Judith d'Alloris
Après avoir entendu ouvrir et fermer des portes, elle aperçut enfin Josépha. La cantatrice ressemblait à la Judith d'Alloris, gravée dans le souvenir de tous ceux qui l'ont vue dans le palais Pitti, auprès de la porte d’un grand salon: même fierté de pose, même visage sublime, des cheveux noirs tordus sans apprêt et une robe de chambre jaune à mille fleurs brodées abso­lument semblable au brocart dont est habillée l'immortelle homicide créée par le neveu du Bronzino.

Christophano Alloris, Judith

Bette Fischer et Giotto
Au moment où cette scène commence, si la cousine Bette avait voulu se laisser habiller à la mode; si elle s'était, comme les Parisiennes, habituée à porter chaque nouvelle mode, elle eût été présentable et acceptable; mais elle gardait la raideur d'un bâton. Or, sans grâces, la femme n'existe point à Paris. Ainsi, la chevelure noire, les beaux yeux durs, la rigidité des lignes du visage, la séche­resse calabraise du teint qui faisaient de la cousine Bette une figure du Giotto, et desquels une vraie Parisienne eût tiré parti, sa mise étrange surtout, lui donnaient une si bizarre apparence, que parfois elle ressemblait aux singes habillés en femmes, promenés par les petits Savoyards. Comme elle était bien connue dans les maisons unies par les liens de famille où elle vivait, qu'elle restreignait ses évolutions sociales à ce cercle, qu'elle aimait son chez-soi, ses singularités n'étonnaient plus personne, et disparais­saient au dehors dans l'immense mouvement parisien de la rue, où l'on ne regarde que les jolies femmes.

Giotto, Femmes de profil

17. Les Paysans, 1845

Catherine Tonsard et Delacroix
Catherine, grande et forte, en tout point semblable aux filles que les sculpteurs et les peintres prennent, comme jadis la République, pour modèles de la Liberté, charmait la jeunesse de la vallée d'Avanne par ce même sein volumineux, ces mêmes jambes musculeuses, cette même taille à la fois robuste et flexible, ces bras charnus, cet œil allumé d'une paillette de feu, par l'air fier, les cheveux tordus à grosses poignées, le front masculin, la bouche rouge, aux lèvres retroussées par un sourire quasi féroce, qu'Eugène Delacroix, David d'Angers ont tous deux admirablement saisi et représenté. Image du Peuple, l'ardente et brusque Catherine vomissait des insurrections par ses yeux d'un jaune clair, pénétrants et d'une insolence soldatesque.

Delacroix, La Liberté guidant le peuple (détail)

Olympe Michaud et Nicolas Poussin
Lorsque la comtesse et ses deux hôtes atteignirent au bout d'une des allées sinueuses qui débouchaient au pavillon, ils entrevirent madame Michaud assise en dehors, à sa porte, travaillant à une layette. Cette femme, ainsi posée, ainsi occupée, ajoutait au paysage un intérêt humain qui le complétait et qui dans la réalité est si touchant, que certains peintres ont par erreur essayé de le transporter dans leurs tableaux. Ces artistes oublient que l'esprit d'un pays, quand il est bien rendu par eux, est si grandiose qu'il écrase l'homme, tandis qu'une semblable scène est, dans la nature, toujours en proportion avec le personnage par le cadre dans lequel l'œil du spectateur le circonscrit. Quand Poussin, le Raphaël de la France, a fait du paysage un accessoire dans ses Bergers d'Arcadie, il avait bien deviné que l'homme devient petit et misérable, lorsque dans une toile la nature est le principal. Là, c'était août dans toute sa gloire, une moisson attendue, un tableau plein d'émotions simples et fortes. Là, se rencontrait réalisé le rêve de beaucoup d'hommes dont la vie inconstante et mélangée de bon et de mauvais par de violentes secousses, leur a fait désirer le repos.

Nicolas Poussin, les Bergers d'Arcadie

La Péchina, la cruche cassée de la fable et Fragonard
A six cents pas environ du pavillon, au-dessous du ruisseau, la comtesse aperçut dans l'allée une cruche rouge cassée et du lait répandu.
- Qu'est-il arrivé à la petite ? ... dit-elle en appelant Michaud et sa femme qui retournaient au pavillon.
- Un malheur comme à Perrette, lui répondit Émile Blondet.
- Non, la pauvre enfant a été surprise et poursuivie, car la cruche a été jetée sur le côté, dit l'abbé Brossette en examinant le terrain.
- Oh ! c'est bien là le pied de la Péchina, dit Michaud. L'empreinte des pieds tournés vivement révèle une sorte de terreur subite. La petite s'est élancée violemment du côté du pavillon en voulant y retourner.
Tout le monde suivait les traces montrées du doigt par le garde général qui marchait en les observant, et qui s'arrêta dans le milieu de l'allée, à cent pas de la cruche cassée, à l'endroit où cessaient les marques des pieds de la Péchina.

Fragonard, Perrette et le pot au lait

Paysanne de Murillo
Au bout des champs moissonnés, sur lesquels étaient les charrettes où s'empilaient les gerbes, il y avait une centaine de créatures qui, certes, laissaient bien loin les plus hideuses conceptions que les pinceaux de Murillo, de Téniers, les plus hardis en ce genre, et les figures de Callot, ce poète de la fantaisie des misères, aient réalisées; leurs jambes de bronze, leurs tètes pelées, leurs haillons déchiquetés, leurs couleurs, si curieusement dégradées, leurs déchirures humides de graisse, leurs reprises, leurs taches, les décolorations des étoffes, les trames mises à jour, enfin leur idéal du matériel des misères était dépassé, de même que les expressions avides, inquiètes, hébétées, idiotes, sauvages de ces figures avaient, sur les immortelles compositions de ces princes de la couleur, l'avantage éternel que conserve la nature sur l'art. Il y avait des vieilles au cou de dindon, à la paupière pelée et rouge, qui tendaient la tête comme des chiens d'arrêt devant la perdrix; des enfants silencieux comme des soldats sous les armes, des petites filles qui trépignaient comme des animaux attendant leur pâture; les caractères de l'enfance et de la vieillesse étaient opprimés sous une féroce convoitise : celle du bien d'autrui, qui devenait leur bien par abus.

Murillo, Une paysanne et son fils

Madame Soudry et l’ombrelle de Fragonard (Watteau pour Balzac)
lle se serrait beaucoup, elle mettait une énorme tournure, elle portait des boucles de diamants aux oreilles, ses doigts étaient surchargés de bagues. Enfin, en haut de son corset, entre deux masses arrosées de blanc de perle, brillait un hanneton composé de deux topazes et à tête en diamant, un présent de chère maîtresse, dont on parlait dans tout le département. De même que feu sa maîtresse, elle allait toujours les bras nus et agitait un éventail d'ivoire à peinture de Boucher, et auquel deux petites roses servaient de boutons.
Quand elle sortait, madame Soudry tenait sur sa tête le vrai parasol du XVIIIe siècle, c'est-à-dire une canne au haut de laquelle se déployait une ombrelle verte à franges vertes. De dessus la terrasse, quand elle s'y promenait, un passant, en la regardant de très loin, aurait cru voir marcher une figure de Watteau.

Fragonard, Conversation galante dans un parc

La suite dans l'article suivant...

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Sylvie 17/01/2016 15:00

Article intéressant et très agréable à lire, très belles illustrations. Mais quel est le nom du peintre ,auteur du premier tableau intitulé Le repos de la guerrière ?

med médiène 28/01/2016 01:06

Bonsoir Sylvie,
Voici les références du tableau que vous aimez tant :
Auguste Toulmouche - Dolce fariente 1877
Ce peintre est considéré comme le peintre de la très riche bourgeoisie du Second Empire. Zola, comme vous, l'appréciait assez pour l'écrire. Du coup j'ai replacé la belle indolente en couverture de mon article. J'ai également remis certaines illustrations qui manquaient.
Bien amicalement
mmediene

Sylvie 19/01/2016 21:04

Je vous remercie pour votre réponse. Votre article m'a vraiment plu comme je vous l'ai déjà écrit, mais j 'ai aussi été particulièrement émue par ce tableau. Je trouve cela dommage que vous ayez décidé de le remplacer car cette personne avait un côté très balzacien et constituait une très belle introduction à vos portraits de femme.
J ' espère avoir à nouveau le plaisir de vous lire.
Je vous remercie chaleureusement.

med médiène 18/01/2016 20:02

Bonsoir Sylvie
Désolé, je n'arrive pas à retrouver le nom du peintre. J'ai beaucoup cherché, croyez-moi. Cette toile a été réalisée au milieu du 19ème. Des années 1840 aux années 1870, selon sa facture et son thème. Il y a plusieurs toiles similaires que je peux identifier. Je peux vous les indiquer ou les envoyer à une adresse mail.
Votre question, après m'avoir surpris, me semble maintenant justifiée. Comme je n'ai pas de réponse au sujet de ma "guerrière" je vais la remplacer par une autre que je connais bien. Et elle sera plus en rapport avec l'objet de mon propos.
Je vous remercie infiniment.
Bien amicalement,
mmediene