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Compteur

  

Publié par med médiène

Les yeux cernés


Une jeune femme en mouvement, sans impatience, et qui paraît tromper le temps en lisant les annonces épinglées sur les panneaux d’une galerie marchande. Elle va de l’une à l’autre, lentement. Sa manière de marcher m’intrigue. En se déplaçant, elle ne décolle pas les pieds du sol mais les pose sur le carrelage propre et brillant, comme si elle glissait - mais sans l’idée de glisse frottante que suggère dans un bain le bruit arrondi du mouillé. Je ne sais pourquoi, je l’imagine généreuse et passive dans ses amours. Comme destinée par vocation au plaisir de l’homme décidé à accepter ses choix.

Ainsi faisant, elle disait à qui voulait la regarder - moi peut-être qui essayait de comprendre pourquoi mon œil s’était accroché à son allure -, elle disait cette jeune femme que je ne reverrai sans doute jamais, son appartenance à la matière, au poids tiède et mou des choses.

Elle n’avait pas cette allure déliée, tranquille et souveraine, des femmes qui ne se sentent pas encombrées par leurs corps. Elle habitait le sien en force, complètement. Concrètement. Tout son être suggérait l’empoignade franche, le toucher brut, le refus de tout préliminaire.

Celle que j’observais était assez petite, sa taille peu marquée. Chaussée d’une paire de sandales rouges, sorte de mules, elle portait un pantalon marron qui la masculinisait, lui donnant un aspect androgyne étrangement séduisant. Son chemisier n’accusait aucune courbe, il ne dissimulait au regard qu’un semblant de seins. Des seins juvéniles, minuscules et pointus – comme naissants. Ses cheveux courts et foncés coiffaient un visage las, assez commun, que le brun fatigué de la peau desservait. Elle avait des yeux lourds, sans éclat. Et dessous, profonds d’un bleu presque noir, des cernes troublants, des cernes de nuit blanche.

 

 

 

 

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