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Publié par med médiène

Jean-Léon Gérôme - Le bain de vapeur

Jean-Léon Gérôme - Le bain de vapeur

Le hammam, appelé aussi bain maure ou bain turc, réplique orientale des thermes romains, était l’un des sujets favoris des peintres orientalistes, parce qu’il leur permettait, comme pour la peinture traditionnelle, de justifier la nudité des femmes et les amenait, s’agissant de scènes orientales, à toutes sortes d’audaces tant plastiques que sensuelles.
Les grandes salles sombres, surchauffées, humides, au sol glissant nécessitant pour se déplacer des socques de bois (les chopines vénitiennes), recevaient en toute simplicité - d’appareil et de rang - maîtresses blanches et servantes noires, les unes nues, les autres recouvertes d’un drap. Les femmes allaient régulièrement dans ces bains aussi bien pour le plaisir que pour la santé. Principal lieu de socialisation échappant à la présence masculine, le bain offrait aux femmes la possibilité de se retrouver entre elles. Dans la vapeur parfumée aux multiples essences des étuves - de l’encens, de la myrrhe, du santal, de l’ambre brûlaient dans de petits fourneaux rappelant l’union de l’eau et du feu des anciennes croyances -, nul artifice n’était possible. La vérité sans voile du corps s’imposait dans une proximité exempte de gêne, favorisant les confidences, les secrets de femmes, tout ce qui peut se dire de la nuit, de l’homme et de l’alcôve. Tout en s’adonnant aux plaisirs des jeux que l’eau inspire - une eau toujours courante, toujours renouvelée, toujours bruissante - elles prenaient soin de leur premier capital, leur beauté, gage de leur unique et fragile pouvoir, grâce aux conseils de celles qui s’en souvenaient. Le rituel du bain est parfois dépeint avec une précision d’ethnographe comme dans les  scènes de hammam de Jean-Léon Gérôme : le massage qui détend et assouplit, le savonnage qui lave, les ablutions qui purifient et l’épilation à la cire qui donne au corps cette netteté et ce lisse supposés être, pour l’homme, l’acmé de la perfection. Cette dernière pratique, largement répandue dans le monde des femmes d’Orient, semble avoir beaucoup impressionné certains écrivains. Victor Hugo, grand pourvoyeur d’images (Les Orientales, 1829) et expert en matière de femmes, note - constate ? - dans Choses vues : « Les femmes en Orient s’épilent absolument. »
Alexandre Dumas, dans un style où la verve amusée du feuilletoniste domine, relate ainsi cette délicate et, à ses yeux, excentrique habitude : « Quant à l’épilation, elle se fait tous les mois à l’aide d’une pommade que les femmes mauresques composent elles-mêmes, et dans laquelle entrent à grande dose l’orpiment et le savon noir. Lorsque le jour de cette opération est venu, elles se frottent avec cette pommade et se mettent au bain ; au bout d’une minute le spécifique a opéré, et le poil tombe au simple toucher. Tant que les femmes maures ou arabes sont jeunes et belles, cette excentricité leur sied à merveille, en leur donnant l’apparence de statues de marbre antique. » (Le Véloce, 1846)
Dans le hammam où se côtoyaient vierges et femmes mariées, les matrones établissaient des contacts pour préparer des mariages et repéraient, de leur œil exercé, parmi les jeunes baigneuses celle qui sera destinée à tel jeune homme que ses parents souhaitaient marier. Vérifications et tractations occupaient cette société de vieilles gens et l’échange d’informations, favorisé par l’impossibilité matérielle de toute tromperie, se déroulait dans le bruit rassurant de l’eau remuée. La vérité se révélait dans la nudité des prétendantes évaluées par les marieuses aux seins ballants. Les peaux étaient inspectées et la souplesse du corps constatée. Les flancs et le bassin, qu’il fallait avoir large, étaient particulièrement observés car ils indiquaient la capacité des multiples maternités sans quoi une femme, en Orient, ne pourrait être considérée comme femme.
Le cérémonial du bain de la future mariée ne variait guère. Il consistait à passer sur tout le corps un gant rêche qui étrillait la peau et, sous l’action du savon noir et de l’eau, procurait à la peau luisance et douceur. Les effets de lumière sur cette surface nette et mouillée ont été, je l’ai dit, parfaitement rendus par un peintre comme Gérôme.
L’un des préceptes du Coran, pour que la femme soit purifiée et conforme à la conception musulmane de l’hygiène, recommande l’épilation du pubis de telle sorte que les poils ne dépassent pas « la longueur d’un grain d’orge. » La pâte qui servait à cette manipulation était de composition moins fantaisiste que celle décrite par Alexandre Dumas. Elle était faite à base d’arsenic ou de caramel au citron. Un cataplasme préparé avec du henné, cette poudre miraculeuse obtenue grâce à « la plante du paradis », de l’eau de rose et de l’ambre, apposé sur la zone épilée, avait le don d’apaiser l’irritation occasionnée par l’opération. Au milieu des encouragements et des rires de ses compagnes, la future épousée recevait, chuchotée, l’initiation verbale de la doyenne des matrones. Elle s’entendait dire la façon dont elle devait se donner, pudeur oubliée, comme femme et comme amante à l’homme qui allait partager sa couche et peut-être sa vie entière. Elle écoutait, énervée et ravie, la description de sa nuit où,  lui disait-on, à la douleur mêlée au plaisir de la première fois succéderait le plaisir dans le plaisir recommencé. Les sens éveillés, puis comblés, contentant et l’épouse et l’époux dans l’espace clôt du lit, seront la preuve de la réussite nuptiale. S’affairant toujours autour d’elle, les femmes, continuant leur babil instructif, peaufinaient les ultimes préparatifs.
Au-dessus du sexe nu, visible maintenant avec ses lèvres fermées, on tatouait, en la piquant d’une aiguille noircie, un léger triangle qui deviendra bleu. Ce symbole indélébile devait accroître la puissance fécondante de l’amant. Une chanson d’amour, une chanson de femmes, fredonnée à propos, comparait cette ouverture nouvelle au fruit du désert, la datte oblongue à la chair ambrée, presque translucide, qui fond dans la bouche comme un sucre et dont on peut, si on désire prolonger son souvenir, agacer le noyau avec sa langue. Puis on appliquait le henné roux sur ses mains et ses pieds, on y dessinait des formes belles pour plaire à celui qui les caresserait. On s’occupait ensuite des paupières que l’on teintait de khôl qui rend plus blanc le blanc des yeux, les fait briller, et les préserve. On lui donnait enfin à mâcher du souak qui parfume l’haleine et renforce la nuance rosée les gencives, faisant ressortir l’émail éclatant des dents. Dans les you you joyeux d’une assistance excitée par l’image que chacune se faisait de cette nuit sacrée, la mariée était parfumée, habillée de ses plus belles robes. Une ceinture, symbole d’ouverture et de fermeture, les serrait à la taille, au-dessus des cuisses qu’aucun sous vêtement n’emprisonnait.
La jeune fille émue et fière, sentant entre ses deux seins gonflés le talisman que sa mère avait placé, pouvait aller désormais au devant de sa vie de femme.
Le mariage, après la première nuit où le drap blanc taché du rouge de l’hymen déchiré était montré, devait indispensablement aboutir, sous peine de répudiation, à l’enfantement, à la mise au monde d’un petit mâle continuateur de la lignée du père.

Le nu et l'eau. Vapeur de femmes
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Commenter cet article

Alicia Alvarez 18/07/2009 23:35

Intéressante lecture du nu dans la peinture orientaliste du XIXème, votre manière d'en parler nous incite à mieux regarder ces oeuvres considérées trop souvent comme mineures. Merci

med médiène 20/07/2009 10:39


Je suis heureux de constater que vous patagez mes goûts. Je compte aller bientôt visiter votre magnifique Prado où se trouvent certains des nus dont je parle.
Bien àn vous,
M.