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Publié par med médiène



A l'Est d'Oran, après maints lacets d'une route construite au pied de la fameuse montagne des Lions on arrive à Kristel, petit port bâti en étage qu'entourent, ainsi qu'une oasis maritime, vergers et jardins.

Il n'y a  guère, les pêcheurs et les maraîchers offraient aux plaisanciers qui les visitaient le fruit de leurs récoltes. Aujourd'hui l'échange est moins amène : la dure saison des rapports mercantiles a gagné sur l'ancienne et conviviale vertu de l'hospitalité.

Au delà du village, après avoir frôlé en son centre une école au fronton duquel est gravé le millésime 1893, la route se poursuit, longe à droite le Mont Kristel, de lourds blocs de pierres sculptés par les vents et découvre à gauche, en enfilade, des criques de sable ou de galets, jusqu'à la pointe de l'Aiguille qu'un phare surplombe. La baie, d'un bleu lumineux en été, dessine sur ses bords l'escarpement net de la côte. A l'horizon, une différence de tonalité signale la couture du ciel et de la mer.

De cette place la vue embrasse la géographie oranienne et découvre  Canastel, puis la rade et le Front de mer d'Oran, Fort Lamoune, le rocher de la Vieille et plus loin encore, l'ultime bout où l'oeil bute, le Cap Falcon reconnaissable à son phare.

On dirait que l'immense plan d'eau prend une allure de lac, tant l'étreinte, dans le creux des terres, ne semble pas forcée.

Kristel, au nom évocateur de femme, de prophète et de verre précieux, symbolise à mes yeux la rencontre miraculeuse d'un amour aux yeux d'eau.

Mais à l'écart des hommes, ou indifférents à eux, quelques lieux demeurent épargnés.

 

Notes

I) Canastel est une altération de Kristel, du nom berbère Krichteul, commise par les chroniqueurs espagnols. En réalité la pointe de  Canastel était nommée  Ahmeur Dekenah (pente rouge) ou cabo Rojo (cap Rouge ou cap Roux).

2)  Fort Lamoune est une fortification construite par les Espagnols au XVIIème siècle.

 

 

 

                       Passages de cristal


Eternité

Elle ne sent pas ma présence. Elle est assise, sa main en visière, face au soleil, et regarde la mer. Dans l'amoncellement des roches qui l'entourent, dans ce silence d'après midi finissant, seule, une femme en robe de couleurs -derrière son âge et devant la mer, point de rencontre de deux éternités -, écoute les remous de sa vie que l'air du large fait bruire.

Je suis passé sans qu'elle ne m'ait vu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 






 

 

 


Les Palmiers

Jaillissement vert qui éclate à son extrémité en feuilles dures. Quatre traits qui fusent dont l'un est étêté, moignon tendu vers le ciel qu'il ne peut accrocher. L'élégance idéale est là, déliée, primordiale. La houle voisine retourne en écho, aux palmiers du Sud, le murmure des déserts. Les palmes au faîte des troncs, quand un souffle les remue, procurent un bruit liquide et de métal froissé.

Ces arbres parfaits, car stériles, me paraissent incongrus dans ce coin de village sans grandeur, jonché des laideurs de l'homme. Il leur faudrait l'espace immaculé à quoi imaginairement je les associe.

Le plan inférieur de l'image me montre une femme enfouie dans son voile qui traverse la plage en longeant le mur. Elle arrive du fond du champ photographique et avance vers l'objectif. Elle regarde au devant de ses pas qui la mènent à moi. Nous ne la verrons pas.

 

 

 

 

 

Le Cimetière

Les tombes escaladent en ordre dispersé le versant marin de la montagne. Les plaques de schiste qui donnaient la mesure des gisants s'estompent, pierre à la pierre revenue. Et les corps mêmes qu'elles recouvrent n'ont plus de forme. lIs se sont coulés à la terre.

Monde de l'ombre près de l'éclat de la mer, monde sombre que la lumière montre, le cimetière de Kristel organise ce face à face de la mer et de la mort:: l'une scintillante, changeante, vivante; l'autre patiente et sûre d’elle dans le silence rugueux de ses pentes. Mais toutes deux comprises dans un ciel sans limites.

Nul tracé ici, nul caveau, nul chemin, nul lieu acquis : l'arrivant est rangé au hasard des places gagnées dans la progression vers la crête du mont. Un cimetière en espalier qui préfigure l'autre ascension vers l'inconnu désincarné, l'autre côté de la vie, la première question , la seule vraie quand tout est fini.

 


 


Les Ancres

Comme des mantes métalliques ou des hameçons pour poissons de légende, les ancres de Kristel enfin se reposent. Libérées des chaînes qui les attachaient à leur navire, elles peuplent aujourd'hui (depuis quand?), au terme de leur dernière traversée, l'une des plages de ce littoral resté sauvage. Le sol qui les accueille, parsemé de cratères minuscules, a gardé la couleur blonde du sable. On peut deviner ici cet étrange processus géologique qui transforme l'infinité des grains en solide conglomérat d'un effet étonnement lunaire. Marcher nu pied n'est pas aisé sur ce tapis de pointes sédimentaires. D'une cavité, formant lagune tiède (s'y baigner est un délice), sourd le chuintement continu d'un ressac : c'est la Méditerranée au travail, oeuvrant à sa superbe victoire sur la roche.

A l'abri des remous, le lustre des algues vertes et les boules d'épines que sont les oursins - et il y a encore quelques années, des moules comestibles - teintent de reflets nacrés, rouges, bruns et gris la bordure bleue et blanche de la mer.

Cimetière d'allégorie et vrai silence, la crique des ancres sollicite la mémoire. Par grand vent, les vagues en un rappel nostalgique les atteignent de leur eau. Dans le regret de l'écume des sillages, des accostages, des fonds obscurs et de la vie sous-marine, l'aujourd'hui des ancres échouées est fait de soleil et de sel qui les corrodent à l'air des embruns. La rouille lentement les écaille.

 


 

 

 

 

 

 


Le Rocher

Un rocher à quelques pas de l'endroit où je me trouve, un rocher tombé à la mer, ou né d'elle, dont la tête émerge, raide, et qui sans blessure la perce. La houle grise et bleue et la mousse de l'écume blanche, incessamment le lèchent dans le va-et-vient de la caresse, l'entourent, le submergent, le mouillent; incessamment l'encerclent dans le clapotis répété de la mer, l'enfoncent en elle, le libèrent, humide, le recouvrent, répétant indéfiniment le geste du plaisir.

Le piton brun, et luisant de ses mouillures, hors d'elle et en elle, m'apparaît, immobile et raide. Elle, vivante, mouvante, désirante et frissonnante, glisse sur lui dans l'alternance du flux et du reflux, et le presse en douceur de toute sa force.

 

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viviane argence 20/07/2009 10:10

Ce lieu apparaît authentique et quelque peu magique; cette évocation fait rêver ....

med médiène 20/07/2009 10:33


Merci