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Publié par med médiène

Bientôt Courbet, Manet, Degas, Cézanne, Matisse, d’autres encore, forceront les portes du bon goût institutionnel et imposeront l’image de la femme de leur temps et de leur monde. Ils peindront des Vénus en appartement, comme des grisettes se lavant accroupies dans un tub ou couchées dans un lit offert par un protecteur argenté. Ainsi de Victorine Meurent, l’Olympia (1863) de Manet, dont les habitués de Pigalle connaissaient la blondeur rousse et la peau de lait. Il faudra attendre très peu de temps pour qu’Olympia, tout en continuant de nous fixer de son regard libre de femme, ce regard émancipé, déplace sa main et nous laisse voir enfin la toison manquante. La Sultane, 1871,
représente le portrait en pied d’une jeune femme vêtue d’une djellaba claire et suffisamment fine pour que l’on puisse distinguer au travers sa nudité : la pointe des seins et le triangle velu de son pubis sont brossés de telle sorte qu’ils ne peuvent échapper au regard du spectateur. Mais cette sultane non épilée, renouant avec les incertitudes du savoir, me fait souvenir d’une phrase tirée de La Muse du département de Balzac : « Elle sortit de son bain vêtue comme une déesse. »
Courbet avait représenté dans Les Baigneuses (1853) une femme épaisse et lourde mais paradoxalement gracieuse et légère dans sa démarche. L’originalité de Courbet dans ce tableau tient dans le fait que la femme n’est pas statique. Elle ne pose pas. Il la montre en mouvement, de dos, dans sa plantureuse nudité à peine recouverte par « un linge sur les fesses. » Elle semble s’éloigner du regard du spectateur, comme si elle voulait se défaire de sa condition de femme-objet que lui avait imposée la mâle société du 19ème. L’intention du peintre, dans son refus d’un érotisme facile, prend une allure clairement transgressive par rapport aux nus réalisés par ses contemporains.
Les nus de Courbet parlent sans précaution oratoire de l’une des directions que peut prendre le corps au carrefour des plaisirs inavouables. Ainsi des baudelairiennes Dormeuses (1866), que Degas et Lautrec reprendront à leur compte, Femme au perroquet (1866), La Femme au chien (vers 1868) ou La Femme à la vague (1868), variante personnelle des nombreuses Vénus naissant de la mer qu’Alexandre Cabanel, renouant avec le mythe, « corrigera » en signant sa très orthodoxe Naissance de Vénus (1875).
En 1866, Courbet osera, avec L’Origine du monde, le tableau impossible, la peinture du centre secret de la femme, la source d’où vient le monde. Par cette toile, Courbet résume magistralement l’histoire de l’art et l’histoire de l’homme.
Le temps des Vénus est désormais compté. Vient celui de la femme humaine, concrète, commune - avec ses préoccupations esthétiques et son corps parfois de beauté médiocre que le désir pourtant ne déserte pas. Avec son Nu couché aux cheveux dénoués, 1917, Modigliani puise pourtant aussi bien dans l’héritage ancien de Titien (La Vénus d’Urbino) que dans celui plus proche de Manet (Olympia). Dans le même ordre d’idée, un des rares nus de Caillebotte, Nu au sofa peint en 1880, représente une jeune femme allongée sur un monumental sofa vert et rouge. Elle vient de se déshabiller, la trace de l’élastique retenant sa jupe jetée sur le dossier du fauteuil marque encore sa taille. La scène se déroule vraisemblablement dans l’atelier de l’artiste et cette femme, dans sa tranquille impudeur, semble nous avouer l’amoureuse relation qui la lie au peintre. La toile est envisagée comme le parcours du regard de l’artiste qui suit les sinuosités sans vénusté du modèle, de la pointe de ses pieds au bras tendrement posé sur son sein, dévoilant, chemin faisant, les jambes un peu grêles, les cuisses et l’abondante toison châtain clair qui buissonne sous le ventre rebondi. Le visage protégé par l’angle que forme son bras gauche reste dans une ombre dont la tonalité est répétée dans celle qui sépare la ligne de son corps de celle du coussin sur lequel il repose. Caillebotte dans cette toile nous livre une scène intime, et dans son souci de réalisme, il ne veut embellir ni son rôle d’amant ni sa partenaire.

 


A la fin du siècle Degas expose une « suite de nus de femmes se baignant, se lavant, se séchant, s’essuyant, se peignant ou se faisant peigner. ». Comme Toulouse-Lautrec (Femme aux cheveux rouges accroupie, 1897, Nu devant un miroir, 1897), Degas fréquentait les bordels de Pigalle où on lui permettait, en familier des lieux, de suivre les pensionnaires dans leurs moments privés. Il pouvait ainsi observer les poses sans apprêt du rituel du tub (Le Tub, 1886, Après le bain…,1886) que le pastel, par ses couleurs chaudes, restituait en soulignant le réalisme de ces scènes d’une grande liberté érotique. Un exemple : la Femme s’essuyant (1889), allongée sur le dos dans un lit baigné de pénombre, semble caresser avec soin son entrejambe écarté dans un doux geste d’auto-érotisme. A propos de Degas Edmond de Goncourt écrit en 1877 : « C’est jusqu’à présent l’homme que j’ai vu le mieux attraper, dans la copie de la vie moderne, l’âme de cette vie. » Dans un autre registre, Etienne Dinet, séduit par le Sahara algérien, s’installe à Bou-Saada (la cité du bonheur), se convertit à l’Islam et réalise une longue série de tableaux à la gloire des femmes de l’oasis (Le Repos des baigneuses et le magnifique Râoucha, 1901).
Plus tard, une certaine peinture recherchera moins à représenter qu’à évoquer une présence comme l’entend Henri Matisse, par exemple, dans la série des Odalisques qu’il s’astreint à peindre à Nice dans les années 1920 pour, dit-il, simplement « faire du nu ».
Au même moment, Rouault, à l’inspiration tourmentée, donne à voir des filles au corps déchu, désespérément maladives, l’envers des femmes rêvées par la majorité de ses prédécesseurs (Fille
et  Les deux prostituées, 1906).

Gustave Courbet : le nu (dé)fendu
Gustave Courbet : le nu (dé)fendu
Gustave Courbet : le nu (dé)fendu
Gustave Courbet : le nu (dé)fendu
Gustave Courbet : le nu (dé)fendu
Gustave Courbet : le nu (dé)fendu
Gustave Courbet : le nu (dé)fendu
Gustave Courbet : le nu (dé)fendu
Gustave Courbet : le nu (dé)fendu
Gustave Courbet : le nu (dé)fendu
Gustave Courbet : le nu (dé)fendu
Gustave Courbet : le nu (dé)fendu
Gustave Courbet : le nu (dé)fendu
Gustave Courbet : le nu (dé)fendu
Gustave Courbet : le nu (dé)fendu

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