Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Compteur

  

Publié par med médiène

Araki, photographe japonais de la femme japonaise, saisit, dans ce portrait en noir et blanc, le court instant qui transforme un corps qui se déshabille en un nu de tableau.
Dans un mouvement de grande retenue, d’extrême précision, les bras du modèle, légèrement en retrait du buste et l’encadrant, descendent jusque cette barrière d’étoffe qui fait frontière, ou passage, entre le bas du ventre et les cuisses que l’on devine lisses. Une mousse frisottante de poils bruns dépasse de l’échancrure blanche du vêtement.
Ce mouvement dont je ne sais s’il dévoile ou recouvre ce creux initial du corps n’est pour moi lié à aucune idée de soumission. Il est, dans une écriture infiniment lisible, comme la mise en geste d’une scène intime, secrète et sacrée. Une lumière éclaire la surface de la peau et dessine les contours d’une anatomie dévoilant un «presque pas de hanche» qui confère à cette architecture corporelle aux épaules massives une troublante masculinité.
Mon regard glisse maintenant le long du buste qui s’enfle avec douceur sous la poussée tendre de deux seins aux pointes sombres. Une ombre mince, projetée en triangle sur le haut du torse, tamise cette zone que semble ne pas voir le photographe.
Le coeur du regardeur peut déraisonner, battre vite, mais la bouche excéssivement rougie et les les yeux déhabités de le jeune femme, dans une feinte surprise qui «ferme» le visage, suspendent toute envie de désir. Pourtant je me surprends, étonné de son absence, à guetter les signes de sa naissance. Et face à cette chair polie comme une sculpture, qui garde un reste de la froideur du marbre, une sorte de magnétisme érotique surgit, intense.
Le fond de l'oeuvre est d’un noir sans conviction. Il semble peint, comme le suggèrent ces rajouts de lignes figurant une sorte de boite. On dirait que Araki se joue de la hiérarchie établie entre crispation (le visage) et abandon (les bras), entre intensité et détente, Il les additionne, ici, pour construire cette force fragile qui émane du modèle fixé dans cet entre-deux fugace et imperceptible, cette seconde photographique, quand le présent, absorbé par le passé, devient le temps éternisé de l'image.

Araki - sans titre

Araki - sans titre

Araki : la nudité désespérée
Araki : la nudité désespérée
Araki : la nudité désespérée
Araki : la nudité désespérée
Araki : la nudité désespérée

Commenter cet article

Olivier Inizan 27/12/2014 22:28

Belle analyse servie par un beau texte.