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Publié par med médiène

Je suis fils de ce siècle.

Quand on fait lire du Hugo
dans les classes, à l’occasion de l’année
Hugo, certains élèves ont
dit qu’ils ne comprenaient
pas parce qu’il y avait trop de mots.

Jean Hovasse

Si, comme l’écrit Victor Hugo, il fut « fils de ce siècle », le mouvementé XIXème, il en fut aussi, par ses engagements et sa longue vie jalonnée de bonheurs et de drames, le prestigieux témoin.

Avant l’exil. 1802-1851
Victor Hugo est né le 26 février 1802 à Besançon (« Ce siècle avait deux ans… ») d’un père lorrain, Léopold Hugo, officier en exercice de l’armée napoléonienne et de Sophie Trébuchet, une royaliste de Vendée, issue d’une classe socialement supérieure à celle de son mari. Les époux Hugo ne s’entendent pas, disons, qu’ils ne s’aiment plus. Leur mariage est un naufrage et les enfants qui naissent, trois garçons, sont peut être des « accidents » du devoir conjugal. Léopold et Sophie Hugo vivent le plus souvent éloignés l’un de l’autre.
Dernier né du couple Hugo, Victor, a pour parrain l’influent général Victor Lahorie, amant depuis plus de deux ans de madame Hugo. Accusé de conspiration contre Napoléon Bonaparte, Victor Lahorie est jugé, condamné et fusillé en 1812.
Le jeune Victor et ses frères Abel et Eugène sont ballottés d’un parent à l’autre. Ils suivent les affectations de leur militaire de père en France, en Italie et en Espagne (1811-1812). Ce dernier pays frappe particulièrement l’imagination de Victor, qui se souviendra plus tard de l’âpreté des paysages espagnols, de l’Andalousie et de son passé arabe et de son père, devenu général, « ce héros au sourire si doux ». En 1811 la famille Hugo loge dans le superbe palais Masserano dont la magnificence restera gravée dans la mémoire du poète. A Madrid, Victor a neuf ans et ne rencontre pas la future George Sand, alors âgée de sept ans, dont le père, Maurice Dupin, aide de camp de Murat, occupe avec sa femme et sa fille, un des appartements du palais royal pendant deux mois.
En 1841, George Sand et Chopin reviendront sur les traces de cette enfance. Un livre, Hiver à Majorque, publié par l’auteur de La Mare au diable, témoignera nostalgiquement de ce voyage.
Les parents Hugo se déchirent et rien ne pourra les raccommoder. Le tribunal accordera la garde des enfants à la mère. La famille Hugo, sans le père déchu de ses droits paternels, s’installe à Paris, dans un ancien couvent, les Feuillantines. « J’eus dans ma blonde jeunesse, hélas trop éphémère, trois maîtres, un jardin, un vieux prêtre et ma mère » se souviendra Victor.
Là, doucement et difficilement, la vie se passe au gré des remous que traversent la France. Sophie, la mère, est une femme sévère, peu encline à l’indulgence et forme Victor et ses frères dans le culte de la monarchie et d’une certaine raideur de pensée. Victor travaille bien, il est en avance dans ses études. Il commence à écrire, des vers, d’abord en cachette, puis il s’ouvrira à ses proches qui l’encouragent.
A 17 ans, la description qui est faite de lui par ses proches le présente sous l’aspect d’un jeune homme pas très grand (1,68 mètre), « ardent et froid », « fier », « digne jusqu’à la dureté; pur jusqu’à la sauvagerie ». Il est en même temps « timide et furieux ». Son regard présente « un je ne sais quoi de hautain, de pensif et d’innocent ». Il sait.

L’enfant sublime
L’enfant précoce et sensible a tenu ses promesses. C’est un poète fait « d’ombre et de marbre » voué au langage porté par une exceptionnelle vision du monde. Il écrit, il est remarqué, déjà admiré, alors qu’il sort à peine de l’adolescence, lui l’enfant sublime, comme le qualifie Chateaubriand, son modèle idéal. « Je serai Chateaubriand ou rien » écrit-il dans son journal à l’âge de quatorze ans.
On s’accorde, dans les milieux littéraires, à lui prêter plus que du talent.
Il publie en 1818 Bug Jargal, une longue nouvelle. Ce texte est considéré aujourd’hui comme le premier texte réellement anticolonialiste et antiraciste de la littérature française. L’intrigue, qui se passe à Saint-Domingue, relate la révolte de Bug Jargal, héros romantique, contre les colons blancs.
Depuis ses succès poétiques à l’Académie de Paris (1817) et à l’Académie des jeux floraux de Toulouse (1819), apprécié par les Bourbons, le roi lui verse une pension. Admis à la cour, il est devenu en quelque sorte un poète protégé. Il est politiquement à la droite du parti monarchiste, comme sa mère.
Avec ses deux frères il crée le Conservateur littéraire, un journal où la fratrie Hugo s’exerce à l’écriture.
Mais déjà sous Victor, jeune dandy conscient de son charme, se forme et se forge le grand Hugo.
En 1822, à vingt ans, après la mort de sa mère, il épouse Adèle Foucher, l’amie d’enfance qui venait jouer avec les frères Hugo aux Feuillantines. Amour de jeunesse, premier et indubitable, vécu intensément malgré l’opposition d’une mère qui refusait qu’il s’attachât à une jeune femme issue d’un milieu social inférieur au sien. Et en dépit de l’amour concurrent, mais sans espoir, que son frère aîné Abel nourrissait à l’endroit d’Adèle. Abel, mortifié de n’avoir pas été préféré à Victor, sombre dans la folie et meurt quelque temps plus tard.
Hugo arrive « pur », ce qui traduit en langage d’aujourd’hui signifie vierge, le soir de ses noces. Il aime Adèle passionnément, sa brune et froide épouse aux beaux yeux noirs, et la désire, dit l’histoire des alcôves, au-delà de ce qu’elle peut supporter. Au bout de cinq grossesses (un garçon mort, Léopold (1822), et quatre enfants vivants, Léopoldine (1824), Charles (1826), François-Victor (1828) et Adèle (1830), madame Hugo se lassera de ce mari insatiable.
Hugo publie Les Odes et Poésies diverses, pièces poétiques dans l’ensemble assez conventionnelles, et en 1823 Han d’Islande, roman historique situé au nord de l’Europe.En 1825, à 23 ans, il est fait chevalier de la légion d’honneur. C’est son père, le général Hugo, qui lui remet à Blois les insignes honorifiques. Il assiste, la même année à Reims, au sacre de Charles X, avec Charles Nodier, écrivain bisontin, érudit et bibliophile, avec lequel il nouera une relation d’amitié. Le gouvernement lui commande une ode à l’occasion du couronnement : ce sera l’Ode sur le sacre, qui lui sera payée 1000 francs.
Hugo a désormais de l’assurance. Il répète à sa famille, qui s’agrandit, ce qui peut être considéré comme son principe de vie : « vouloir fermement, c’est pouvoir ». Et il ajoute, insistant sur l’idée, que le « secret de tous les triomphes » c’est la persévérance.
L’indolence que l’on prête aux romantiques n’est pas un caractère hugolien : sa force de travail  « je fais une oeuvre et une besogne », son énergie, sa volonté, qui l’apparentent à Balzac, ne seront jamais pris en défaut. Il y a une sorte d’honneur du travail chez lui. C’est un lève tôt et un couche tard : le temps ainsi gagné, il le consacre à l’écriture, à sa famille et à sa vie sociale. Il est reçu dans les salons parisiens, notamment à l’Arsenal, chez Nodier où il rencontre Vigny et Lamartine et reçoit, dans son appartement au sein du Cénacle de la place des Vosges, Dumas, Nerval, Gautier, Vigny, Lamartine, Sainte-Beuve. C’est là que se sont préparés le siège de la Comédie-Française, citadelle des classiques, et la fameuse bataille d’Hernani qui sonne le glas du classicisme.
Hugo comprend que la notoriété passe aussi par les mondanités. Il y sacrifie avec adresse et certainement avec une pointe de vanité. Il n’a pas 30 ans quand il rencontre la gloire.
Mais plus tard, en exil, il dira à son fils Charles : « Sur cette terre, ce qu’il y a de mieux pour nous, c’est nous. »
Publication en 1826 de l’édition définitive de Bug Jargal.
A cette époque il se dit ni classique ni romantique. Il se veut conciliateur. Mais son évolution s’accélère : il espère imposer le romantisme sur la scène, par le théâtre, qui est à l’époque, dans l’écriture, le seul genre noble avec la poésie.
En 1827 il fait paraître Cromwell, drame en vers injouable, précédé d’une importante préface, sorte de proclamation anti-classique, où il synthétise les revendications du jeune mouvement littéraire et définit le drame romantique. Il y réclame la liberté du langage et de la création littéraire en affirmant l’engagement de l’écrivain et le désir de faire monter sur scène le monde contemporain et l’Histoire. Il déclare que la langue est un corps vivant qui « ne se fixe pas » parce que l’esprit humain est « toujours en marche, et la langue avec lui. » Le jour où elle se fixe « des idées s’éteignent, des mots s’en vont. » Elle meurt. « Le français du XIXème siècle ne peut pas plus être le français du XVIIIème, que celui-ci n’est le français du XVIème… Toute époque a ses idées propres, il faut aussi qu’elle ait les mots propres à ces idées. »
Il relatera plus tard de manière amusée une scène dans laquelle il relève la variété langagière du français. Dans un café, raconte-t-il, un client de province n’arrivait pas à se faire servir par le garçon à qui il demandait « D’eau ! D’eau ! D’eau ! ». Un autre client, exaspéré par ces cris, apostrophe le serveur en lui disant : « Vous n’entendez donc pas que ce monsieur vous demande depuis tout à l’heure un verre de l’eau ! »
Victor Hugo cite Shakespeare, Dante, Molière.
La préface à Cromwell s’impose comme le manifeste du jeune mouvement romantique. Mais elle représente aussi une forme de désaveu du romantisme de Chateaubriand, comme si Hugo prenait son envol, seul, à l’exemple des aigles qui côtoient le plus haut du ciel.
Il devient le chef de file d’une jeunesse remuante, assoiffée d’horizons neufs et de liberté. Il regroupe autour de son nom les forces jeunes et rebelles séduites par une qualité d’écriture et une pensée exceptionnelles.
1829. Les Orientales où il exploite la veine exotique et le sentiment philhellène qui s’appuient sur l’actualité de la Grèce en lutte pour son indépendance contre l’empire Ottoman. Byron, engagé du côté des Grecs, immortalise Missolonghi en y mourant. La jeunesse romantique française s’enflamme pour la cause grecque.
Hugo appelle à la liberté dans l’art et à la liberté du poète. « Que le poète donc aille où il veut, en faisant ce qui lui plaît : c’est la loi. » Il précise : « d’ailleurs, tout est sujet ; tout relève de l’art, tout a droit de cité en poésie. » Les Orientales présente un étonnant sens plastique et une virtuosité rythmique peu égalée (par exemple lire à haute voix le poème Les Djinns).
Victor Hugo oppose les classiques, partisans de l’ordre, aux romantiques, partisans de la liberté en matière de goût. Il parle de sa fascination pour le Moyen Age, « cette mère de poésie. » Et de son intérêt pour l’Orient : « Au siècle de Louis XIV on était helléniste, aujourd’hui on est orientaliste. »
En 1829 il publie aussi Les Derniers jours d’un condamné où il dénonce avec force la peine de mort. Dans un long monologue intérieur Hugo fait parler un personnage dont on ne sait pas le crime. Nous savons simplement qu’il va mourir sur l’échafaud. Et que sa vie va s’arrêter à la fin du récit. Ce court roman est l’un des plus émouvant réquisitoire contre la peine capitale. Il maintiendra cette position de principe, ancrée au coeur de tous ses combats, tout au long de sa vie.
Cette même année, en décembre, Marion Delorme est interdite par le gouvernement pour atteinte à la morale et à la dignité du monarque qui croit, entre autres, se reconnaître dans ce vers : « Ce roi chétif et malvenu ». La pièce ne sera jouée qu’en 1831, après la chute de     Charles X.
Son évolution intellectuelle, on le voit, le mène à s’éloigner de ses idées royalistes pour le placer dans le camp des libéraux - ceux du moins qui sont nourris d’humanisme.
1827-1832 : consacré chef de l’école romantique, les artistes qui comptent et les « Jeune-France », conduits par Nerval et Gautier, fréquentent son Cénacle, place des Vosges.
Hugo s’affirme dans les trois genres où il passera maître. Ces trois genres sont, je l’ai dit : le drame, le roman, la poésie.
Il établit des formules stables qui régiront pour longtemps le style romantique dont la ligne de force principale réside dans une « totale liberté de l’art » qui doit s’exercer « contre le despotisme des systèmes, des codes et des règles. » Il affirme calmement « Le romantisme n’est, à tout prendre, que le libéralisme en littérature. »

 Le mélange des genres
- Le drame : Hernani, 1830, qui provoque la bataille historique du 25 février contre « les perruques », c’est à dire les classiques. Hugo et ses amis forcent les portes de la Comédie Française. Pendant les représentations on siffle à chaque réplique et les siffleurs à leur tour sont hués par les amis de l’auteur. La pièce est éreintée par la critique mais aussi par l’université et les collègues de Hugo, les dramaturges, qui ne comprennent pas ses audaces.
Pourtant le public est emballé. Hernani connaît un immense succès et apporte à la famille Hugo une aisance financière qui n’a plus rien à voir avec les pensions versées par le roi.
Hugo s’affranchit de ce que le mécénat peut avoir de contraignant et devient matériellement, et « professionnellement », autonome.
L’action d’Hernani est pathétique. Trois hommes se disputent l’amour d’une femme, Dona Sol. Il y a Don Carlos, futur Charles Quint, le vieux Don Ruy Gomez et Hernani, le proscrit, celui qui dit “ Je suis une force qui va ! ” La pièce, puissante, techniquement novatrice, est écrite comme un immense poème sonore, un mélodrame flamboyant qui s’appuie en particulier sur les fortes antithèses chères à Hugo : le roi et le bandit, le personnage solaire de dona Sol et celui ténébreux de Don Ruy Gomez.
Le décor est historique : une Espagne fière et orgueilleuse dont Hugo garde le souvenir.
La forme : une écriture libérée des contraintes anciennes érigées par Boileau, le maître du vers classique, et qu’il résume dans ces deux lignes de son Art poétique:
« Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli
Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli. »

Parce que l’intrigue d’Hernani (Tres para una est le sous-titre donné à la pièce par l’écrivain) est assez complexe, les adversaires de Hugo disent que c’est « un tissu d’extravagances ». Les trois personnages masculins qui se disputent les faveurs de l’héroïne sont de nature totalement différente. L’un est un vieillard, Don Ruy Gomez, l’autre est un proscrit, Hernani et le troisième est le roi d’Espagne, Don Carlos.
Dona Sol aime Hernani, mais celui-ci doit venger son père que le roi d’Espagne a maltraité. Il vit dès lors en « bandit ». Hernani demande asile à Ruy Gomez qui va épouser Dona Sol. Mais le roi le traque jusque dans le château où il s’est réfugié. Les lois de l’hospitalité étant sacrées en Espagne, le vieillard ne livrera pas Hernani. Après maintes péripéties et maints rebondissements, Hernani, qui est en réalité Jean d’Aragon, un des Grands d’Espagne, s’apprête enfin à épouser Dona Sol. Il doit cependant tenir la promesse faite à Ruy Gomez et se porte à son secours. Il meurt, entraînant avec lui Dona Sol.

Hugo remet donc en question les règles de l’écriture classique. Aux récits et descriptions traditionnels il oppose les scènes et tableaux : « au lieu de scènes nous avons des récits; au lieu de tableaux, des descriptions. » Il mélange les genres : le tragique considéré comme noble et le comique considéré comme familier. Il faut faire comme la nature qui « mêle, sans pourtant les confondre, l’ombre à la lumière, le grotesque au sublime. » Il ne fait plus de différence entre les « mots sénateurs » et les « mots roturiers » car pour lui la langue exprime la vie dans toutes ses facettes. Il veut donc parler de la « vie totale » en utilisant « la totalité du vocabulaire », c'est-à-dire tout ce que l’esprit de l’homme a trouvé pour dire la diversité du monde. Pour Hugo la nouvelle poésie se doit d’être écrite dans un « vers libre, franc, loyal, osant tout dire sans pruderie, tout exprimer sans recherche. »
Hugo assigne au théâtre un rôle didactique, il « doit enseigner au spectateur » la vie. Le drame, pour lui, « a une mission nationale, une mission sociale, une mission humaine ».
Les thèmes puisés dans l’histoire sont une façon de recourir à un « passé ressuscité » qui se fait « au profit du présent ».
En 1832 paraîssent Lucrèce Borgia, grand succès populaire et Le roi s’amuse, pièce « suspendue », puis interdite, car jugée irrévérencieuse à l’égard de la famille royale. Suivra bientôt Marie Tudor (1833).

 - Le roman : Notre Dame de Paris, 1831, dont les tours forment le H de son nom, se présente sous la forme d’une fresque historique dense et très bien documentée sur la vie au moyen âge. C’est par cette œuvre que Hugo fait entrer le genre romanesque dans le romantisme.
Hugo amasse, pour rédiger son roman, une foule d’informations sur Paris au XVème siècle. Le goût du public à l’époque est attiré par le roman historique où fourmillent anecdotes, détails exacts, figures typées et personnages hauts en couleurs. Là encore la complexité de l’action met en scène avec bonheur ces personnalités marquées. Ainsi Esméralda, la gitane, belle jeune femme innocente et vulnérable. Quasimodo, le sonneur de cloche, difforme et pur, qui la protège. L’archidiacre Frollo, le méchant, qui convoite Esméralda. Et la cathédrale, personnage à part entière, qui domine tout, symbole du Moyen Age (« et de sa merveilleuse architecture qui tient la place de
tous les arts »), de Paris et du peuple. Elle est le lieu de l’intrigue et personnage à part entière du roman. Le roman, comme le drame, emprunte à l’histoire les anecdotes et la toile de fond. Ici, le Moyen Age, longtemps ignoré, longtemps déconsidéré, car longtemps perçu comme période obscure, vulgaire et ignorante.
Notre Dame de Paris est un drame au sens hugolien du terme parce qu’il y a de la couleur locale, de l’action, de l’imprévu. Et que l’alliance du sublime et du grotesque est constamment valorisée (voir par exemple le personnage de Quasimodo, physiquement laid et spirituellement beau).
Ce roman place Hugo parmi les grands écrivains de sa génération.

- Le recueil poétique : Les Feuilles d’Automne, 1831, sont les poèmes de la vie de famille après le tumulte de la révolution de 1830. Cette poésie procure le sentiment « d’un écoulement » qui donne naissance à des images de flots, de vols, de parfums, de fleurs. Hugo se laisse aller à la rêverie et tout ce qui le touche participe de cette poésie intime. Comme s’il se confiait à son lecteur.

Dans ce recueil le poème est le chant intime, discret d’une âme qui promène son mélancolique regard sur la nature « tout ce qui est dans la nature est dans l’art », dans l’omniprésence des arbres et de leur bruissement. Réminiscence du jardin des Feuillantines, le paradis de l’enfance que Victor Hugo ne cessera jamais d’évoquer.
Il écrit : « Tout parle ! Tout vit ! Tout est plein d’âme ! ». Le Verbe hugolien ici s’affirme naturellement dans tout ce qu’il a de brillant et d’émouvant.

La décennie 1833-1843 est une période de grande production poétique : Les Chants du crépuscule (1835) et Les Voix intérieures (1837) et Les Rayons et les Ombres (1840).
Dans ce dernier recueil Hugo élargit son horizon sous le regard de Dieu qui veille. Il veut écrire “ le poème de l’homme ” et faire entendre la voix du poète par le biais de son porte-parole, Olympio, son double « par lequel il se personnifie et s’incarne. » C’est dans ce recueil que Hugo confère au vrai poète le statut de voyant, celui qui « Vient préparer des jours meilleurs » et qui doit « Faire flamboyer l’avenir. »

« Peuples ! Ecoutez le poète
Ecoutez le rêveur sacré
Dans votre nuit, sans lui complète,
Lui, seul, a le front éclairé…
C’est lui qui, parmi les épines
L’envie et la déraison,
Marche, courbé dans vos ruines,
Ramassant la tradition.
Toute idée, humaine ou divine
Qui prend le passé pour racine
A pour feuillage l’avenir… »

Cette décennie est celle également dans laquelle Hugo produit ses grands drames : Lucrèce Borgia, 1833, situé en Italie ; Marie Tudor, 1833, en Angleterre et Ruy Blas, 1838, de nouveau en Espagne.
Dans cette dernière pièce, le laquais de Don Salluste, Ruy Blas, vit à Madrid à la fin du XVIIème. Pour se venger de la reine, Don Salluste ordonne à son valet de se faire aimer d’elle. Se faisant passer pour le cousin de son maître, Ruy Blas qui aime en secret la reine, réussit par son amour à la troubler puis à faire qu’elle tombe amoureuse de lui. Il est le « Le ver de terre amoureux d’une étoile ».
Sous le nom de Don César, Ruy Blas accède aux plus hautes fonctions du royaume qu’il gouverne avec probité. Rappelons cette fameuse tirade où il admoneste les membres du cabinet royal :
« Bon appétit, Messieurs ! – O ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,
L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure !
Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts
Que remplir votre poche et vous enfuir après ! »

Mais Don Salluste, tel Faust, lui rappelle qu’il n’est que son serviteur. A la suite d’un certain nombre de malentendus, la reine tombe dans un piège tendu par son ennemi. La reine abdique. Ruy Blas boit un poison mortel. Mais il a le temps de tuer son maître, Don Salluste, avant de mourir dans les bras de la reine.
Comme Hernani ce drame présente les mêmes contrastes de caractères que Victor Hugo à cette époque exploite dans ses pièces. Ruy Blas a un cœur noble, même s’il est de petite condition ; Don Salluste, un des grands d’Espagne est vil ; le roi, Don César est généreux. Dans cette pièce, l’auteur nous montre les deux faces opposées de l’aristocratie espagnole et sous elles, nous dit-il, « on voit remuer dans l’ombre quelque chose de grand, de sombre et d’inconnu. C’est le peuple… Le peuple, ce serait Ruy Blas. »
Les idées sur le théâtre que Victor Hugo développe dans la préface à Cromwell trouvent pour la plupart leur illustration dans ce drame qui connut lui aussi, lors de sa création, un grand succès public.
L’échec des Burgraves en 1843 le mortifie. Il ne comprend pas que l’on puisse ne pas aimer ce qu’il écrit, et ne voit pas que la résistance est forte parmi le monde qui fait l’opinion à Paris : l’université, la presse, certains de ses confrères et jusqu’aux comédiens et comédiennes qu’il déstabilise, dans leur jeu, par la hardiesse novatrice de son écriture dramaturgique.
Artiste varié, taillé en force, Victor Hugo prend continuellement des notes qui servent de réservoir où puise continuellement son inspiration. Il travaille sans répit et sur tous les registres. Il entreprend toutes les écritures. Poésie, théâtre, roman. Il dessine également avec bonheur.
Victor Hugo est plus qu’un voyant, il est un surprenant manieur de verbe. Il est chez lui dans l’éloquence.

Quand toutes les femmes sont là.
En 1832 Victor Hugo domine le monde des Lettres. Ses oeuvres complètes viennent d’être publiées.
Pourtant cette année est une année douloureuse pour lui. Malgré la gloire, le poète traverse une crise d’âme. Il apprend que sa femme, qui se refuse à lui depuis la naissance de leur dernier enfant en 1830, a une liaison avec Sainte-Beuve, un familier du Cénacle de la place des Vosges. Hugo perd, dit-il, « un amour et un ami ». Il devient selon son expression « une ruine ». Sur cette ruine pourtant la vie va renaître. Il rencontre Juliette Drouet (1806-1883), de son vrai nom Julienne Cauvin, une actrice amoureuse, profondément sensuelle et d’une vivacité d’esprit qui le charme. C’est le coup de foudre réciproque. Elle joue dans Lucrèce Borgia un petit rôle, celui de la princesse Négroni. Hugo assiste tous les jours aux répétitions et s’il n’est pas convaincu de son talent, il l’est du moins de son incontestable beauté. Un témoin la décrit ainsi : « Dieu qu’elle était belle ! Sa démarche avait quelque chose d’aérien. Ses paroles étaient douces et s’échappaient sans contrainte d’un sein d’albâtre ». Il semble bien que Juliette ait été considérée, en 1833, comme l’une des plus belles actrices de Paris, peut-être même la plus belle. Le soir du 16 février il lui murmure à l’oreille un « je t’aime » qui va décider de leurs existences. Le lendemain, pleine d’audace, elle lui écrit « Viens me chercher, ce soir, je t’aimerai jusque-là pour prendre patience et ce soir – oh ce soir – ce sera tout. Je me donnerai à toi tout entière. Juliette. » Il vient et ne la quittera plus. Elle lui fait découvrir le plaisir du corps, on disait à l’époque la volupté, le plaisir charnel partagé. Car Juliette est belle, hardie, passionnée, spirituelle et « libérée ». Ses nombreuses aventures amoureuses, parfois pas très glorieuses et dont elle est maintenant lasse, ont fait d’elle une femme experte prête à tous les sacrifices. « Le 26 février 1802 je suis né à la vie, le 17 février 1833 je suis né au bonheur dans tes bras » lui avoue son amant comblé.
Juliette abandonne le théâtre et ne se consacre plus qu’à son « amour adoré ». Hugo l’installe dans un appartement où, en l’attendant, elle ravaude ses vêtements et recopie au propre les manuscrits qu’il lui confie. Elle devient ainsi sa secrétaire et sa première lectrice. Elle forcera le respect par sa discrétion, sa tendresse et son dévouement.
Claire, la fille que Juliette a eue avec le sculpteur Pradier, inspirera à Hugo une affection quasi paternelle.
Leur relation, ponctuée de fâcheries jalouses, de départs et de réconciliations, durera jusqu’à la mort de Juliette.

« Sur ma tombe, on mettra, comme une grande gloire
Le souvenir profond, adoré, combattu,
D’un amour qui fut faute et qui devint vertu. »

Elle lui écrira plus des milliers de lettres. Il écrira des milliers de vers inspirés par elle. Victor Hugo s’humanise, il est moins haut. Juliette l’aidera à mieux regarder le monde, à mieux être sincère. Il s’implique. C’est elle qui lui apprend à dire « Vivre, c’est être engagé ».
« Vivre, c’est regarder devant soi. »
Sa fille Léopoldine s’est mariée avec Jacques Vacquerie. Hugo est un père heureux et un amant comblé.
Cette période est riche en créations, tant dans le domaine de la poésie que dans celui de la prose.
Il voyage avec Juliette en Allemagne et en Espagne. Le Victor Hugo des Choses vues est en train d’apparaître. Il tiendra dans cet ouvrage, publié après sa mort, le compte de ses élans amoureux, de ses idées, de ses escapades, de ses regards, de ses trouvailles, de ses traits d’esprit, des menus et importants faits de sa vie. En somme, les aléas drôles ou tragiques d’une existence exceptionnelle.
Le 8 septembre 1843, de retour de l’île d’Oléron, ils sont à Rochefort pour attendre la diligence. Il est angoissé, inexplicablement. Dans un café, le café de l’Europe, où il entre par hasard pour boire une bière, Hugo tombe, en feuilletant le journal Le Siècle, sur l’article relatant la mort de sa fille Léopoldine qui s’est noyée avec son mari cinq jours auparavant, le 4 septembre, à Villequier. Douleur et culpabilité l’écrasent. Il s’en prend à Dieu parce qu’il ne comprend pas, lui qui a, malgré les apparences, un sens aigu de la famille et une incommensurable tendresse pour ses enfants. Mais la colère ne doit pas l’aveugler : « Parce que les choses déplaisent, ce n’est pas une raison pour être injuste avec Dieu » reconnaît-il.
Léopoldine, sa fille aînée, qui incarnait pour lui la grâce et l’intelligence, maintenant morte, revient constamment dans les poèmes qu’il ne cesse d’écrire pour elle. Le fantôme de sa Didine adorée le poursuit et l’accompagne durant toute son existence.
Tout en continuant à écrire, Hugo demeure silencieux pendant presque dix ans, à cause de sa vie personnelle mais aussi parce qu’il songe à jouer un rôle politique.
Mais ses amours buissonnières ou occasionnelles ne s’arrêtent cependant pas. Tout en préservant l’amour précieux de Juliette, il noue de nombreuses aventures : avec des prostituées, avec des femmes du monde, avec des comédiennes, avec des courtisanes, avec ses servantes. Il écrit : « l’homme est protégé du désespoir quand le sang est encore chaud, les cheveux encore noirs et que toutes les femmes sont là. »
Hugo rencontre dans le salon de madame Hamelin Léonie d’Aunet, épouse séparée du peintre François Biard. C’est une jeune femme de vingt quatre ans « à la grâce onduleuse et serpentante » (Arsène Houssaye), libre et charmante, que Victor va s’empresser de séduire. Léonie est, au sens vrai du mot, une aventurière : elle a été la première femme à avoir atteint le grand Nord. En effet, à 19 ans, elle fait partie de l’expédition qui à bord de La Recherche, navire d’investigation scientifique, a pour but, en 1839, d’explorer l’Arctique. Pendant plusieurs mois elle découvre les glaciers et les populations qui y vivent, partageant avec les membres de la mission les rigueurs du climat nordique et, comme eux, se déplaçant à pied, à canot ou en traîneau. Ce qui fait d’elle une femme originale et recherchée, une sorte d’héroïne romantique à l’envers, parce qu’au lieu de l’Orient, c’est le froid nordique qui l’attire.
Hugo, sans doute réellement amoureux, tisse avec Léonie une longue histoire (1844 à 1851) faite de plaisir et de crainte, en parallèle avec celle qui l’attache à Juliette, et celle qui le lie désormais platoniquement à sa femme Adèle, la toujours « belle madame Hugo », plus que jamais « fière et fulgurante ». Mais le 5 juillet 1845 le couple est surpris dans un meublé en pleine « conversation criminelle », c’est à dire en flagrant délit d’adultère,
par le mari et un officier de justice. Hugo protégé par son statut de pair de France, donc « inviolable », ne sera pas inquiété, mais Léonie est emprisonnée pendant trois à Saint-Lazare. Elle sera libérée grâce à la complicité d’Adèle Hugo et à l’intervention du roi Louis Philippe, qui ne veut pas que le prestigieux pair de France soit mêlé à un scandale qui le traînerait devant un vulgaire tribunal correctionnel. Léonie restera dans la vie du poète l’autre femme de cœur, la muse de 18 ans plus jeune, dont le corps hantera longtemps ses rêves et ses poèmes.
Léonie d’Aunet, après le départ en exil de Victor Hugo, publie en 1854 Voyage d’une femme au Spitzberg. Sous forme de lettres, cet ouvrage est le récit de ses aventures dans le pays des glaces. Elle y montre un vrai talent d’écrivain qui excelle dans les descriptions précises, vives et souvent drôles qu’elle brosse des gens rencontrés, de leurs rites et de leurs coutumes. Elle publiera ensuite quelques romans et des pièces de théâtre.

Hugo tente en août 1847 une liaison avec l’amie de son fils Charles, Alice Ozy, une jeune et belle courtisane, modèle et aussi maîtresse du peintre Théodore Chassériau. Il nous fait part avec amusement, mais pas seulement car on devine dans quelle catégorie se place Hugo, du jugement qu’elle porte sur les hommes : « mademoiselle Ozy distingue les hommes en « hommes qui couchent bien et hommes qui couchent mal. » Alice Ozy, bien que flattée par l’intérêt du poète renommé, préférera la jeunesse de son fils. Elle lui coûtera quelques gouttes d’encre, certaines compromettantes. A la fin de sa vie, Alice Ozy, découvrant le portrait que fait d’elle Hugo dans Choses vues, le traitera affectueusement, parodiant chateaubriand, de « Sublime canaille. »
On peut encore, sans grand effort, reconnaître l’impénitent poète sous les traits du baron Hulot (Hugo), personnage maladivement obsédé par les femmes, que Balzac campe crûment dans La cousine Bette (1847).

L’homme politique.
A la cour où Hugo est souvent reçu, le roi et ses proches prennent plaisir à parler avec lui. Il apprécie particulièrement la compagnie de la duchesse d’Orléans qui aime discuter avec lui de son œuvre.
En automne 1846 il s’intéresse au Coran dont il vérifie certains passages et relit la Bible. Il a déjà commencé en 1845 à écrire un roman qu’il songe à intituler Les Misères où il montre son intérêt pour les condamnés, les exclus, les opprimés - ces damnés de la terre dont parlera, bien plus tard et pour d’autres exclus, le psychiatre martiniquais Frantz Fanon.
Après deux essais infructueux, Hugo est élu à l’Académie française en 1841 : (Juliette Drouet dans une lettre facétieuse se moque de « son Totor » qui vient d’être admis à la Cacadémi). Une ordonnance du roi Louis-Philippe le fait pair de France en 1845. Pour l’anecdote, Juliette nous apprend qu’il est très attentif à son apparence, qu’il porte des chemises roses et qu’il se fait friser les cheveux. On peut croire qu’elle n’est pas loin de penser que le poète fait référence à lui-même quand il écrivait avec une pointe de dérision « Un homme comme il faut, c'est-à-dire un homme comme il ne faut pas. »
Pourtant en septembre 1847, prémonitoire, il lance à la tribune : « Demain est sombre », six mois avant les émeutes de février 1848.
Pendant les Trois Glorieuses Victor Hugo use de son renom, de cette conscience morale qu’il a légitimement acquise, pour désamorcer des conflits inutiles mais toujours cruels pendant les guerres civiles. En juin, de nouveaux troubles, plus ou moins provoqués par le général Cavaignac, ensanglantent la capitale. On le prévient que sa maison, place Royale, est incendiée mais que sa famille a trouvé refuge chez des voisins. « Sous le plus beau soleil du monde », les femmes des barricades lèvent leurs jupes et dans « le langage des lupanars qu’il faut toujours traduire » se montrent nues aux soldats. Elles crient « Tirez ! Ils tirent. Elles meurent. »
Le général Négrier, épargné par la guerre de conquête de l’Algérie débutée en juillet 1830, est tué le 25 juin par un tir venu d’une barricade.
La répression est féroce et les gains démocratiques de la Révolution de février sont supprimés. Des décrets rétablissent la peine de mort pour les condamnés politiques, la presse est de nouveau soumise à la censure et on interdit les associations de travailleurs et tout rassemblement populaire sur la voie publique. Les trois Glorieuses ont accouché d’une République mort-née. Dans cette agitation, Victor Hugo, lors d’une sortie pour calmer un groupe de parisiens en colère, remarque une « jeune belle femme blonde aux yeux bleus », l’épouse d’un médecin, qui l’invite chez elle au cas ou il aurait besoin de se cacher.
Membre des assemblées après la Révolution de 1848, Hugo est nommé maire provisoire du 8ème arrondissement et est élu député de Paris. Le voilà, ironise-t-il, en un instant, grâce à Lamartine, devenu « Pair et maire ».
Hugo a vu comment en quelques mois le peuple de Paris a été floué, comment il a été amené, par la menace et des discours trompeurs, à préférer l’oisiveté qu’a procurée une certaine libéralité du gouvernement provisoire à la vigilance et au travail que demande tout changement institutionnel, forcément fragile et forcément attaqué par les forces souterraines du pouvoir que l’on croit vaincu ou celles de franges radicales de l’armée.
Il défend un programme politique qui vise à améliorer les conditions de vie de ses compatriotes les plus pauvres. On pourrait le qualifier d’humaniste de gauche. A ses côtés siégent le poète Alphonse de Lamartine, qui sera choisi pour diriger le gouvernement provisoire et le républicain Eugène Sue, l’auteur des Mystères de Paris et du Juif Errant. Alexandre Dumas, candidat dans le département de l’Yonne, échoue malgré son immense popularité (Les trois Mousquetaires et Le comte de Monte- Christo ont fait de lui un écrivain célèbre et riche) et Le Mois, journal qu’il crée pour l’occasion, et dont le devise hugolienne « Dieu dicte et j’écris » peut aujourd’hui faire sourire.
Victor Hugo est passé d’un romantisme aristocratique à un romantisme de la révolte et à un idéal qui place l’homme au centre de ses pensées : “Ah! Insensé qui crois que je ne suis pas toi” s’écrie-t-il devant ceux qui pensent que le poète est indifférent à leurs préoccupations.
Le poète, selon Hugo, a pour mission de montrer au peuple les chemins du savoir. Il est celui qui voit le monde dans sa totalité. C’est une vigie, celui qui dit et nomme : il est « l’écho sonore » de la création, et celui qui éclaire : le phare qui guide la multitude.
Dans la pensée de Hugo, plus le poète a du génie et plus sa responsabilité est grande.

Hugo devient un redoutable orateur “ de gauche ” à l’assemblée constituante, lui qui siège dans les rangs de la droite, le parti de l’Ordre. Il sait faire de la parole une arme efficace dans l’attaque comme dans la défense. Et sa rhétorique provocante choque même les députés de sa famille politique. Lamartine, le premier ministre du gouvernement provisoire, lui propose le ministère de l’instruction publique. Hugo refuse : il préfère aiguillonner ses collègues en s’attribuant le rôle de « la mouche du coche ». Hugo, comme Dumas, milite en vain pour favoriser la régence de la duchesse d’Orléans, femme qu’il admire pour son intelligence et son ouverture d’esprit.
En 1849 il fait sensation à l’Assemblée par son discours contre la misère. « La mine prospérait : quel était son produit ? La famine ». « Détruire la misère! » Tonne-t-il.
Il se bat contre la déportation en Algérie des insurgés de la révolution de 1848 (il faut savoir pardonner), contre le travail des enfants (pari sur l’avenir), pour l’instruction obligatoire (une des conditions de la démocratie) et dégagée de l’emprise de l’Eglise (retentissant discours en 1850 contre la loi Falloux qui assure la maîtrise scolaire au clergé), pour le droit au travail (garantie de la dignité humaine), pour la liberté de la presse (nécessaire au débat public et à la confrontation des idées), pour le suffrage universel (impliquer tous les acteurs sociaux dans la gestion du politique), pour l’amélioration de la condition de la femme (souci de l’égalité humaine) et toujours contre la peine de mort, « cette maladie ». « La peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie ». Il ne se veut d’aucun parti, sauf celui des hommes, et reproche aux politiques, ses collègues députés, « de préférer la consigne à la conscience ».
En 1850, à l’enterrement de Balzac qui ne sera jamais admis à l’Académie, Hugo salue « le génie et le visionnaire » qu’était l’auteur de la Comédie humaine. Cette reconnaissance publiquement déclarée indique de façon claire l’intérêt, et sans doute l’admiration, que portait l’immense poète à l’immense romancier qui a si magistralement décrit les moeurs et démonté les mécanismes sociaux, financiers et politiques de la société française de la première moitié du XIXème siècle.
Victor Hugo soutient Louis-Napoléon Bonaparte, l’ancien carbonaro, qu’il a contribué, par son action parlementaire, à faire revenir de son exil en France, et dont il se sent proche en matière sociale. Il lui vient en aide en faisant référence, dans son œuvre, à la grandeur que Napoléon avait donnée à la France, grandeur aujourd’hui perdue du fait d’une monarchie petitement bourgeoise et frileuse.
Hugo est l’un de ceux qui ont ancré dans l’imaginaire français le mythe napoléonien symbolisé par l’image de l’Aigle, l’oiseau des cimes.
Louis-Napoléon est l’auteur d’une brochure, l’extinction du paupérisme, dans laquelle il indique les manières de lutter contre les causes de la misère. Hugo pèse de toute son influence en faveur de son élection à la présidence de la République. Le coup d’Etat du 2 décembre 1851 le blesse cruellement. Il se sent trahi. Des mesures anti-démocratiques sont immédiatement prises par le nouveau pouvoir : le suffrage universel est supprimé pour les ouvriers, la liberté de la presse est suspendue, les syndicats sont interdits, l’enseignement est confié à l’autorité de l’Eglise.
L’heure des « Illusions perdues » a sonné : tous les acquis de la révolution sont confisqués.
Une intense agitation politique s’empare de Paris. Hugo y participe. Parce que, dit-il, « Moi, je vis penché en avant », il prend des risques, essaie d’organiser la résistance contre le coup de force de Bonaparte, Président des Français en passe de devenir Empereur des Français. Sa tête est mise à prix 25.000 francs. Grâce à Juliette il parvient sous un nom d’emprunt à fuir en Belgique. Elle le rejoindra quelques jours plus tard avec tous ses manuscrits.

Il s’exile. L’homme politique qu’il est devenu le persuade de sa puissance, comme leader de l’opposition républicaine mais aussi comme conscience morale de la liberté.
Des écrivains et des intellectuels, refusant de prêter serment à l’Empire, emprunteront le même chemin qui les mènent à Bruxelles : Eugène Sue (1804-1857) qui meurt en exil dans un silence honteux de la presse parisienne, le physicien et astronome François Arago (1786-1853), l’éditeur Jules Hetzel, (1814-1886), l’historien Edgar Quinet (1803-1875), l’homme politique Victor Schoelcher (1804-1893), l’auteur de la loi sur l’abolition de l’esclavage (1848). Cette colonie de proscrits, sans moyens et vivant chichement, se réunit dans un café de Bruxelles où ils peuvent échanger les nouvelles qui leurs parviennent de Paris. Dumas les rejoindra, pour fuir ses créanciers mais
aussi par respect pour ses idées républicaines. Installé à Bruxelles et menant grand train malgré ses embarras financiers, il donne à dîner à toute la bande au premier plan desquels se tenait Victor Hugo.

Victor Hugo par Pesme

Victor Hugo par Pesme

1 - Victor Hugo. 1802-1851
1 - Victor Hugo. 1802-1851
1 - Victor Hugo. 1802-1851
1 - Victor Hugo. 1802-1851
1 - Victor Hugo. 1802-1851
1 - Victor Hugo. 1802-1851
1 - Victor Hugo. 1802-1851
1 - Victor Hugo. 1802-1851
1 - Victor Hugo. 1802-1851
1 - Victor Hugo. 1802-1851
1 - Victor Hugo. 1802-1851
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