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Publié par med médiène

                                                                                  

Victor Hugo à Jersey, 1854

Les années d’exil : Bruxelles,Jersey, Guernesey. 1851-1870

Victor Hugo vivra l’exil pendant 19 années en songeant à Paris « la ville natale de son esprit » confisqué par un imposteur, « monsieur Bonaparte ».
Il passe un an en Belgique, à Bruxelles, d’où les autorités belges l’expulsent sous les pressions de Napoléon III, après la publication d’un pamphlet virulent, Napoléon le Petit. Ce texte nous montre un Hugo dont le génie a mûri et dont le style s’est « aiguisé ». Alexandre Dumas l’accompagne à Anvers d’où il s’embarque avec sa famille pour Jersey.
Hugo rappelle ce départ forcé dans un poème plein de reconnaissance qu’il dédie à son fidèle ami :
« Je n’ai pas oublié le quai d’Anvers, ami,
Ni le groupe vaillant, toujours plus raffermi… »
A Jersey il loue une maison, Marine-Terrace, de 1852 à 1855. Là, Hugo rencontre l’océan, sa force, ses
bruits, ses tempêtes, son étendue infinie. Il se rencontre également - dans la solitude et dans cette gêne financière qu’il n’arrive pas à éloigner. Il se dit pauvre et s’habille sans recherche.
Il écrit, médite, marche, nage chaque jour. Il fatigue son corps que l’inactivité agace et commence à alourdir.

L’autre écriture, le dessin.
Victor Hugo consacre beaucoup de temps au dessin. Il se sert de l’encre à quoi il mélange, selon l’effet qu’il veut produire, de la sépia, du fusain, du charbon, du marc de café, de la suie... Il cherche, on le voit, et ces nouvelles techniques qu’il inaugure attestent de l’intuition qu’il a de la modernité. Il rehausse ses lavis avec de la gouache ou de l’aquarelle. Il opère également par collage et découpage et adapte à sa pratique de nouveaux outils, tels des allumettes brûlées, des plumes spécialement taillées, le tampon de papier. Ses dessins se mêlent intimement à son écriture. Ils illustrent, depuis ses débuts littéraires, les poèmes qu’il écrit, comme si ses dessins le reposaient du travail sur la langue. Ce qui séduisait, semble-t-il, Hugo dans l’œuvre graphique, c’était sa spontanéité. Eugène Fromentin, peintre et écrivain, procédait de façon inverse pour un résultat identique. Il disait que « le livre est là pour dire ce que la toile ne dit pas. » Au temps de Victor Hugo, la peinture, la musique et la littérature acceptaient de confondre leurs principes en comparant leurs effets.
Hugo, qui est d’abord un œil, qui sculpte dans les mots son univers prodigieux, sait aussi interpréter la nature en peintre et en Voyant. Il possédait cette intelligence du contraste qui lui permettait de répartir ou de « ramasser » la lumière que nous offrent, par exemple, certains de ces poèmes.
Mais Hugo ne s’en tient pas uniquement à un dessin illustratif, il va éprouver un moment le besoin d’aller plus avant dans ses recherches. C’est ainsi qu’il se documente pour tenter de restituer le moyen âge : les grandes cathédrales, pleines de profondeurs et de clartés, lui apprennent la poésie de l’ombre et de la lumière. Puis ce sera l’Orient, où jamais il ne va, qu’il invente dans son architecture à la fois massive et légère, et l’outre Rhin, l’Allemagne, le cœur du romantisme. Là, Hugo trouve dans le passé germanique, le touffu et le ténébreux : une sorte de nuit propice à ses songes. Sous le ciel gris de l’Allemagne, il rencontre des légendes plus anciennes que l’Antique. Pour être en accord avec cette évolution, la technique de Hugo se simplifie tout en devenant plus énergique. Il mêle à l’encre du café noir, car le café donne au ton une chaleur et une générosité rares ; il se sert de plumes faussées qui produisent sur le papier ces accidents des plus esthétiques et parfois il emploie des allumettes préalablement cassées donnant au trait une générosité et une épaisseur qui ravissait le poète. Chez Hugo, autodidacte rappelons-le, le dessin n’est jamais prémédité : il laisse au hasard le soin de décider la forme qu’il prendra.
Il aura aussi essayé avec la pointe de la plume des griffures sur le papier, des hachures, des tâches qui aboutissent à un effet étonnement actuel.
Gautier dira que si Victor Hugo n’avait pas été poète, il serait « un peintre de premier ordre. »
Victor Hugo s’intéresse également à la photographie naissante. Elle lui permet, dit-il, de travailler « en collaboration avec le soleil ». Il suggère à ses fils d’installer dans leur maison un atelier pour développer leurs clichés. Hugo sait faire usage des portraits qu’on tire de lui : il les diffuse le plus possible (il en offre aussi, dédicacés) pour que son image demeure dans la mémoire de ceux qu’il a dû quitter, les amoureux lointains de la liberté.

« J’habite dans cet immense rêve de l’océan »
Il verse dans l’occultisme et les « tables mouvantes » sous l’influence de Delphine de Girardin qui, lors d’une visite à Jersey, lui raconte le dernière marotte des Parisiens. Hugo et sa famille se prennent au jeu. Ils organisent des soirées consacrées au spiritisme. Ils communiquent avec l’autre monde, le monde invisible des esprits, celui qui parle de « la bouche d’ombre ». Hugo peut ainsi dialoguer avec Léopoldine, sa fille disparue ;
Jésus-Christ, l’apôtre crucifié, Napoléon III, le voleur ; Shakespeare, le génial dramaturge...Il tient un carnet dans lequel il consigne le déroulement de ces séances. « Oui, il est naturel que les esprits existent » affirme-t-il dans l’un d’eux. L’expérience spirite dure deux ans puis Hugo la cesse car l’un des participants, Jules Allix, fragilisé par ces rencontres souvent éprouvantes, est devenu fou.
Mais, pour son compte personnel, le poète continue sa fantastique fréquentation de l’au-delà. Un jour, il se fait photographier « écoutant Dieu ».

Une nouvelle fois expulsé, mais cette fois par le gouvernement anglais, « les expoulsionnes sont chères » ironise-t-il, il quitte Jersey et s’installe avec sa famille à Guernesey. Il y achète une maison, Hauteville-House, qui regarde vers le large. Il la transforme en partie de ses mains : les murs rouges, les boiseries noires, le bleu de la faïence de Delft, la cheminée monumentale, les meubles qu’il achète sur place ou fait venir de Paris, les décorations en surcharge, les tapis, les lampes, les plats... Il installe sur le toit une sorte de belvédère, le look-out, qui lui permet d’être en permanence physiquement en contact avec l’Océan. De cette baie vitrée, presque à portée de main, Hugo voyait une réalité plus profonde, plus dramatique et plus mouvante que l’histoire des âges, la mer éternelle.
Par temps clair il pouvait voir les côtes de France.
Tout passe par ses mains, car Hugo aime le travail manuel ou par son regard, quand il se fait aider par un artisan. Il signe par un V.H. satisfait, et sans doute mérité, toutes ses réalisations. Et dans la salle principale, bien en évidence, il inscrit sa devise qui résume sa personnalité : EGO HUGO.
Il fait graver au dessus de la porte Exilim vitae est : la vie est un exil.
Il vit en proscrit volontaire de 1855 à la chute de l’empire en 1870. Il semble prendre goût à son bannissement « Allons! Il faut bien que je le dise. Décidément j’aime l’exil... pas de visite à recevoir, pas de visite à rendre, le bonheur d’être seul, la lecture paisible, la rêverie paisible, le travail paisible, la sauvagerie. »
Sa fille Adèle commence à montrer des signes de folie. L’amour qu’elle porte à un jeune officier anglais qui la dédaigne la pousse inexorablement vers une démence incurable. Madame Hugo, maintenant lourde personne courtaude et violente, ne supporte plus de vivre à Guernesey. Elle invente tous les prétextes pour s’en éloigner. Elle effectue de longs séjours en Angleterre, en Belgique et en France. Elle meurt à Bruxelles en 1868. Hugo accompagne en train la dépouille mortelle jusqu’à la frontière franco-belge, mais ne la franchit pas. Il fera inscrire sur l’épitaphe de sa femme, enterrée prés de sa fille Léopoldine à Villequier, cette simple phrase : "Adèle, femme de  Victor Hugo."
Hugo rejette l’amnistie accordée aux proscrits par Napoléon III. Il explique son attitude en rappelant le serment moral qui le lie à sa conscience : « Fidèle à l’engagement que j’ai pris vis-à-vis de ma conscience, je partagerai jusqu’au bout l’exil de ma liberté. Quand la liberté rentrera, je rentrerai ». Il ajoute, non sans une teinte d’humour, qu’il ne peut en être autrement car son sang est composé « de trois races : Bretagne, Lorraine, Franche-Comté. » Ce qui fait, dit-il, « trois entêtements. »

Il connaît alors une période d’intense travail. Il fait paraître sa grande satire contre Napoléon III : Les Châtiments (1853) qui comptent 6200 vers de dénonciation et de révolte. Le régime qui s’est installé par la force est l’objet dans ce recueil d’une critique féroce. Cette longue diatribe, écrite en vers, est éloquente, ironique, enflammée. Il y clame sa haine et son mépris pour Napoléon III, le sanglant gredin.
Hugo étend sa dénonciation à toutes les institutions qui ont soutenu « le tyran » : l’armée, l’église et la banque et il s’indigne des souffrances endurées par les victimes du coup de force. Il a pu voir à Lille la misère du petit peuple vivant dans des taudis. Les Châtiments s’ouvre sur un poème intitulé Nox, c’est-à-dire Nuit et se ferme par Lux qui signifie Lumière. Nous retrouvons dans cette évocation l’inépuisable optimisme hugolien qui peut se formuler ainsi : aucune nuit, même armée, ne pourra jamais empêcher l’homme d’atteindre sa lumière. Il réitère dans de nombreux poèmes la force du Verbe qu’il résume dans ces mots : « Encrier contre canon. L’encrier brisera les canons. »
Distribué clandestinement en France, le livre regroupe autour de lui l’opposition républicaine. Ce à quoi il tente de parvenir, et il y parvient, c’est « d’unir le grave au doux, le plaisant au sévère », même si Hugo prévient que « ce livre-ci sera violent. »
Hyppolite Taine, l’un des fondateurs de la critique littéraire moderne, parle de « l’imagination des yeux » quand il évoque « la faculté maîtresse », c’est-à-dire la phénoménale facilité d’écriture de Victor Hugo.
Il continue à se battre contre la peine de mort. Il intervient vainement en faveur de John Brown, un abolitionniste condamné à être pendu aux Etats-Unis pour avoir fomenté une révolte des esclaves Noirs en Virginie. Après son exécution Hugo écrit : « L’Amérique est sans âme, ouvrière glacée. »
Son oeuvre littéraire passe du registre lyrique au registre philosophique.

Les contemplations, peut être l’ouvrage le plus connu de Victor Hugo, parait en 1856. Il montre combien le poète comprend la détresse de “ ceux qui ont perdu ce qui ne se retrouve jamais. ” Il fait figurer dans ce livre les plus belles pièces écrites sur la douleur d’un père face à la mort tragique de sa fille. Il dit dans la préface : « Qu’est-ce que les Contemplations ? C’est ce qu’on pourrait appeler…les Mémoires d’une âme. » Et plus loin, « C’est une âme qui se raconte dans ces deux volumes. Autrefois, Aujourd’hui. Un abîme les sépare, le tombeau. » Nous savons que ce tombeau c’est celui de sa fille Léopoldine morte le 4 septembre 1843.
Tout le recueil est construit autour de cette date. L’Avant et l’Après que raconte une âme bouleversée. Cette âme est celle, bien sûr, de Hugo mais elle est aussi celle de tous ceux qui souffrent la perte d’un être aimé : elle devient celle de l’Homme en général, l’histoire de tous. Hugo écrit dans la préface des Contemplations : « L’auteur a laissé, pour ainsi dire, ce livre se faire en lui. La vie, en filtrant goutte à goutte à travers les événements et les souffrances, l’a déposé dans son cœur. Ceux qui s’y pencheront retrouveront leur propre image dans cette eau profonde et triste, qui s’est lentement amassée là, au fond d’une âme. »
Paraissent également cette même année Les Chansons des rues et des bois où Hugo laisse libre court à une fantaisie pleine de légèreté et de gaieté.
Il se laisse pousser la barbe.

Hugo publie Les Misérables en 1862. Oeuvre majeure, ce roman regroupe l’essentiel de sa pensée. Il y dénonce les misères sociales à travers une destinée - celle de Jean Valjean - qui va de la déchéance à la rédemption et qui rencontre, sur ce chemin de lumière, des âmes perdues et des âmes sauvées. Hugo y affirme le pouvoir du Bien et de la Charité et confirme son idée que l’espoir doit demeurer dans les âmes blessées parce que la réhabilitation tant sociale que morale est toujours possible. Espérer est l’un des mots clés dans la pensée hugolienne.
Les Misérables est un roman à la Balzac et à la Eugène Sue qui arrive à contre temps de l’esthétique de son époque qui impose, sous l’influence de Courbet et de Flaubert, le réalisme en peinture pour le premier et l’école de l’impassibilité en littérature pour le second. Alors que le naturalisme de Zola et des Goncourt est déjà en germe dans la production romanesque.
Dans Les Misérables Hugo prend parti, ose des commentaires mais surtout, et il l’annonce dans la préface, il déclare que le livre est utile : « Tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles ».
A l’écrivain, dit-il, est dévolue une triple mission : morale, sociale, politique.
Commencé en 1845 à Paris (il comptait, rappelons-le, lui donner comme titre Les Misères et nommer Jean Valjean : Jean Trejean et Marius : Thomas), achevé en 1861 à Guernesey, publié en 1862 à Paris, le roman a occupé, pour son écriture, une grande partie de la vie de l’écrivain. Si Les Misérables n’est pas un roman réaliste, bien qu’il contienne des éléments réalistes et qu’il soit ancré dans la réalité du XIXème siècle et qu’il aborde le problème de l’antagonisme des classes sociales, il est profondément populaire. Il parle de ceux que l’auteur se donne pour but de défendre, les pauvres gens, et cela les émeut, parce qu’il procure de l’espoir et propose un sens à leurs vies.
Le peuple est célébré tandis que les puissants sont condamnés pour leur égoïsme, car ils sont à l’origine des lois injustes, qu’ils affament les enfants et répriment les révoltes. Hugo nous montre des gens au travail, dans leurs occupations quotidiennes : Fantine cousant, Gavroche marchandant son pain, Marius balayant son palier, Jean Valjean aspirant avec bruit sa soupe. La forme également se veut réaliste : Cosette et ses marques de coups, ses habits souillés, le comportement des clients de l’auberge où les Thénardier l’exploitent ignoblement.
On peut découvrir des allégories  derrière les portraits tracés par Hugo : Jean Valjean symbolisant l’Homme ou la rédemption de la brute qui devient ange ; Fantine, la Maternité ou la femme sans nom, la femme déchue, honnête dans le vice ; l’évêque Myriel, la Vertu ou le Juste ; le policier Javert, la Loi ou le policier implacable traversé par une crise de conscience consécutive à sa conception du devoir professionnel ; Cosette, l’Innocence ou l’enfant martyrisée, la jeune fille révélée ; Marius, la Jeunesse ou le jeune homme sincère en amour comme en politique ; les Thénardier, le Vice ou le mauvais pauvre ; Gavroche, le Peuple ou le gamin de Paris. Chacun de ces personnages est analysé dans ses aspects multiples, chacun étant habité par le Bien et par le Mal. Baudelaire dira de ce roman que c’est un « livre de charité. »
Mais c’est aussi un roman romantique par l’engagement qu’explicitement il affiche : il croit dans les pouvoirs de l’être humain et dans la force de l’esprit sur la matière. Les Misérables est plus un roman mystique que religieux. Le mythe de Napoléon, héros romantique par excellence, pointe dans l’œuvre qui nous semble l’histoire en marche.
Dès sa publication, malgré la réticence de certains critique, l’œuvre connaît un immense succès de librairie. Il faudra mettre deux agents de ville devant la porte de la librairie pour contenir la foule d’acheteurs.
Nous savons que la postérité lui a réservé un destin autre que littéraire, puisqu’il détient le record des adaptations cinématographiques dans le monde.

Les Travailleurs de la mer, ouvrage qui montre l’homme en lutte, en faisant l’apologie de l’effort obscur et dévoué, paraît en 1866. Il sera suivi en 1869 par L’homme qui rit œuvre clé pour comprendre l’univers hugolien tant l’histoire du vagabond Ursus et de Déa l’aveugle a les teintes contrastées des ciels d’orages.
Hugo écrit en exil ses plus beaux poèmes, les plus vastes, toute une série de petites épopées qui marquent les grandes étapes historiques de l’aventure humaine. Il essaie tout, tente tout, pourvu qu’il s’agisse de sommets et de gouffres, de lumière et de nuit. Peu importe le goût : il va chercher la vérité où elle se trouve, au coeur du Verbe. Dans le mystère du Mot. Il met un bonnet rouge à la grammaire après avoir mis “ un bonnet rouge au vieux dictionnaire ”. Sa production littéraire est immense : poèmes lyriques, poèmes engagés, romans, pièces de théâtre.
Hugo est désormais universellement connu, à la fois comme écrivain et comme flamboyant proscrit.

La Légende des Siècles est l’élément central - et le plus achevé - d’un triptyque composé de Dieu et de la Fin de Satan que Victor Hugo livre en trois séries (1859, 1877, 1883). Le poète réécrit dans cette fresque l’histoire de l’humanité et lui donne sens. « J’eus un rêve : le mur des siècles m’apparut. » C’est ainsi que commence le récit de « La vision d’où est sorti ce livre. »
Pour lui, l’homme dans sa marche triomphe de la fatalité qui l’écrase. Plus que jamais Voyant, le regard de Hugo embrasse entièrement le temps et l’espace. Il retrace les principales étapes humaines, la lutte de l’homme contre tout ce qui l’opprime et son ascension vers la lumière grâce au progrès matériel et spirituel. Il met constamment en avant « cette chose étrange que le bien a du bon, que l’homme fort c’est l’homme droit, et que c’est la raison qui a raison. »
Le registre de La Légende des siècles est l’épopée. Hugo excelle dans l’amplification de la réalité et dans la transformation des êtres et des choses en symboles et en mythes porteurs de valeurs morales exemplaires. Et parce qu’il prête le récit aux humbles et aux victimes, à tous les exclus d’un monde de plus en plus injuste, ces poèmes connaissent un véritable engouement parmi les gens du peuple.

La philosophie de Hugo peut paraître sommaire: tout vit dans la nature, tout a une âme ; mais elle est optimiste et généreuse. Une échelle des êtres est ébauchée. Les êtres inférieurs sont des êtres qui souffrent, des âmes punies. Pour Hugo, vivre c’est se perfectionner : dans le savoir, la connaissance (le grand mythe du progrès cher au XIXème siècle positiviste), et dans l’universel amour. Il faut aimer surtout les créatures désaimées telles l’araignée et l’ortie, comme il l’écrit dans ce poème :
« J’aime l’araignée et j’aime l’ortie
Parce qu’on les hait ;
Et que rien n’exauce et que tout châtie
Leur morne souhait ;
Parce qu’elles sont maudites, chétives,
Noirs êtres rampants ;
Parce qu’elles sont les tristes captives
De leur guet-apens…
Parce qu’elles ont l’ombre des abîmes,
Parce qu’on les fuit,
Parce qu’elles sont toutes deux victimes
De la sombre nuit.
Passants, faîtes grâce à la plante obscure,
Au pauvre animal.
Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,
Oh ! Plaignez le mal !
Il n’est rien qui n’ait sa mélancolie ;
Tout veut un baiser.
Dans leur fauve horreur, pour peu qu’on oublie
De les écraser ;
Pour peu qu’on leur jette un œil moins superbe,
Tout bas, loin du jour,
La vilaine bête et la mauvaise herbe
Murmurent : Amour ! »

L’amour efface tous les crimes : « un seul instant d’amour rouvre l’Eden fermé ».
L’histoire du monde c’est la lente victoire de la lumière et de l’amour sur les ténèbres et la haine.

 

Victor Hugo en 1860

Victor Hugo en 1860

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