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Publié par Med Médiène

Eugène Delacroix

 

Récits, témoignages, nouvelles, romans, journaux intimes, correspondances.

Le voyage en Orient, le 19ème siècle français

 

Les devanciers

Lady Montagu (1689-1762)

Le voyage en Orient qu’effectue Lady Montagu se fait par une route inhabituelle. Non par bateau mais par les terres car le Danube est gelé. En cette année 1717, l’hiver très rigoureux rend les pays traversés dangereux, à cause des guerres, de la famine et, dit-elle, des bêtes sauvages. La peur accompagne l’équipée de la voyageuse. Lady Montagu, dans la lenteur de l’avancée, a le temps d’observer autour d’elle : paysages, certes, mais surtout les populations, les Albanais, les Serbes, les Hongrois. La peste qui demeure à l’état endémique dans ces régions contribue à donner à l’Islam son aspect effrayant. Lady Montagu se veut rassurante quand elle évoque ce fléau : elle dit que l’on peut en guérir, que cette maladie n’est pas aussi répandue qu’on le dit. C’est une idée reçue, écrit-elle, propagée par des écrivains voyageurs qu’elle accuse de désinformer leurs lecteurs.
Issue d’un milieu aristocratique et artiste, Lady Montagu fréquente à Londres des philosophes, des peintres et des poètes. Dans ce milieu littéraire, elle connaît particulièrement Swift et le philosophe Pope. C’est une jeune femme vive à l’esprit libre, curieux, volontaire, tolérant et critique. Elle s’adonne jeune à l’écriture, celle des lettres, et déjà sur les femmes en Angleterre.
Elle épouse Lord Montagu qui par en ambassade en 1716 à Constantinople. Elle part le rejoindre et entreprend, bien équipée, le voyage de Londres à Constantinople, par voie de terre. Son mari est chargé de donner le point de vue de l’Angleterre dans le conflit qui oppose la Turquie à l’Autriche.
Elle adresse à ses amis londoniens au cours de son voyage et tout au long de son séjour en Turquie des lettres où elle raconte, décrit, analyse la vie quotidienne des villes où elle séjourne : Vienne, Belgrade, Sofia, et de la société ottomane vivant à Edirne (seconde capitale des Sultans) et bien entendu de la capitale de l’Empire, Constantinople, avec son quartier « Franc », Péra.
Ce long voyage à travers l’empire Ottoman sous le règne d’Ahmet III lui permet d’apprendre la langue turque, qui s’écrit alors avec l’alphabet arabe. Elle fréquente la bonne société, celle de son rang, de la capitale de l’empire. Elle se fait des amies parmi les femmes du harem et pénètre leur intimité, les observe, reçoit leurs confidences, les accompagne au bain, les trouve libres dans leur réclusion – parce qu’elles acceptent leur réclusion.
Elle fournit de précieuses connaissances sur l’Orient par sa curiosité intelligente, sa grande tolérance et son absence de préjugés.
Ces lettres sont des mines d’informations sur la civilisation et la culture du monde turc et montrent un profond sens de la relativité dans le domaine des mœurs et des croyances.
Elle aborde l’Islam de l’intérieur, grâce aux femmes, et avance la notion de relativité à propos des mœurs et des croyances. Elle pense que les valeurs occidentales cessent d’être les seules valables au contact de celles non moins recevable, dit-elle, de l’Islam.
Dans ces lettres, publiées en 1763, un an après sa mort, Lady Montagu aborde les questions qui intriguaient particulièrement les cours de l’Europe, notamment celles qui concernaient la condition féminine : des Odalisques (Oda égale Servante), des femmes vivant dans le harem et des bains où elles se rendaient en groupe pour de longues séances de repos, de discutions, d’agapes et même de danses.
Lady Montagu affirme que le voile porté par les femmes n’est pas un inconvénient pour elles, au contraire ; que l’appartement où elles vivent, cet espace clos, est fait de jardins intérieurs, de volières et de bassins d’eau murmurante au bord desquels elles peuvent se délasser. La maternité, enfin, est le gage d’un vrai bonheur, qui conserve la jeunesse.
Elle évoque le harem, lieu sacré qui n’est pas forcément rempli de concubines. Elle a l’opportunité d’être reçue dans le harem impérial où vivent près de 600 femmes. Elle croit savoir qu’elle est la première occidentale à bénéficier d’une telle faveur.
Lady Montagu assure qu’elle est la première à dire vrai sur le monde féminin oriental. Parce que tout simplement elle est femme et qu’elle parle des femmes.
Elle est l’une des premières sources de la curiosité qui s’empare, au 18ème siècle, de l’Occident à propos de l’Orient.
Avec Lady Montagu on assiste peut être à la dernière véritable rencontre d’un voyageur se mettant à l’écoute de l’étranger. Bientôt l’Orient ne sera vu qu’à travers une image inversée où seuls les dysfonctionnements seront dits.
Charles Etienne Savary (1750-1788) passe un an à « se perfectionner dans le dialecte arabe qu’on parle en Syrie » pendant son séjour en Orient de 1776 à 1780 (Lettres sur l’Egypte, 1785.) Il traduit le Coran ainsi qu’un abrégé de la vie de Mahomet et publie une grammaire de la langue arabe.Constantin François Volney (1757-1820)
Volney a le même pressentiment de cette nécessité, c’est la raison pour laquelle, lors de son séjour oriental, il quitte l’Egypte pour se rendre « dans un couvent arabe » en Syrie. La suite de son voyage s’en trouve complètement changée. Il voyage en Egypte, en Syrie, au Liban et en Palestine de décembre 1782 à mars 1785. Son récit, Voyage en Syrie et en Egypte 1783, 84, 85, est publié en 1787.
«J’ai pensé que le genre des voyages appartenait à l’Histoire et non aux Romans.»
Dans la préface du Voyage de 1786, Volney explique que grâce à un petit héritage, reçu alors qu’il était encore jeune, il décide de le consacrer à voyager pour s’instruire. Il pense à l’Asie et opte pour l’Egypte, sous domination turque, et la Syrie qu’il veut étudier sous le double point de vue de ce que ces régions représentaient jadis et de ce qu’elles sont devenues. Pourquoi ces contrées ? Parce que c’est là « que sont nées la plupart des opinions qui nous gouvernent ».
Volney entame son voyage à la fin de l’année 1782 par l’Egypte. Après une escale à Alexandrie, il se rend au Caire où il demeure sept mois. Les difficultés de circulation à l’intérieur du pays dues à la sévérité de pouvoir central turc et son impossibilité d’apprendre la langue arabe le contraignent à aller en Syrie, pays qu’il imagine plus hospitalier.
Il séjourne huit mois chez les Druzes « dans un couvent arabe », ce qui lui permet de se familiariser avec la langue de ses hôtes. La politique plus souple des autorités syriennes à l’égard des étrangers facilitent ensuite ses voyages à travers le pays qu’il parcourt librement, dit-il, « pendant une année entière. »
Il retourne en France, après trois ans d’absence.
Sans la langue, dit-il, il n’est pas possible d’apprécier « le génie et le caractère d’une nation. » A propos de l’Egypte, Volney a conscience que ce qu’il apporte ne fait que s’ajouter au corpus déjà existant. Il ne pense pas que son témoignage puisse bouleverser les connaissances sur ce sujet.
Par contre, à propos de la Syrie, qu’il a longuement et sérieusement étudiée, il pense que son ouvrage sera utile à la perception de ce pays beaucoup moins connu que l’Egypte.
Dominique Vivant Denon (1747-1825)
Graveur de grand talent, collectionneur et amateur d’art, écrivain, Vivant Denon se lie d’amitié avec Joséphine de Beauharnais. Elle l’introduit auprès de Bonaparte à la veille de l’expédition d’Egypte décidée par le directoire. Denon qui ne figure pas sur la liste des artistes qui doivent accompagner le jeune général, fait tout pour en faire partie. Il argue de ses talents de « reporter » pour qu’on le désigne comme chroniqueur de l’aventure égyptienne qui durera pour lui de mai 1798 à octobre 1799, ce qui équivaut au temps passé par Bonaparte en Egypte.
Le 19 mai 1798, Vivant Denon embarque à Toulon à bord de la Junon.
Commandée par Bonaparte, une troupe de 54000 hommes s’apprête à conquérir l’Egypte.
A son retour Denon publie Voyage dans la Basse et la Haute Egypte en 1802.
D’un point de vue purement littéraire on retiendra Point de lendemain, un conte libertin superbement écrit.
Chateaubriand (1768-1848)
Il est celui qui « ouvre la carrière des pèlerins à Jérusalem », bien qu’il soit considéré comme le type par excellence du voyageur pressé.
Il part de Paris le 13 juillet 1806. Il séjourne à Constantinople du 13 au 18 septembre 1806. En octobre, il visite la Palestine, Jaffa, Jérusalem. Fin octobre, il est à Alexandrie en Egypte d’où il embarque pour Tunis où il débarque à la Goulette le 23 novembre après avoir essuyé une formidable tempête.
Il arrive en Espagne en mars. Il est de retour à Paris début juin 1807.
Il publie en 1811 Itinéraire de Paris à Jérusalem.
« J’allais chercher des images, c’est tout » prévient Chateaubriand. Son récit se veut être plus la somme de ses sentiments nés du voyage qu’une description topographique des lieux traversés. On sait aussi qu’il était à la recherche du décor pour l’écriture du Génie du Christianisme et des Martyrs.
Eugène Delacroix (1798-1863)
Delacroix effectue un court voyage en Afrique du Nord, mais essentiel dans l’histoire de l’art du XIXème siècle. Il revient de ce voyage ébloui et changé.
Il s’initie à l’Orient par le biais des lectures (récits de voyage) et de la guerre d’indépendance de la Grèce obtenue en 1830. «  L’Orient, soit comme image, soit comme pensée, est devenu, pour les intelligences autant que pour imaginations, une sorte de préoccupation générale » avait décidé Victor Hugo.
Il a pour ami Jules-Robert Auguste, riche philanthrope parisien amoureux de l’art oriental, peintre voyageur à ses heures et collectionneur d’objets exotiques (armes, habits, meubles) qu’il prête à Delacroix.
En 1824, année de la mort de Byron à Missolonghi, Delacroix expose Scènes des massacres de Scio qui consterne le public du Salon. «  C’est l’exagération du sombre et du triste » écrit Stendhal. « C’est le massacre de la peinture », « C’est un traître » déplore le baron Gros.
D’inspiration philhellène le tableau montre un mur de victimes grecques avec au premier plan un Turc à cheval traînant une jeune fille (cf. A. Dumas). Il devient par cette toile le chef de file des peintres romantiques.
En 1827 il montre La mort de Sardanapale. Mise en scène de destins tragiques, de la violence, de la cruauté, de la souffrance. Cette oeuvre décrit un Orient décadent, lascif et menaçant ;qui occupe alors l’inspiration du peintre. Inspirée d’un drame de Byron elle nous montre Sardanapale, roi barbare, condamnant à mort ses concubines et ses chevaux avant de se suicider. Cette toile symbolise le point culminant de « l’Orient romantique » de Delacroix. Rouges, bruns, jaunes dominent dans une composition audacieuse qui transcende un récit fait de bruit et de fureur en un Orient tragique et fastueux. Cette toile provoque également un énorme vacarme chez les amateurs d’art habitués à plus de tenue.  « Je n’aime pas la peinture raisonnable. »
Delacroix s’oppose à David, le régulier et à Ingres qui privilégie le dessin.
« Par la plus froide des nuits de décembre » il part, accompagnant l’ambassade que dirige le duc de Mornay, C’est ainsi que le novateur de la peinture orientaliste, Eugène Delacroix se rend « par la plus froide nuit de décembre » au Maroc d’où, « Après treize jours fort longs et d’une traversée tantôt amusante, tantôt fatigante… » il arrive le  25 janvier 1832 à Tanger. De là il ira pour quelques semaines en Algérie, à Alger et Oran.
Delacroix est frappé par la noblesse d’allure des Marocains, comme sortis vivants de l’Antiquité. « Je suis ici comme un homme qui rêve » écrit-il à l’un de ses amis, ajoutant « le pittoresque abonde… Il y a des tableaux tout faits ! »
Couleurs frémissantes et l’éclat de la lumière confirment l’emploi des contrastes qu’il faisait avant son voyage, « les peintres qui sont allés en Afrique du Nord savent que le soleil là-bas tue les couleurs. »
Sur son carnets de voyage il exécute des milliers de croquis rapides, enlevés, annotés qui lui serviront durant ses 30 années d’activité.
Il peint des juifs, les musulmans se dérobant. Difficultés du peintre. En mars 1832 il se rend à Oran et à Alger. Femmes d’Alger… Erotisme et ennui des femmes.
A son retour il utilise son carnet pour continuer son inspiration orientaliste. Fantasias, religieux, caïds, femmes juives…
La rencontre de Delacroix avec l’Afrique du Nord où « l’Antique n’a rien de plus beau » est capitale dans l’évolution de sa peinture, et dans celle qui se fera plus généralement en France. Il écrit dans son Journal : « La physionomie de ce pays restera toujours dans mes yeux. »
Delacroix vise à l’essentiel, il ne recherche pas le sujet mais l’âme, ce moteur secret, des gens et des choses. Fromentin dira, à son propos : « Il fut le maître, le souverain traducteur de la grâce et de la force arabes. » Il considère que par « la sonorité magnifique de ses colorations », Delacroix a réussi à transcender le donné local, cet insaisissable Orient, en l’interprétant plus qu’en essayant de le restituer.
Il publie en 1832 Souvenirs d’un voyage dans le Maroc.
Alphonse de Lamartine (1790-1868)
Affrète un navire pour ses proches et part en Orient. Dans ses bagages il emporte 500 volumes.
Voyage en Orient, (1835).
Camille Rogier (1805-1870)
La Turquie, mœurs et usages des Orientaux au 19ème siècle, (1846), qui contient des reproductions de dessins, aquarelles, lavis et une photographie du peintre habillé en Oriental dans son atelier de Constantinople.
Rogier s’installe au Caire puis au Liban. Il y accueillera la plupart de ses amis voyageurs, de Nerval à Flaubert et Gautier.
Gérard de Nerval (1808-1855)
Voyage en Orient, effectué en 1843 et publié en 1851.
On peut suivre l’itinéraire du périple nervalien à partir de la version définitive du Voyage en Orient. Le récit regroupe deux voyages que Nerval effectue à quatre d’intervalle. Le premier relate son séjour à Vienne. Le second, plus important, plus long, plus révélateur raconte son année passée en Orient.
- Premier voyage. Vienne, 1839-1840.
Fin octobre 1939 Nerval quitte Paris pour Genève puis en novembre il arrive à Vienne, la porte de l’Orient terrestre, où il reste jusqu’en mars 1840.
Ce voyage est décrit dans Lettres de Voyage (1840) dans lesquelles Nerval se montre avec humour dans le rôle du voyageur. Il prépare en fait sa future expédition en l’Orient. Dans ces lettres le poète supplante le voyageur. Il décrit les femmes de Vienne et laissant aller son imagination il s’invente des amours rêvées et des aventures de héros de romans. Ses crises d’hallucination se font de plus en plus violentes.
- Second voyage. L’Orient, 1843.
Afin peut être de prouver à son entourage qu’il est un homme comme les autres Nerval entreprend son voyage en Orient. Il espère ainsi trouver matière à livres et à articles et aussi à oublier son amour mort.
Le premier janvier 1843 Nerval embarque à Marseille. Le navire est confronté à « un temps affreux » qui ralentit la traversée.
Débarqué à Alexandrie il visite le port et ses environs puis il se rend au Caire.
Nerval habite quelques jours dans un hôtel. Il loue ensuite une maison dans le quartier Copte et prend un domestique. Marchant et regardant il explore rue à rue la capitale égyptienne. Ses pérégrinations le font tour à tour assister à la Pâque des Coptes et des Grecs, à la fête turque de la naissance du Prophète et à l’impressionnant retour des pèlerins revenant de La Mecque.
Il rôde aux abords des Pyramides, se remémorant in situ ses lectures sur l’Orient.
La peste s’étant déclarée à Beyrouth où il voulait aller il s’attarde plus que prévu au Caire.
L’épidémie enrayée, Nerval part enfin pour Damiette et rejoint Beyrouth d’où il fait « des excursions dans le Liban ». Il ne peut aller à Damas atteinte elle aussi par la peste, ni à Balbek assiégée par les Druzes.
Le 25 juillet on le retrouve à Constantinople. Il loge à Péra sur la rive occidentale de la ville  où son ami le peintre Camille Rogier tente de le distraire de ses démons intérieurs.
De nouveau seul et désespéré, Nerval demande à Théophile Gautier de le rejoindre. En vain.
Nerval traverse le Bosphore et s’installe dans un khan, sorte d’hôtel oriental. Là vivant au milieu de la population locale et se comportant comme elle il éprouve le sentiment d’avoir atteint son but. Toucher physiquement
Mais fatigué et mentalement incertain il embarque pour la France le 28 octobre 1843. Il arrive à Paris le 25 décembre.
Sur son état Nerval écrit : « Ni la mer, ni la chaleur, ni le désert n’ont pu interrompre cette belle santé dont mes amis se défiaient avant mon départ. J’ai fait oublié ma maladie par un voyage, je me suis instruit, je me suis amusé… »
Le récit.
Huit années séparent le moment du voyage (1843) et celui de sa publication (1851).
Nerval veut s’écarter de ses prédécesseurs, surtout Chateaubriand et Lamartine qu’il appelle ironiquement « les grands seigneurs ».
Il évite de parler d’Athènes et de Jérusalem et centre son propos sur Le Caire et Constantinople accordant entre ces deux pôles une large place au Liban.
Le  récit est pris en charge par un narrateur/voyageur qui confère au propos la forme d’un « roman-voyage » fait d’impressions et de sensations.
Les Impressions de voyage avaient été mises à la mode juste après 1830 par Alexandre Dumas, lui même grand voyageur.
Dans son texte Nerval fait « la part belle à l’insolite, au particulier, aux hasards de la vie quotidienne et à sa poétisation, à l’esprit, à l’humour. »
« Les voyages organisés » lui sont étranger. Il s’est toujours défendu de « voir les curiosités selon l’ordre des itinéraires » comme il a évité de s’intéresser « aux monuments et aux objets d’art. » Il avoue son peu d’intérêt pour l’archéologie et les objets d’art. Cette indifférence pour les vestiges du passé et les chemins tout tracés lui a fait perdre beaucoup en terme de connaissance. Mais il reconnaît avoir énormément gagné grâce aux rencontres humaines qu’il a faites.
Le voyageur, selon Nerval, doit être complètement disponible et aborder avec sympathie les peuples chez qui il s’invite. Plus que ses prédécesseurs il décrit ces peuples, qu’il sent proches de lui, avec une réelle empathie – comme s’il les reconnaissait. « Nos pères viennent de là » dit-il.
Impressions, sensations et intuitions. Mais aussi, au fil du texte, l’intrusion du roman – de la fiction. Ainsi les chapitres où il est question de Zeynab, l’esclave achetée ; de Saléma - « blonde aux yeux noirs » – la fille du cheikh druze ou encore du très long texte narrant un épisode de la vie de la reine de Saba.
Théophile Gautier (1811-1872)
Pour beaucoup de jeunes romantiques de la première moitié du 19ème siècle, la rencontre avec l’Orient passe par Venise, l’Italie du Sud ou l’Espagne andalouse encore « à demi africaine » – cette Espagne voluptueuse et guerrière, magnifiquement résumée dans l’Alhambra de Grenade.
Théophile Gautier en 1830 est un hugolâtre. Il fréquente Gérard de Nerval, son ancien condisciple du Lycée Charlemagne (1808-1855), déjà célèbre malgré son jeune âge (en 1830 il a 22 ans) et Pétrus Borel (1809. Il meurt à Mostaganem en 1859). Gautier est un rapin attiré par la poésie. Il se distingue lors de la bataille d’Hernani et, encouragé par Hugo, il décide de se consacrer uniquement à l’écriture où il ne tardera pas à se faire un nom.
S’ennuyant à Paris où, «écrit-il, « on vit entre la double vase du ciel et de la terre », il se rend le 5 mai 1840 en Espagne, pays du Cid et d’Hernani. Il y reste 5 mois. L’Espagne qu’il visite est l’Espagne du sud : Séville et Grenade. Il ne fait que traverser Cordoue, Tolède et Burgos. Il passe quatre jours et quatre nuits à l’Alhambra : “ les plus délicieux de ma vie ”, dit-il. Il regrette le départ des Mores d’Espagne. Il pense que le pays a beaucoup perdu. L’Espagne n’a rien à voir avec l’Europe du Nord, ajoute-t-il, et le génie de l’Orient est partout présent dans ce pays.
Le voyage espagnol permet à Gautier d’inaugurer une nouvelle forme d’écriture, la narration de voyage que d’autres avant lui ont pratiquée.
Atteint de la « Maladie du bleu » il se rend en Algérie avec son ami Noël Parfait durant l’été 1845, grâce à un arrangement financier avec l’éditeur Jules Hetzel. Maxime du Camp nous apprend que le projet de Gautier était d’écrire un livre qu’il aurait lui-même illustré. « Il ne suffit pas de regarder et de voir, il faut encore savoir avec quel yeux on voit . » A la recherche « du galbe, du type, du caractère » il parcourt l’est du pays et pousse jusqu’à Constantine, la ville rebelle. Il a 34 ans.
Gautier a lu les textes de Nerval sur l’Orient (Liban, Egypte, Turquie), parus en 1843. Pour sa part il publie deux articles publiés en 1851 et 1852, Les Aïssaouas et la Danse des djinns L’ensemble de ses textes sur l’Algérie paraîtra en 1865 sous le titre Loin de Paris, Voyage pittoresque en Algérie : Alger, Oran, Constantine Kabylie.
Les peintres cités par Gautier sont : Delacroix, Decamps, Marhilat, Fromentin (plus Goya et Rembrandt).
Mais la révolution de février 1848 ruine son éditeur, le livre ne se fait pas. Il conserve ses notes qu’il publie en 1865 sous la forme que nous connaissons aujourd’hui.
Il revient d’Algérie bronzé comme un “ homme de couleur ”, n’ayant de blanc “ que le blanc de l’œil ”. Il ramène un burnous blanc qu’il porte en se promenant sur les boulevards qui lui donnera, lorsqu’il se laissera pousser la barbe, une allure de prince oriental.
Gautier retournera en Algérie en été 1865, invité officiel pour l’inauguration du train Alger-Blida, comme il fera partie, en 1869, de la délégation conduite par l’Impératrice Eugénie à l’inauguration du canal de Suez..
Eugène Fromentin (1820-1876)
Eugène Fromentin né à la Rochelle, port ouvert sur l’océan et les pays d’Afrique par lequel on parvient, effectue trois voyages en Algérie. Comme Gide, il est issu d’une famille protestante,
c’est-à-dire d’une famille qui ne badinait pas avec l’éducation.
- 1er voyage, à 26 ans, en mars et avril 1846. Il reste en Algérie 45 jours. Voyage effectué à l’insu de ses parents qui le croient à Paris.
Il y retourne de septembre 1847 à mai 1848 (il relate notamment la reddition de l’émir Abdel-Kader le 23 décembre 1847.)
Il l’effectue son 3ème voyage avec sa femme de novembre 1852 à août 1853. Il cite les mêmes peintres que Gautier. Fromentin en tant qu’écrivain et peintre se considère comme un « artiste armé des deux mains. »
Un été au Sahara, (1857), Une année dans le Sahel, (1859), Voyage en Egypte (1869), (1935).
Le dernier voyage, à l’occasion de l’inauguration du canal de Suez, s’effectue dans une atmosphère un brin désabusée. « Aujourd’hui que le monde est à tous, écrit-il, il faut, pour surprendre, instruire ou intéresser, de lointains voyages, beaucoup d’aventures, ou beaucoup de savoir. »
Pour Fromentin, dans Une Année dans le Sahel, les trois grands peintres sont pour la peinture d’histoire, Eugène Delacroix, pour la peinture de genre, Decamps et pour la peinture de paysage Prosper Marilhat. Marilhat est pour lui le type même du « peintre voyageur », son modèle.
Fromentin s’éloigne de plus en plus du romantisme, de ses effets déclamatoire et de ses outrances. Il va du rouge au gris, des tons d’or aux tons d’argent, de la gamme chromatique très vive d’un Delacroix ou d’un Decamps à celle d’un Corot.
Grâce à ses voyages en Algérie il a appris à saisir les grandes monochromies du désert. L’Orient brutal et clinquant n’est plus le sien.
Théophile Gautier le remarque et l’écrit ; il souligne « la manière limpide, argentée, soignée et transparente » de ses tableaux à partir des années 1865. Fromentin place au bout de son expérience (de sa pratique) l’harmonie au dessus du coloris : il peint en adoucissant progressivement les paysages orientaux qu’il enveloppe de vapeurs bleuâtres et rosées, presque « teintes de vert normand. »
Il réussit « à se tenir dans la mesure des choses » en Egypte sur le Nil qu’il découvre en hiver avec son eau vaseuse. Il adopte une manière flexible qui se complait dans les demi-teintes. Il a horreur du « coloriage. »
De romantique, il est l’auteur de Dominique, il est devenu un classique. Il refuse le folklore ou l’idéologie des souks en vogue chez les orientalistes et développe son observation du caractère arabe dans ce qu’il a de plus universel et de plus humain.
Voilà ce que retient le pinceau ou la plume de cet esprit éminemment sensible et singulier. Il « s’efforce de dégager le beau du bizarre. » Il est non seulement anti-romantique mais il est devenu anti-pittoresque. Il s’éloigne, on le voit, de la pratique de Théophile Gautier.
Alexandre Dumas (1802-1870)
Alexandre Dumas est le fils du général Davy de La Pailleterie, dit Dumas, petit fils d’une femme noire de Saint Domingue (Voir Georges 1843).
A partir de 1835 Dumas publie une série d’Impressions de Voyage.
Devenu le feuilletoniste à succès que l’on sait, il obtient une forte somme du Gouvernement  français pour une « mission littéraire en Algérie » afin que  « Monsieur Dumas écrive deux ou trois volumes sur ce magnifique pays. Sur trois millions de lecteurs, peut-être donnera-t-il à cinquante ou soixante mille le goût de l’Algérie. » On lui demande simplement de son renom  pour faire la publicité de la colonie.
On affecte à Dumas la corvette Le Véloce pour effectuer la traversée. Il en profite pour sillonner la Méditerranée de Tanger à Tunis en passant par Alger.
Alexandre Dumas fils, le peintre Boulanger et un serviteur noir font partie de l’équipée qui débarque à Alger le 29 novembre 1846 où, remarque déjà l’écrivain, «  les constructions françaises gâtent fort l’aspect oriental de la ville. »
Dumas rapportera de son voyage des souvenirs de maisons closes fréquentées par de très jeunes filles. « Bien peu de ses malheureuses étaient nées lors de la prise d’Alger : qui les a poussées à la prostitution ? La misère. »
Le Véloce, ou Tanger, Alger et Tunis paraît en 1850.
Dumas rédige avec le peintre Adrien Dauzats (1804-1868) 15 jours au Sinaï : Impressions de voyage, publié en 1861.
Théodore Chassériau (1819-1856)
L’Orient n’est pas un monde inconnu à Chassériau. Il en a depuis toujours l’intuition profonde. Son origine créole le dispose à ressentir de manière forte les attraits de l’exotisme. Le type féminin, très tôt élu comme dans la Suzanne au bain, les sujets choisis d’Esther à Cléopâtre, confirment l’attirance de l’artiste pour un Orient à la fois instinctif et livresque. Le voyage qu’il effectue en Algérie va fournir une impulsion nouvelle à son inspiration, déjà préparée par d’autres peintres connus de Chassériau, comme par exemple Prosper Marilhat, le spécialiste à l’époque de l’Egypte, ou Adrien Dauzats, l’illustrateur en 1839 de L’Expédition des Portes de Fer récit rédigé par Charles Nodier. On pense que l’arrière plan du tableau de Chassériau représentant Ali Ben-Ahmet est un dessin de Dauzats. Ce tableau signe l’entrée du jeune peintre dans l’orientalisme.
En 1845 Paris accueille les chefs arabes qui ont fait allégeance à la France. Des fêtes sont organisées en leur honneur et les salons parisiens sont d’un seul coup « émaillés de
Bédouins ». Parmi eux, le Khalife de Constantine, Ali Ben-Ahmet, qui demande à Chassériau de lui faire son portrait.
Un an plus tard, invité par le Khalife, Chassériau se rend en Algérie. Il est à Marseille le 8 mai 1846 et débarque à Philippeville quelques jours plus tard. Il revient en France fin juillet de la même année. Après son voyage, Chassériau se rapproche de Delacroix.
Chassériau est l’Ami de Gautier (qui lui présent Alice Ozy), de Marilhat et de Nerval.
Gustave Moreau (1826-1898)
Ami de Chassériau et proche de Fromentin. Admirateur de Delacroix il se veut un “assembleur de rêve”.
Gustave Moreau. apprécie le goût du voyage chez ces peintres, et songe même à rédiger un volume qui réunirait Lamartine, Gautier, Nerval et Chateaubriand dont il aime “le suprême désenchantement” et la “rêverie désespérée de haut vol”.
Son oeuvre échappe à l’orientalisme traditionnel. Ce n’est pas un voyageur (sauf l’Italie). Son Orient est fait d’emprunts qu’il puise dans les ouvrages sur la Perse et la Chine de la bibliothèque impériale.
Cléopâtre : sous la clarté lunaire l’atmosphère égyptienne est accréditée par les pyramides, les ibis, les lotus. Le drame, la mort est montrée par le serpent, à gauche.
Orientalisme mental, ici. Synthèse de tous les détails assemblés et rayonnant dans la sensualité des couleurs, la grâce voluptueuse de l’attitude du personnage, la réunion du luxe et de la mélancolie qui rappellent, dans un détachement raffiné les valeurs de l’exotisme romantique.
Pourtant l’orientalisme de Gustave Moreau n’est pas celui de Delacroix car il est plus attaché au décor que Delacroix exploite pour exalter la couleur.
Matériaux et forme sont utilisés par Moreau comme des citations. Cette manière de faire aura des conséquences sur la peinture occidentale.
Les réserves du cabinet d’art graphique (musée de la Vie Romantique), riches de quelque 13000 dessins n’ont pas fini de délivrer leurs trésors. Que de travaux, d’études, d’esquisses, de crayonnés ont précédé les œuvres magistrales de Gustave Moreau.
Matisse fut un moment l’élève de Gustave Moreau : de là sans doute ce goût chez lui pour l’ornementation, l’accessoire, l’arabesque.
Gustave Moreau a peut-être montré la voie à la fusion des formes.
Artiste visionnaire, professeur éclairé, prophétique, il pressentait l’art moderne et l’abstraction.
Gustave Flaubert (1821-1880)
Voyage en Orient de 1849 à 1851 avec son ami Maxime du Camp (1822-1894), puis en Afrique du Nord. Voyage fondateur.
En avril et juin 1858 Flaubert se rend à Carthage en passant par l’Algérie pour se documenter sur son projet de roman Salammbô. Publication de Voyage en Orient.
Maxime Du Camp publie en 1848  Souvenirs et paysages d’Orient et en 1854 Le Nil.
Edmond (1822-1896) et Jules (1830-1870) de Goncourt
Edmond a 27 ans, Jules 19. Les deux frères voyagent en Algérie en peintres ; ils tiennent un journal illustré (de dessins et d’aquarelles), que publie L’Eclair des 31 janvier, 14 février, 6 mars et 8 mai 1852. Voyage effectué le 7 novembre 1849, dont le récit est publié dans Pages retrouvées sous le titre Notes au crayon.
Ce voyage fera qu’ils renonceront à la peinture pour se consacrer à la littérature.
La comtesse Valérie de Gasparin (1813-1894)
Elle voyage avec son mari, représentant la noblesse protestante du Midi. Elle est, elle, originaire du Canton de Vaud.
Le couple part de Trieste le 5 octobre 1847 et demeure en Grèce jusqu’à la fin novembre 1847.
Début décembre ils sont au Caire. Ils font la traditionnelle remontée du Nil.
A la mi mars, traversée du Sinaï : ils vont jusqu’à Jérusalem. Pour des raisons familiales, ils repartent précipitamment de Beyrouth.
Mme de Gasparin se charge de la rédaction du récit. Dans sa préface elle revendique le droit de ne pas considérer la foi comme un sujet tabou.
Les Gasparin font un deuxième voyage 15 ans plus tard en 1862.
En Turquie elle pose le problème de la femme en Orient. On lui a reproché son « christianisme de choc » – elle voulait, par exemple, imposer le repos dominical à son équipage musulman et elle s’est mise en tête de distribuer des Bibles aux Bédouins qu’elle rencontrait.
Mme de Gasparin est d’une verve entraînante et d’une espièglerie plaisante. C’est une croyante qui éprouve de la sympathie pour toutes les formes de la vie. « Elle est loin d’être jolie, mais elle est captivante et stimulante » dit d’elle son compatriote Amiel.
Elle publie Journal d’un voyage au Levant (1850) et A Constantinople (1867).
Narcisse Berchère (1819-1891)
Camarade d’atelier de Fromentin il s’expatrie en Egypte où il vit plusieurs années.
Le désert de Suez. Cinq mois dans l’isthme (1863).
Jean Léon Gérôme (1824-1904) et Paul Lenoir (mort au Caire en 1881)
Le Fayoum, le Sinaï et Pétra. Expédition dans la moyenne Egypte et l’Arabie Pétrée sous la direction de Jean Léon Gérôme (1872). Récit d’un voyage effectué en 1868 avec Jean-Léon Gérôme.
Alphonse Daudet (1840-1897)
Alphonse Daudet, en décembre 1861 veut quant à lui « Tâter un peu de la vie arabe. »
Il a 21 ans quand il débarque à Alger le 19 décembre 1861. Il y demeure jusqu’en février 1862. Il cite Fromentin dans ses textes. Tartarin de Tarascon (1872), Récits et nouvelles d’Algérie (réédition 1990).
Ernest Feydeau (1821-1873)
Ami de Gustave Flaubert.
Louise Colet (1810-1876)
Romancière, journaliste et poétesse reconnue, muse et maîtresse de Delacroix, Musset, Vigny, du philosophe Victor Cousin et bien entendu Flaubert, sa grande passion, Louise Colet fut une figure
du monde des Lettres au 19ème siècle. Elle fut La Muse, par excellence. Habituée du salon de Mme Récamier, elle eut la possibilité de rencontrer les noms de la littérature, au premier desquels il faut citer Chateaubriand. Belle et « moderne », elle sait se faire aimer, et n’hésite pas à poser pour les artistes, notamment le sculpteur Pradier où elle rencontre Flaubert.
Vingt ans après le fameux voyage en Orient de son illustre amant, Louise Colet se rend à son tour en Egypte pour assister à l’inauguration du canal de Suez. Elle représente le journal Le Siècle qui l’envoie sur les traces de Flaubert en tant que journaliste invitée par les autorités égyptiennes.
Le voyage se passe mal. Boudée par ses collègues, fatiguée, cette femme vieillissante réussit pourtant à accomplir cette longue épreuve et à produire une série d’articles parus en feuilleton dans son journal, qu’elle réunit ensuite sous le titre du récit publié en librairie.
Cet ouvrage évoque la tumultueuse relation de l’auteur avec Flaubert, mais il est aussi le témoignage sensible d’une femme sur un pays d’Orient qu’elle a malgré tout apprécié.
Le livre est constitué de 12 chapitres dans lesquels Louise Colet note au jour le jour les aléas du voyage et le déroulement des festivités organisées par Damiette, le grand ordonnateur des cérémonies. Nous savons par lui le nom des invités, illustres ou non, et leurs comportements dans la promiscuité et l’inconfort, souvent, de leur séjour en Egypte. Elle cite par exemple Théophile Gautier et narre avec humour les circonstances de son accident sur le pont du navire, le Moeris, qui les menait de Marseille à Alexandrie. Elle raconte surtout, et seule une femme pouvait le faire réellement pour y avoir pénétré, la vie des femmes dans les harems.
Les pays Lumineux, Voyage d’une femme de lettres en Haute Egypte, 1869.
Judith Gautier (1850- 1917)
Membre de l’Académie Goncourt. Fascinée par la Chine et le Japon. Tout ce qui n’est pas chinois, ou du moins oriental, lui semble un peu absurde.
Le livre de Jade, 1867, Le Dragon impérial, 1869.
Elle publie dans la collection « Les beaux voyages », En Chine, (Merveilleuses histoires.) où elle parle de la musique, de la poésie, de la maison, du thé, du mobilier, du costume…
Guy de Maupassant (1850-1893)
Maupassant a 31 ans quand il se rend en Algérie. Il effectue à 4 reprises le voyage à Alger et à Tunis.
- 6 juillet 1881 (année où Auguste Renoir se rend également en Algérie)
- 4 octobre 1887
- 20 octobre 1888 jusqu’au printemps suivant et enfin dernier séjour6 septembre 1890.
Il résultera de ces voyages un récit, Au soleil, publié (1884), et des nouvelles: Marroca (1882), Mohamed Fripouille (1884), qui sont des variantes littéraires de certains passages de ses chroniques. Plus tard paraîtront Allouma et Un soir en 1889.
Marocca dans Mademoiselle Fifi qui traite d’une histoire d’adultère dans une petite ville d’Algérie.
Mohamed Fripouille dans Yvette (1885) : un ami vient voir un capitaine de l’armée et lui demande « Parlez-nous des femmes arabes ! »
La Vie errante (1888), récit.
Un Soir et Allouma dans La Main gauche (1889) qui raconte l’idylle entre un colon et une fille du sud « une bête admirable, une bête sensuelle, une bête à plaisir qui avait un corps de femme. »
Contes et autres nouvelles africaines, (réédition 1979), Lettres d’Afrique, Algérie, Tunisie, (réédition 1990).
Enfin, l’œuvre maîtresse de Maupassant, Bel Ami est publiée en 1885, dévoilant les dessous de l’expédition au Maroc, en réalité la Tunisie qui eut lieu en 1881.
Pierre Loti

Pierre Loti (1850-1923)
Aziayadé, (1879), Les Trois Dames de la Casbah, (1884), Suleima (1882) se passe à Oran entre 1869 et 1880, Le Désert. Jérusalem. La Galilée : la Galilée, la Mosquée verte de Brousse, (1895, réédition 1987), Au Maroc, (1889), Les désenchantées, (1906), La mort de Philae, (1907).
Dans la préface Au Maroc il écrit étrangement : « Aussi bien voudrais-je mettre tout de suite en garde contre mon livre un très grand nombre de personnes pour lesquelles il n’a pas été écrit… Les détails intimes que des circonstances particulières m’ont révélés, sur le gouvernement, les harems et la cour, je me suis même bien gardé de les donner (tout en les approuvant dans mon for intérieur), par crainte qu’il n’y eût là matière à clabauderies pour quelques imbéciles. Si, par hasard, les Marocains qui m’ont reçu avaient la curiosité de me lire, j’espère qu’au moins ils apprécieraient ma discrète réserve.
Et encore, dans ces pures descriptions auxquelles j’ai voulu me borner, suis-je très suspect de partialité pour ce pays d’Islam, moi qui, par je sais quel phénomène d’atavisme lointain ou de préexistence, me suis toujours senti l’âme moitié arabe : le son des petites flûtes d’Afrique, des tam-tams et des castagnettes de fer, réveille en moi comme des souvenirs insondables, me charme davantage, que les plus savantes harmonies… Donc, que ceux-là seuls me suivent dans mon voyage, qui parfois le soir se sont sentis frémir aux premières notes gémies par des petites flûtes arabes qu’accompagnaient des tambours. Ils sont mes pareils ceux-là, mes pareils et mes frères ; qu’ils montent avec moi sur mon cheval brun, large de poitrine, ébouriffé à tout crins… Pour ce qui des autres, qu’ils s’épargnent l’ennui de commencer à me lire ; ils ne me comprendraient pas ; je leur ferais l’effet de chanter des choses monotones et confuses, enveloppées de rêve…
Emile Masqueray (1843-1894)
Agrégé d’histoire de l’Ecole Normale de la rue d’Ulm, il est nommé au lycée d’Alger en 1872. Il occupe plus tard la chaire d’histoire et d’antiquités d’Afrique à l’Ecole supérieure des Lettres d’Alger qui deviendra l’Université d’Alger dont il deviendra le directeur.
Masqueray a été appelé le « pèlerin de l’absolu » en quête de sensations rares, parcourant un pays qu’il a fait sien, l’Algérie. Dans la dédicace adressée à sa mère, il lui écrit « Le voyageur ramène toujours trop de poussière à la maison. »
Cette poussière, formant un ensemble qu’il intitule Souvenirs et Visions d’Afrique (1894), est constituée de textes mêlant le journal de voyage, le récit vécu et le reportage ethnographique. Un ensemble, dit-il, fait de choses vécues et de choses imaginées mais qui, toutes, ont frappé sont intelligence et ses sens. Il se considère aussi bien comme historien, les choses vues, que poète, les choses imaginées, ce qu’il désigne sous la formule : « mes visions et mes souvenirs réels. » pour lui, l’Algérie est le prolongement « de la joyeuse Provence » où se meurent les sociétés primitives, qui se pensent éternelles, faisant place aux nouvelles forces qui émergent lentement dans ce pays lumineux. L’historien Masqueray évoque aussi bien la présence de Rome que la vie des marabouts, « ces graines d’apôtres et de martyrs. » Ce monde ancien est assailli par le monde moderne avec ses routes, ses chemins de fer mais surtout avec ses idées. Ce siège, reconnaît l’auteur, ne peut être que douloureux et cruel pour les vaincus. Pour lui, la plainte des blessés monte plus haut que les cris de joie des vainqueurs.
Jean Lorrain (1855-1906)
Dandy fardé, homosexuel, éthéromane, Jean Lorrain est le chroniqueur par excellence de la décadence. Il visite l’Algérie en 1894, en même temps que Gide et Louÿs. Il publie en 1894 Types de Biskra repris dans Heures d’Afrique, 1893-1898, Chroniques du Maghreb en 1899 et La Dame turque en 1898. Dans Monsieur de Phocas (1901) Lorrain consacre plusieurs pages à Constantine (p. 97), aux femmes d’Algérie (p. 146-147) et aux ports (d’Orient ? p.141).
André Gide (1869-1951)
« Je rêvais pour chacun ce loisir sans lequel ne peut s’épanouir aucune nouveauté, aucun vice, aucun art. »
A 26 ans, en 1893, Gide se rend en Algérie. Le peintre Paul-Albert Laurens l’accompagne. Il évoque dans son Journal Oscar Wilde et Pierre Louÿs.
De nombreux voyages suivront.
L’Algérie représente la patrie mythique de sa guérison – il soigne à Biskra sa tuberculose -  et de ce que l’on pourrait appeler sa délivrance – il passe outre les interdits moraux de son milieu.
Il contracte un mariage blanc avec sa cousine madeleine Rondeaux, qui parait dans son œuvre sous le nom d’Emmanuelle. En 1926 il publie les Faux-monnayeurs, roman qui remet en cause les lois du genre.
Selon Gide « le point de vue esthétique est le seul où il faille se placer » pour parler de son œuvre. Mais des préoccupations citoyennes agitent l’écrivain : sur la justice, Souvenirs de la cours d’Assise (1914) ; sur l’homosexualité, Corydon, 1924 ; sur le colonialisme, Voyage au Congo, 1927 et Retour du Tchad, 1928 ; sur l’émancipation féminines, L’école des femmes, 1929.
Engagé à gauche, il rompt avec le communisme dans Retour d’U.R.S.S., 1936.
Il est le premier écrivain à figurer dans la Bibliothèque de la pléiade en 1939 avec son Journal 1889-1939. Il obtient le prix Nobel en 1947. Il meurt le 19 février 1951, chez lui, à Paris.
L’immoraliste, (1902), Amyntas (1906), Si le grain ne meurt, (1925, édition courante) qui est un livre autobiographique.
Amyntas est composé de plusieurs textes : Mopsus, Feuilles de route, de Biskra à Touggourt et Le Renoncement au voyage.
C’est dans ce petit livre que Gide apprend de son domestique Athman comment le roi David, que les Arabes appellent Daoud, parvient à voir Bethsabée de la terrasse de son palais.
André Gide dans L’immoraliste aborde la question de l’art chez les Arabes : « Terre en vacances d’œuvres d’art. Je méprise ceux qui ne savent reconnaître la beauté que transcrite déjà et toute interprétée. Le peuple arabe a ceci d’admirable que, son art, il le vit, il le chante et le dissipe au jour le jour ; il ne le fixe point et ne l’embaume en aucune œuvre. C’est la cause et l’effet de l’absence de grands artistes. J’ai toujours cru les grands artistes ceux qui osent donner droit de beauté à des choses si naturelles qu’elles font dire après à qui les voit : « Comment n’avais-je pas compris jusqu’alors que cela aussi était beau ?… »
Il déclare en ces termes son difficile mais irrépressible amour du désert – le Sahara : « Chegga ; Kefeldorf’ ; M’reyer… mornes étapes sur la route plus morne encore, interminable. J’aurais cru pourtant, je l’avoue, plus riantes ces oasis. Mais plus rien que la pierre et le sable ; puis quelque essai de palmiers qu’alimente une source… A l’oasis je préfère à présent le désert – ce pays de mortelle gloire et d’intolérable splendeur. L’effort de l’homme y paraît laid et misérable. Maintenant toute autre terre m’ennuie.
Le temps se gâte un peu, le second jour ; c’est-à-dire que le vent s’élève et que l’horizon se ternit. Marceline souffre ; le sable qu’on respire brûle, irrite sa gorge : la surabondante lumière fatigue son regard ; ce paysage hostile la meurtrit. »
Pierre Louÿs (1870-1925)
Il débarque à Alger le 17 juillet 1894 et demeure en Algérie jusqu’à la fin août. Il va à Biskra sur les traces d’André Gide. Il photographie et écrit. Les chansons de Bilitis (1885), Aphrodite (1896), Correspondance avec Claude Debussy (1945) …
Sur les photographies algériennes de Pierre Louÿs voir la collection Albert Kahn. « Je t’enverrai les photographies de petites filles arabes avec qui je ferai le plus agréablement des accouplements tout à fait sahariens. » Louÿs à son ami Claude Debussy
Sur la femme arabe, la très jeune surtout, se référer à La femme dans la poésie arabe, article repris dans Archipel ((1906) et en plus érotique Le Journal de Méryem, en collaboration avec A. – F. Hérold réédité en 1992.
Isabelle Eberhardt
Publie Notes de route, (1908), Mes journaliers, (1923) qui relate sa vie du 1er janvier 1900 au 31 janvier 1903. La majeure partie de ses textes ont pour thèmes la vie des Algériens du sud et l’approche très personnelle qu’elle fait du Sahara. Elle dévoile également ses relations avec les hommes et surtout celles qu’elle entretenait avec Slimène qu’elle épouse en 1901.
Elle meurt le 21 octobre 1904 lors de la crue de l’oued à Aïn Sefra.
Louis Bertrand (1866-1941)
Née en 1877 à Genève, d’origine russe, elle se convertit à l’Islam vraisemblablement en 1896. Elle a 20 ans, en mai 1897, quand elle se rend avec sa mère à Annaba (Bône), en Algérie, où sa mère meurt brusquement en novembre de la même année. Nommé professeur à Alger en 1891 il publie plusieurs textes pro coloniaux sur l’Algérie célébrant l’occupation romaine et fustigeant l’implantation de l’Islam en Berbérie.
Africa (ce titre a paru pour la première fois en 1904, sous le titre : Le jardin de la mort), Le Mirage Oriental, (1909), Sur le Nil, (1921), Nuits d’Alger, (1929).
August Macke (1887 1914) et Paul Klee (1879 1940)
Ils sont à Tunis au début du mois d’avril 1914 et en  repartent à la fin du mois.
Révélation pour eux aussi. Refus du typique, de l’exotisme exclusif. Ils pensent, vont et voient plus loin. Ils le savent.
Mélangent Orient et Occident dans leurs oeuvres tunisiennes. Ils partent sans Delacroix.
Quand Macke visite les quartiers réservés de Tunis, il ne pense ni à Ingres, ni à Chassériau, ni à Gérôme. (Aux scènes de harem de ces peintres).
Ils sont là en touristes et consomment ce qu’on leur propose.
Klee dit du concert arabe auquel il assiste : “un peu monotone, un peu attraction touristique. Mais tout de même nouveau pour nous autres. De très bonnes danses du ventre, ce qu’on ne voit point chez nous”. Matisse, comme Fromentin, se disait “exaspéré par la danse du ventre.” Eux ne rencontrent pas les Tunisiens.
Macke a visité l’exposition des Arts Islamiques de Munich en 1910. Mais il ne garde que les rythmes abstraits et renonce à l’identité des objets. Son approche est moins tactile, plus cérébrale, qui s’exprime surtout dans le jeu des couleurs et des rythmes.
Pour eux, c’est le motif qui disparaît, c’est à dire, ce qui justifiait la quête orientaliste. Il subsiste encore chez Matisse, mais il s’efface chez M. et K. “Ils sont au milieu du paysage” dit Macke et non seulement devant. Klee : “Je me suis attaqué à la synthèse de l’architecture de la cité et de l’architecture du tableau”.
Macke, même recherche, mais ses sujets sont plus précis. Il évolue vers une géométrisation des formes et une juxtaposition de plans colorés. (cf. Delaunay).
Macke rapporte 52 photographies pour garder en mémoire les lignes essentielles de ce qu’il a vu et pour élaborer les tableaux futurs.
“Le beau rythme des tâches”.perçu par Klee à Hammamet. Ou les “friandises chromatiques”. Il redoute l’escale italienne qui risque “d’altérer” l’orient qu’il porte en lui. La musique, le sens musical de l’Orient. “La cadence d’un tambourin” ou les “mélodies fort mélancoliques” entendues au concert arabe, qui scandent les harmonies abstraites de son oeuvre. “La couleur me possède.
Point n’est besoin de chercher à la saisir… La couleur et moi sommes un. Je suis peintre.” Ils renoncent à la description pour une vision sensuelle mais synthétique, pour un Orient mental.

Autres voyageurs

Edmond About (1828-1885)
Le fellah,
Edouard de Amicis
Constantinople, (1877).
Louis Blanc
Voyage de la Haute-Egypte. Observations sur les arts égyptien et arabe, (1876).
Maurice Barrés (1862-1923)
Une enquête au pays du Levant, (1923).
Charles Desprez
L’hiver à Alger, (1864).
Robert de Flers (1872-1927)
Vers l’Orient, (1896).
Louis-Auguste comte de Forbin (1777-1841)
Voyage dans le Levant en 1817 et 1818, (1819).
Julien Green (1900-, 1998)
Journal du voyageur, (1990).
Gustave Guillaumet (1840-1887)
Tableaux algériens. (1888).

Articles parus en 1879 et 1884.

Hermann Hesse (1921-1962)
Voyage en Orient, (1981).
Francis Jammes (1868-1938)
Notes sur des oasis et sur Alger.
Jammes se rend en Algérie avec André Gide en 1896. Le pays l’émerveille.
Karl Marx (1818-1883),
Lettres d’Alger et de la Côte d’Azur. (1997).
Prosper Mérimée (1803-1870)
Djoumoune, (1881)
Henri de Montherlant (1896-1972)
Il y a encore des Paradis, images d’Alger 1928-1931. Arléa, 1998.
Nodier Charles (1780-1844),
Journal des Portes de Fer, (1844),
illustrations de Dauzats.
Taglioni Charles
Deux mois en Egypte. Journal d’un invité de Khédive. (1870)
Horace Vernet (1798-1863)
Des rapports qui existent entre le costume des anciens Hébreux et celui des Arabes modernes publié en 1848 dans l’Illustration.
Louis Veuillot (1813-1883)
Secrétaire de Bugeaud, il voyage en Algérie en 1841. Il publie Les Français en Algérie, en 1853, un texte critique à l’égard de l’action colonialiste dans ce pays.

Quelques  voyageuses françaises 

Suzanne Voilquin (1801-1877) Souvenirs d’une fille dpeuple : La Saint-Simonienne en Egypte, 1834-36. 1878.
La princesse Belgiojoso (1808-1871). Elle passe cinq années en Turquie, de 1849 à 1855. Asie mineure et Syrie, 1858.
Adèle Hommaire de Hell (1819- ?) et son mari Xavier, géologue. Parmi d’autres récits, je note : De Constantinople à Trieste, 1865 et A travers le monde ;
La vie orientale, 1870.
Olympe Audouard (1830-1890), provinciale de Marseille, féministe engagée à la séduisante verve. Elle « déclare la guerre aux hommes. » Le canal de Suez, 1864 ; Les mystères de l’Egypte dévoilés, 1866 ; Les mystères du sérail et des harems turcs, 1866 ; L’Orient et ses peuplades, 1867.
Jane Dieulafoy (1851-1916) visite la Perse avec son mari, ingénieur et géologue. Elle devient écrivain en Orient. Elle est aussi photographe et rédactrice en chef des fouilles. La Perse et la Chaldée, 1887

Gérard de Nerval par Nadar

Gérard de Nerval par Nadar

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inizan 28/11/2010


Je recherche sous google "ecrivains, voyageurs 19ème siècle" et tu es le 1er lien ! Merci, cela me donne des envies de lecture, un voyage par procuration ...