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Publié par Med Médiène

Jean Amrouche (1906-1962) ou la double appartenance

Jean Amrouche
"La France est l'esprit de mon âme. L'Algérie est l'âme de mon esprit."

Jean Amrouche

"A qui veut définir Jean Amrouche, je demande que l'on retienne cette double religion, celle du langage et celle du mythe (...) Et cette religion s'appelle la poésie."

Aimé Césaire

Jean Amrouche, considéré comme l'un des pères fondateurs de la littérature algérienne d'expression française, ajoute au champ de la poésie universelle la parole étrange et inattendue du colonisé. Son oeuvre, prémonitoire, mérite que l'on s'y attarde. Ses meurtrissures, que sa culture religieuse chrétienne exacerbe, dévoilent pathétiquement le "mal-être" d'une conscience qui se cherche. Ses engagements, ses interrogations et ses amitiés avec de nombreux écrivains et hommes politiques font de Jean Amrouche un auteur essentiel de la francophonie. Cette présentation succincte se veut, pour des lecteurs qui ne le connaissent pas, une introduction à son oeuvre et, au-delà, elle entend susciter chez eux le désir de rencontrer un pan important de la littérature francophone.

Naissances
Jean El-Mouhoub (l'Aimé) Amrouche est né le 7 février 1906 à lghil-Ali, village de la petite Kabylie en Algérie christianisé en partie par les Pères Blancs. Sa venue au monde, après celle de Paul en 1900 et Henri en 1903, se fait sous le signe d'une ambiguïté qui le hantera toute sa vie : comment être de famille berbère convertie au christianisme dans un pays musulman colonisé ? Il a deux ans quand sa famille s'exile en Tunisie où elle vit à peine du salaire de son père employé à la Compagnie des Chemins de Fer. De condition modeste, et plutôt traditionalistes, ses parents Belkacem Ou Amrouche et Fadhma Aït Mansour avaient néanmoins suivi des études secondaires : fait exceptionnel à cette époque. Les enfants du couple fréquentent l'école des frères Maristes à Tunis. Jean est souvent le premier de sa classe, mais chétif et de santé fragile, il a peu d'appétit, il a souvent mal aux dents et un trachome mal soigné lui a laissé une tâche ineffaçable dans l'oeil.

Taos Amrouche

De fréquents séjours dans son village natal, auprès de sa famille élargie - qui comptait de nombreux musulmans - permettent à Jean de s'imprégner profondément des mythes et des légendes qui alimentent la culture berbère. Au cours de l'un d'eux, en 1910, il retrouve son grand-père, l'homme aux quatre femmes, ruiné. De son enfance tunisienne, vécue au milieu de familles italiennes et plus précisément siciliennes, et de son adolescence, il nous reste Histoire de ma vie, livre témoignage écrit par sa mère, Fadhma, née en 1882 et mariée à 17 ans. Par ses récits et ses contes, traduits plus tard par Jean, elle maintient intact le lien avec le pays des Ancêtres "...et les pentes à nu de ces collines bleues". Jean et sa soeur, l'écrivain et chanteuse Marguerite Taos, se souviendront de ces veillées comme des moments de ressourcement magiques et précieux. En 1913, une année avant la mobilisation du père de Jean, les Amrouche accèdent à la citoyenneté française par naturalisation. Ils deviennent propriètaires de leur maison en 1918. Désormais Français "à part entière", et n'ayant plus à déménager, Jean poursuit une scolarité excellente d'abord chez les Pères, rue de l'Eglise, puis au collège Alaoui où il obtient son brevet en 1921. Ses parents l'inscrivent ensuite à l'Ecole normale où il est pensionnaire. Il en sortira major de promotion. Il est nommé instituteur à Sousse. En 1925, il part pour la France après avoir été reçu au concours d'entrée à l'École normale supérieure de Saint-Cloud. Nommé professeur en 1928, il retourne enseigner à Sousse en Tunisie après avoir passé son service militaire à Bizerte. Il s'inscrit à l'Ecole d'élèves officiers. On le retrouve à Saint-Maixent en 1929 d'où il reviendra avec le grade de sous-lieutenant. Il se marie en 1932. En 1937 il est nommé professeur au Lycée Carnot de Tunis. Après avoir divorcé de sa première femme il épouse Suzanne. Jean Amrouche commence la rédaction des poèmes réunis dans un ensemble qu'il intitule Cendres. Publié en 1934 à Tunis, ce recueil et Étoile Secrète qui suit en 1937, sont réédités par L'Harmattan à Paris. Témoin de cette époque, l'écrivain judéo tunisien Albert Memmi qui l'a eu comme professeur au lycée Carnot de Tunis, l'évoque dans roman La statue de sel sous le nom de Marrou.

Quêtes
L'itinéraire tout tracé de cet "indigène" qui joue le jeu de l'assimilation ne va pas cependant sans heurt. Même si son "algérianité" un moment oubliée - ou mise de côté - semble s'accommoder du masque qu'il est contraint de porter. Sa foi chrétienne et l'éducation française qu'elle facilite vont doublement éloigner le poète de sa communauté originelle. Ce déchirement imposé par l'histoire détermine sa quête poétique, puis identitaire et politique. Désormais, il consacre sa vie à retrouver "des Maîtres Mots, un langage primordial" qui le réconcilieront peut être avec "l'Orient secret de (s)on sang".
"Je n'ai rien dit qui fût à moi
Je n'ai rien dit qui fût de moi
Ah ! Dites-moi l'origine
Des paroles qui chantent en moi !"
Dans l'univers d'hostilité feutrée où il évolue, le poète transfuge prend conscience de la double suspicion qu'il suscite et de "l'imposture" dans laquelle il se trouve projeté : d'une part, à l'égard de sa société d'adoption, et d'autre part à l'égard de son peuple de souche, "sa vraie famille humaine" dont il s'éloignait. Cet écartèlement nourrit une écriture mystique faite de doute.
"Mais, ma place,
Celle de votre enfant, malgré vous, malgré lui
Prisonnier de ces os rendus au schiste sec,
Mais, ma place,
Celle de votre fils aux membres ligotés
Où, où est-elle ?" et de sensualité mêlés lorsqu'il évoque, par exemple, les "collines ensommeillées comme des femmes après l'amour" de son pays.
La religion chrétienne n'est jamais reniée. Au contraire, elle conforte le poète dans son idéal de justice et dans la compassion pleine de repentir qu'il réserve à "L'homme le plus pauvre", à l'homme le plus seul."Mon Dieu, laissez moi vous parler aujourd'hui comme on parle aux hommes: vous refusez, dans cette noire solitude, de m'entendre à demi-mots. Ce langage, notre langage informulé, cette effusion dans le silence de toute chose, le courant mystérieux entre nous par quoi mon âme coulait en vous : tout cela aujourd'hui se fige dans un mutisme lourd."

L'oeuvre de Jean Amrouche, restreinte mais dense, laisse affleurer dans une écriture de feu sa quête incessante du pays des "traces perdues, le pays de l'olivier que le poète a abandonné. Mais de l'univers où il parle, où il se parle, (les formes pronominales variant selon le propos) son déracinement culturel et géographique le conduisent, peu à peu, à mesurer la vanité de l'écriture quand le peuple qui l'inspire ne peut y accéder : "j'ai cru, avoue-t-il, que l'écriture portait en elle une vertu d'exorcisme. Mais rien ne me délivre de mon démon... Il me faut être convaincu de cette cruelle vérité qu'il n'y a pas de délivrance par la parole". Il tente alors, secouant ce "démon intérieur" qui l'habite, une autre forme de parole, plus concrète, plus engagée (la seule qui puisse le rapprocher des siens), à travers des articles pour divers journaux et revues. Ses activités d'enseignant, d'écrivain et de traducteur ne révèlent cependant qu'un aspect de la nature particulière du destin de Jean Amrouche.


Engagements
Au cours de la seconde guerre mondiale son engagement dans la résistance au nazisme le porte vers le journalisme. En 1944 il rejoint à Alger le Général De Gaulle et le Comité français de Libération que ce dernier dirige. Amrouche, qui fait partie du Comité à l'Information, salue l'ordonnance accordant la citoyenneté française à une plus large frange d'Algériens. Mais les événements de Sétif et Guelma de mai 1945 et la terrible répression qui suit, où trois de ses connaissances sont tuées, le confirment dans ses craintes. Il comprend dés lors que c'est tout le système colonial qu'il faut supprimer. A la Libération, il s'installe à Paris où il transfère la revue "L'Arche" qu'il a fondée à Alger une année plus tôt, avec l'aide de l'écrivain André Gide. Le drame algérien qui se profile lui fait perdre toute illusion. Il pressent qu' "il n'y a pas d'accord possible entre autochtones et français d'Algérie". Il sait par ses amis algériens, dont certains dirigeants nationalistes, que le maintien du statu quo n'est plus possible. Alors : quelle Algérie et pour quelle Histoire ? Son long et beau texte "L'Eternel Jugurtha", qu'il publie en 1946 dans L'Arche, répond de façon lucide et audacieuse à cette question. Jean Amrouche créera peu - du moins qui fût achevé. Des projets littéraires annoncés n'aboutiront pas. De son journal tenu jusqu'en 1961 seuls quelques extraits seront publiés. On a parlé d'un refus des héritiers. A la Radiodiffusion où il travaille (il est rédacteur en chef en 1958 et révoqué de ce poste en novembre 1959), il reçoit dans une émission littéraire de grande qualité qu'il anime les écrivains et les poètes qu'il admire, et dont certains sont des amis. Il dialogue ainsi des heures durant avec André Gide (1949), Paul Claudel (1951), François Mauriac (1952), Jean Giono, que lui a présenté en 1949 sa soeur Marguerite, (1953), Giuseppe Ungaretti (1954), Marcel Jouhandeau (1957). Il s'entretient également dans une série d'émissions poétiques avec Victor Segalen (1955), Kateb Yacine (1956, année de la parution de Nedjma), ainsi qu'en 1957 avec Aimé Césaire, Valérie Larbaud, Apollinaire, Saint John Perse, Paul Claudel et Antonin Artaud. Ses projets littéraires ne se réalisant pas, comme contrariés par l'actualité, il continue de publier dans la presse ses chroniques qui se font de plus en plus critiques à l'encontre de la politique coloniale.

Retrouvailles
La guerre d'Algérie sera le révélateur de la dualité du poète, et son antidote. Il se rapproche de "ses frères " et tente d'expliquer, à travers ses écrits, les raisons de leur révolte.
"Aux  Algériens on a tout pris
la patrie avec le nom
le langage avec les divines sentences
de sagesse qui règlent la marche de l'homme..."
Il rompt avec Camus dont il ne partage pas l'opinion sur le conflit qui se radicalise. Le choix qui les sépare- la mère ou la justice - proféré de deux désirs contraires (Amrouche le natif et Camus l'implanté), éclaire l'irréductible contradiction de la colonisation. Elle brise le lien qui le retenait d'être totalement du côté de ses frères sans pour cela récuser sa francité. Il publie alors des articles où ses racines enfin révélées le placeront du côté de son vrai pays. A la salle Wagram, le 27 janvier 1956, il se proclame "Indigène assimilé à un haut degré de perfection" pour mieux dénoncer la duperie de l'assimilation. Il tente d'expliquer à travers ses chroniques les raisons qui ont amené les Algériens à combattre par la violence l'ordre qui les opprimait- les voies légales leur étant refusées. "Il n'y avait rien d'autre à faire. C'était et cela demeure la seule chose à faire. Une voie sanglante, étroite, incertaine et longue. Mais encore un coup, ils n'avaient pas le choix." En 1957, année du prix Nobel attribué à Camus, il écrit dans le journal "Le Monde":
"Le rêve, l'alibi historique, le parfait achèvement de l'oeuvre coloniale, c'était cela ! La métamorphose, homme par homme, famille par famille, de la société arabo-berbére et musulmane en société européenne et française." Il confie la même année dans une lettre adressée à son ami Jules Roy, "Il y aura un peuple algérien parlant arabe, alimentant sa pensée, ses songes aux sources de l'Islam, ou il n'y aura rien..." En 1961, lors d'un congrès à Venise, en compagnie de Vincent Monteil, il prend la parole au nom du peuple algérien dont il dit partager "les souffrances, les luttes et l'espoir". Mais demeuré fidèle à De Gaulle dont il défend la politique algérienne, il devient un émissaire écouté par l'Élysée et par les leaders du Front de Libération Nationale (mouvement indépendantiste algérien). Ainsi, lui, le colonisé "réussi", le poète qui a su faire de son ambivalence un trait d'union entre "ses" deux peuples, parviendra à les rapprocher. En Mars 1962 les Accords d'Evian sont signés, mettant officiellement fin à la guerre d'Algérie. Un mois plus tard, Jean Amrouche meurt d'un cancer, chez lui à Paris, boulevard Malesherbes. Il a 56 ans et ne voit pas la fin du drame algérien dans lequel il s'était engagé avec tant de déchirements. C'est un autre poète, le Martiniquais Aimé Césaire, qui prononce son éloge funèbre. En 1963, il résumera la vie de son ami disparu de cette manière: "Le Jean Amrouche essentiel, c'est le Jean Amrouche poète."
"Aurai-je le temps d'écrire et de pleurer,
Aurai-je encore la force d'agir et de donner?
Ma jeunesse ivre de sang et d'eau,
Toute forte et trempée des larmes de mon corps
Saura-t-elle fendre le temps
Pour dormir dans l'Éternité ?"
(Cendres)
Paris, 1998

 

 

Jean Amrouche par quelques textes

Jean Amrouche

Cendres 1934 (poèmes écrits de 1928 à 1934)
Tout un peuple défunt secouait son linceul;
Tu seras dans ton lit de schiste
Au pied du figuier tordu.
Ils viendront par le Val de Mort
Montant lentement la colline
Le cimetière est à main gauche,
Tu ne t'en souviendras déjà plus.
Quand je cherche ma voix,  j'entends vos lèvres closes
Votre terrible voix d'au-delà de la nuit...
Qui portera vos voix vivantes dans mes chants ?
Voix de la mort, pétrie du silence éternel
De mes absents plus présents d'être morts
En moi créés, en moi vêtus de rayons noirs
Tu roules dans ton flot les fruits purs de la nuit
Je n'ai rien su donner de mes secrets espoirs.
J'ai si longtemps gémi dans le corps d'une femme
J'ai si longtemps cherché l'oubli de ma présence.
Visages en douleur à l'orée de ma nuit, c'est vous qui revivez, tourbillons des jours noirs que j'avais cru défunts?
Vos pleurs pour qui sont-ils? Et vos rires cruels?
Et l'homme qui voulait tuer le souvenir s'abîme dans la nuit des espaces stellaires.
Je sais que tu viens de là-bas, de très loin
Là où l'homme n'a point de part.
Et que brûlent enfin mes souillures
Et mes vaines craintes.
Et les neiges des hautes cimes désirées
Sont loin, bien loin
Au fond du souvenir qui s'éveille,
Et meurt.
Tu abandonneras les musiques de ton enfance
Ta mère, qui le soir, t'endormait de ses chants.
Une étoile sanglote au fond de ma mémoire.

Etoile secrète (1937)
Thèmes de l'étoile, la nuit, le vent, l'enfance, les femmes, le souvenir, le mal secret; Scories (salissure, souillure)
De la crainte de me montrer nu, je me tenais devant, paré comme un acteur.
L'Absent a dû penser d'abord, comme beaucoup de bons esprits, que l'exercice de la poésie le délivrerait de ses angoisses. Mais désireux d'entrer plus directement dans la voie du salut, il renonça bien vite à cette activité.
Je n'ai rien dit qui fût à moi
je n'ai rien dit qui fut à moi
Ah ! Dites-moi l'origine
Des paroles qui chantent en moi !
(...) Qui me dira le destin de ces paroles d'inconnu,
De quoi sont-elles messagères?
De quoi suis-je le messager?
Connais-tu mon père et ma mère? Ou me montreras-tu ma patrie, Car je n'ai ni père ni mère, je suis orphelin sans patrie.
Je ne suis pas de ce pays, je ne suis pas de ce monde.
Je me tiens entre vous et mes paroles, mes paroles qui me sont étrangères. Qui parle en moi à travers mon corps en sommeil?
La douleur perpétuelle de l'exil;
J'ai reconnu ce paysage comme s'il dormait au fond de moi.
J'attends...une éclosion de vie nouvelle.
Tous mes trésors intérieurs je les ai semés sur la route.
Je cherche ici pour vous le secret de mon être.
Je veux aller trouver ma Famille ...
Je veux aller trouver les Anges, mes frères,
Dans le pays muet que renferme mon coeur ...
Je voudrais reposer dans ma famille humaine
Celle qui fut livrée à une sombre haine.
En nous la vie est en veilleuse, car nos racines sont coupées du sol profond du Paradis où l'Eau brillait d'Or et de Sang.
Il te faut découvrir ta lumière, l'Orient secret de ton sang.
Tes traces sont perdues.
Tu as abandonné ce qu'on croyait de l'homme.
J'aurais aimé mourir sur la route.
Il fait nuit dans ma chambre, et bien tiède. Je veux y vivre tout nu, le corps et l'âme tout nus.
Où sommes-nous, - criaient certains -
Nous n'avons plus de consistance
Depuis des siècles et des siècles
Nous tournons autour des étoiles
Mais nous ne les voyons plus.
Mais toute parole est un germe mort
Si dans un coeur elle ne s'incarne.
Et nous prions sur ce même rythme que tu découvrais sur la terre
Ce rythme ancien du coeur de l'homme
Qui boit la vie pour la donner.
Un Démon est en moi. Parfois il parle comme un Ange. Mais le plus souvent, il n'est autre que ce démon intérieur en qui je pourrais me reconnaître, si toutefois il m'était possible de le fixer en l'une de ses innombrables métamorphoses.
J'ai cru que l'écriture portait en elle une vertu d'exorcisme. Mais rien ne me délivre de mon démon... Il me faut être convaincu de cette cruelle vérité qu'il n'y pas de délivrance par la parole.
Le poème La Mort (p.80) est dédié à la "Maison désertée, aux tombes ancestrales qui ne m'abriteront pas."

Jugurtha (1946)
Encore faudrait-il que Jugurtha triomphe de Jugurtha, qu'il mesure tout ce qui lui manque et qu'il doit acquérir, s'il veut égaler ses maîtres occidentaux autrement qu'en se parant de leur plumage.

Lettres à Jules Roy (1943-1954-1955)
1943
L'Afrique du Nord : si l'on continue ainsi elle sera perdue pour la France, économiquement (on peut compter sur les Américains pour cela), et surtout spirituellement.
22 décembre 1954
Et me voici, dans mon âge mur, n'ayant produit aucune oeuvre capable d'atteindre directement le public ... Le succès n'est pas un but, c'est un moyen. Mais je comprends, un peu tard, qu'il faut le vouloir comme but si on veut l'utiliser comme moyen.
6 août 1955
Mais qui, parmi mes anciens amis, a jamais songé à mesurer comment ma vie, en raison de mes origines et ma situation, était plus difficile à conduire que beaucoup d'autres. Mais je n'ai pas mis ma vie dans la littérature. J'en crève un peu plus chaque jour. Il va falloir s'y mettre maintenant, ou renoncer tout à fait. Et je n'ai pas le droit de renoncer, n'étant pas seul en cause.

Etudes méditerranéennes (numéro 9 mai 1961)
Je ne chanterai pas l'arabesque
La couleur ni le monument d'or ancien
Mais une forme de vie simple
A ras de plaine et de mer sous le ciel
Mais le geste et la parole ordinaires
Vif et affleurant des plus vieux âges
Mais la gloire sublime et pauvre de l'homme
En la stature naïve et souveraine qu'il reçoit de toi
Terre de l'homme en son jour.
Mais assimiler sur place, par une entreprise systématique tout un peuple, suppose la destruction progressive de ce qui le constitue comme peuple, c'est à dire proprement un génocide.
Quelques raisons de la révolte algérienne.
Ils s'y sont engagés parce qu'aucune voie de droit ou de raison ne leur était laissée libre Il n'y avait rien d'autre à faire. C'était, et cela demeure, la seule chose à faire. Une voie sanglante, étroite, incertaine et longue. Mais encore un coup, ils n'avaient pas le choix.
 

Espoir et paroles (Alger, 1963) poèmes écrits en 1958.
Aux Algériens on a tout pris
La patrie avec le nom
Le langage avec les divines sentences
De sagesse qui règlent la marche de l'homme
Depuis le berceau
Jusqu'à la tombe
La terre avec le blé, les sources avec les jardins
Le pain de la bouche et le pain de l'âme
L'honneur
La grâce s de vivre comme enfant de Dieu frère des hommes
Sous le soleil dans le vent la pluie et la neige;
Ah! Pour un seul mot de ma langue
Pour la seule grâce d'un mot...
Pour ce mot orphelin
Cueilli aux lèvres sèches de l'Ancêtre
Goutte de sang sur la rose de l'enfance
Etincelant sur la roue du soleil...
Un mot d'eau vive
Dans ta main
Le coeur du monde.

 

 

Jean Amrouche avec André Gide
Jean Amrouche avec André Gide
Jean Amrouche avec André Gide
Jean Amrouche avec André Gide
Jean Amrouche avec André Gide

Jean Amrouche avec André Gide

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