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Publié par Med Médiène

Le père Goriot

Le père Goriot

" Le beau Paris ignore ces figures blêmes de souf­frances morales ou physiques. Mais Paris est un véritable océan.Jetez-y la sonde, vous n'en connaîtrez jamais la profondeur. Parcourez-le, décrivez-le? quelque soin que vous mettiez à le parcourir, à le décrire; quel­que nombreux et intéressés que soient les explorateurs de cette mer, il s'y rencontrera toujours un lieu vierge, un autre inconnu, des fleurs, des perles, quelque chose d'inouï, oublié par les plongeurs littéraires. La Maison Vauquer est une de ces monstruosités curieuses."

Présentation
Le Père Goriot est le roman où Balzac applique pour la première fois le procédé du retour systématique des personnages. A partir de ce moment, la fin de l’année 1834, il s’attèle à la mise en relation des romans et nouvelles déjà publiés, les réécrivant et les développant pour la plupart, pour en faire une œuvre unique, un ensemble cohérent, dont chaque roman justement formerait un chapitre. Le monde balzacien vient de naître.
Pressé par ses éditeurs, Balzac travaille jusqu’à 15 heures par jour. Il écrit vite. Le Père Goriot est rédigé en septembre - octobre 1834. Le roman paraît en librairie en mars 1835.
La note initiale d’où est sortie le roman est ainsi rédigée : « Un brave homme – pension bourgeoise – 600 francs de rente – s’étant dépouillé pour ses filles, qui, toutes deux, ont 50000 francs de rente – mourant comme un chien. »
Mais la composition du Père Goriot sera plus large et plus hardie que prévue. Plusieurs grands sujets s’entrelacent. A propos du roman Balzac écrit le 23 novembre 1834 à Mme Hanska : «Le Père Goriot est une belle œuvre mais monstrueusement triste… Il fallait bien pour être complet montrer un égout moral de Paris et cela fait l’effet d’une plaie dégoûtante. » Le père Goriot, un des personnages principaux du roman de 1835 à qui il donne son titre, est un homme ruiné et renié par ses filles : la brune Anastasie qui a épousé le comte de Restaud, c’est à dire le monde de l’aristocratie et la blonde Delphine qui a épousé le banquier Nucingen, c’est à dire le monde de l’argent. C’est cette dernière qui a raison, nous dit Balzac.
Voyons maintenant, sans entrer dans le détail, certains des thèmes développés dans le roman.
- Une pension de famille, la pension Vauquer, située dans le Quartier Latin qui est le carrefour où se croisent et se mêlent les destins des personnages qui y vivent. Celui de Mme Vauquer, l’inénarrable propriétaire, de la jeune Victorine Taillefer, abandonnée par un père ingrat, de Mlle Michonneau et Poiret - des pensionnaires insignifiants et néanmoins décisifs car ils vont, par leurs actions, peser sur le cours de l’histoire -, des étudiants qui logent dans cette pension et notamment de Bianchon, promis à un bel avenir dans l’univers balzacien, et enfin celui de Mme Couture.
La paternité, Goriot se voit comme le « Christ de la paternité. » Balzac ajoute, parce que « les excès sont frères », que l’amour de Goriot pour ses filles est  trouble: « la paternité d’instinct, de passion à l’état de vice du père Goriot. »
- Le drame de Vautrin, le bagnard évadé, vivant déguisé au milieu des misérables pensionnaires de Mme Vauquer, tentateur, révolté et qui s’attache dangereusement à Rastignac. Porte-parole des idées de Balzac sur la société, Vautrin dévoile au jeune étudiant ambitieux les secrets de la ville et du monde. Il lui demande de « connaître l’argot du cœur » dans ses relations avec les femmes. Et de considérer Paris « comme une forêt du Nouveau-Monde où s’agitent vingt espèces de peuplades sauvages ». A ses yeux tout n’est que boue : de la rue mal famée où végète le bas peuple aux salons dorés et parfumés de Faubourg Saint Germain.
Vautrin est le double de l’écrivain, comme lui il est omniscient : il  sait, voit, comprend, devine tout. Et comme l’écrivain, il vit par personnage interposé. On le verra dans Splendeurs et Misères des courtisanes réussir avec Lucien de Rubempré ce qu’il avait échoué avec Rastignac dans ce roman. Mme de Langeais l’est également à sa manière puisqu’elle connaît et le monde, dont elle est  l’une des pièces maîtresses, et le mystère du père Goriot. Elle devient par ce fait aussi  peut-être plus importante pour Rastignac que Vautrin ou la vicomtesse de Bauséant.
- L’histoire de Rastignac, jeune gascon au physique plaisant, issu d’une famille de petite et très pauvre noblesse provinciale. D’âme assez pure à son arrivée à Paris, il découvre la corruption parisienne. Sans argent et donc sans moyen de se mettre en valeur, pas encore protégé, mais surtout averti, par sa cousine la marquise, Rastignac est contraint de vivre avec le maigre pécule donné par sa famille. Vivre c’est se loger, se nourrir, s’habiller et se déplacer. Pour ce jeune homme plein de sève, au sang ardent, il lui faut se dépenser. Or il est seul. Il doit donc aller là où il a une chance d’être reconnu. Il doit franchir les frontières qui le séparent du monde auquel il aspire. Il doit changer de quartier et changer de quartier à Paris c’est comme changer de pays. D’où la cruciale question du transport.
Il se rend ainsi à pied chez Mme de Restaud. Ebahissement des valets de la comtesse à la vue de cet invité qui se présente à la porte de l’hôtel sans équipage. Il comprend, mais trop tard, son imprudente sottise quand il voit le magnifique attelage de Maxime de Trailles dans la cour de l’hôtel particulier de la comtesse. On ne se présente pas à pied à la porte d’une dame que l’on veut séduire. Rastignac éprouve alors un sentiment de « haine violente » à l’égard de l’élégant et beau dandy, « un de ces hommes capables de ruiner des orphelins », qui a manifestement les faveurs de la femme à qui il rend visite.
S’élevant d’un cran dans la société, il se rend en voiture, mais en voiture de louage, au bal offert par sa cousine Mme de Beauséant. Là encore, les domestiques se moquent de lui. Rastignac, comparant son pauvre équipage à celui du même Maxime de Trailles, l’amant de Mme de Restaud, et à celui d’Ajuda Pinto, l’amant de Mme de Beauséant, commence à comprendre le langage parisien. Il est fait d’or, de luxe, d’élégance et de légèreté. Ce qui est dit n’est pas forcément ce que l’on doit entendre.
- Le drame sentimental et social d’une cousine de Rastignac, Mme de Bauséant, la reine jalousée de Paris, quittée sans égards, dédaigneusement, par Ajuda-Pinto, l’homme qu’elle aime. Cet épisode du Père Goriot explique cinq ans plus tard les motivations de La Femme abandonnée. Cette nouvelle, publiée en 1830, entretient donc un lien de cause à effet avec Le Père Goriot qui nous éclaire les raisons de l’exil en Normandie de Mme de Beauséant. Cette séquence constitue ce que l’on appelle un futur réalisé. Le sort de la femme abandonnée intéressait Balzac. Il le décrit dans le roman avec beaucoup de sympathie pour Madame de Beauséant présentée avec une crâne dignité alors qu’est dévolu à Ajuda Pinto le rôle de l’homme lâche qui n’assume pas ses choix. Ce mépris affiché de l’amant, qui signe la rupture d’une longue liaison, fait la joie des femmes à la mode qui s’empressent d’assister au bal d’adieu organisé par la femme outragée. Par son attitude l’héroïne fait penser à la princesse de Clèves.
Pour conclure
Le thème de l'abandon est un thème récurrent de La Comédie Humaine. Balzac nous montre celui du Père Goriot rejeté par ses filles Delphine de Nucingen et Anastasie de Restaud. Qui, elles aussi, dans le récit s’éloignent de leurs maris respectifs. On a vu plus haut Victorine Taillefer rejetée et déshéritée parce que fille, par son père. A sa façon, Vautrin rétablira la jeune fille dans ses droits.
Mais de tous ces thèmes, le plus proche de l’auteur, c’est celui des années d’apprentissage, de formation de Rastignac. Le héros a vu partout l’ingratitude, l’égoïsme, la trahison, le cynisme et la corruption. Des filles reniant leur père, des pensionnaires lâches et veules, des femmes bafouant leur mari, des amants cruels et dédaigneux. « Entre le boudoir bleu d’Anastasie de Restaud et le salon rose de Mme de Bauséant, il a fait en 3 heures, 3 années de droit parisien. » Rastignac  a un nom encore monnayable. Il n’est pas mêlé aux turpitudes de la vie mondaine. Associé au duché de Bourgogne, il jouit d’un renom entaché d’aucune faute. Noble mais sans argent, Eugène de Rastignac demeure assez vertueux pour refuser le marché criminel que lui propose Vautrin. Il ne l’est pas assez pourtant pour accepter la vie médiocre qui l’attend à la fin de ses études de droit. Il se sert de son nom pour se faire ouvrir la porte des salons, et de sa bonne mine qui lui ouvre le cœur des femmes pour se sortir de la pension Vauquer. Malgré sa volonté de quitter et cette pension et ce quartier indignes du nom qu’il porte et qui le condamnent aux yeux sans indulgence du monde, Rastignac est le seul à s’intéresser à ses voisins, tout particulièrement au Père Goriot, auquel il manifeste une affection filiale qui contraste avec l’indifférence qu’il éprouve à l’égard de son propre père. Tout le roman baigne dans une atmosphère de fin de règne sous les derniers feux d’une gloire qui finira en 1830.
Le Père Goriot montre bien comment la nouvelle religion de l’or envahit tous les cercles parisiens. Mme Vauquer et la comtesse de Restaud ont le même besoin urgent de l’argent, l’une pour tenir sa pension, l’autre pour paraître au bal ou payer les dettes de jeu de son amant. Cette soif d’or donne naissance aux nouveaux princes de Paris, les banquiers, les industriels et les commerçants. Dans ce roman la fiction rejoint l’histoire : le baron Nucingen - double de Rothschild - est inventé. Les fortunes qui s’amassent rapidement s’expliquent par le régime politique qui transforme la société du début du 19ème siècle. Les vieilles valeurs aristocratiques sont mortes, d’autres, bourgeoises et capitalistes s’y sont substituées.
Pour Rastignac qui a compris le monde et se rappelant les conseils de Vautrin et de Mme de Bauséant, les sentiments ne doivent jamais être montrés. Ce qui compte, selon sa nouvelle théorie, c’est que le mariage, accomplissement nécessaire à l’époque pour toute jeune fille ou tout jeune homme, doit être conçu comme une société commerciale, qu’il soit viable, durable et avantageux. Tout autre conception est à proscrire car vouée le plus souvent à la trahison ou à l’échec. « Une femme qui ne fait pas de son corps un marchepied pour faire arriver au but l’homme qu’elle distingue est une femme qui n’a de cœur que pour elle. »

Film de Jean-Daniel Verhaeghe (2004)

Balzac - Le père Goriot (Affiche du film)
Balzac - Le père Goriot (Affiche du film)
Balzac - Le père Goriot (Affiche du film)
Balzac - Le père Goriot (Affiche du film)
Balzac - Le père Goriot (Affiche du film)
Balzac - Le père Goriot (Affiche du film)
Balzac - Le père Goriot (Affiche du film)
Balzac - Le père Goriot (Affiche du film)
Balzac - Le père Goriot (Affiche du film)
Balzac - Le père Goriot (Affiche du film)
Balzac - Le père Goriot (Affiche du film)

Balzac - Le père Goriot (Affiche du film)

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