Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Compteur

  

Publié par Med Médiène

"La duchesse écoutait comme elle savait écouter" :  Le Cabinet des Antiques

"La duchesse écoutait comme elle savait écouter" : Le Cabinet des Antiques

Le Cabinet des Antiques, 1838
L'idée du Cabinet des Antiques remonte à 1833, comme l'indique une lettre de Balzac à Mme Hanska. En 1836, il publie le préambule de ce roman dans la Chronique de Paris. Ce préambule ne sera pas repris dans la dernière version du roman. Après avoir publié La Vieille Fille dans La Presse d’Emile de Girardin, Balzac décide que Le Cabinet des Antiques constituera la clôture de l’histoire de Rose Cormon, l'héroïne de La Vieille Fille. Le Cabinet des Antiques sera achevé en septembre 1838 : l'édition définitive paraît en mars 1839, avec de nombreux ajouts. Il aura donc fallu près de cinq ans à Balzac pour terminer son oeuvre, mais l'essentiel du texte a été rédigé en quelques semaines. Pour démarquer ce roman de La Vieille Fille, l’auteur opère certaines transformations. Ainsi le chevalier de Valois n'est plus désigné que sous le nom de Chevalier. Le portrait de la princesse Goritza disparaît, comme disparaît l'abbé de Sponde, la famille Cormon. Il est question du couple du Croisier, sans aucune allusion à du Bousquier. Pourtant de nombreux détails sont empruntés à Alençon, jamais nommée, en dehors de noms de rues que le lecteur sait appartenir à cette ville.
Le Chevalier, l'ancien fournisseur et sa femme apparaissent avec les mêmes caractères décrits dans La Vieille Fille. Le Cabinet des Antiques est un récit complet, qui peut se lire indépendamment de La Vieille Fille, même s’il entretient de nombreux rapports avec elle.
Le roman est divisé en 9 chapitres :
- Les deux salons

- Une mauvaise éducation

- Début de Victurnien

- La belle Maufrigneuse

- Chesnel au secours des d’Esgrignon

- Un tribunal de commerce

- Le juge d’instruction

- Bataille judiciaire

- La mésalliance

La noblesse de province
Dans le roman Balzac formule les reproches à l’encontre de l’aristocratie du Faubourg Saint Germain qui vit en dehors de la nouvelle réalité sociale née de la Révolution de 1789. Elle s’avère incapable de s’adapter à la pensée d’une époque complètement différente de celle à laquelle elle demeure attachée. Balzac s’en prend également, comme nous le verrons ici, à la vieille noblesse de province confinée dans son  monde étriquée.
Le marquis d’Esgrignon, un « Antique», vit dans le souvenir de l'ancien temps. Il pense, par exemple, que les « grands collèges électoraux sont des assemblées de son Ordre» ; il parle non d’impôts, mais féodalement de « tailles » et imagine que « les lettres de cachets » sont toujours de mise. Vieil homme orgueilleux, il s’entête à ne pas voir le souffle nouveau qui mène le pays vers un autre état des choses. Le monde de d'Esgrignon est peuplé de nobles vieillesses qui exclut la jeunesse et ses promesses.
La monarchie légitimiste restaurée après 1815 est entre les mains de personnages « jaloux de garder les rênes de l'Etat » : elle pourrait être sauvée par leur retraite.
Le marquis, chef vénéré du parti légitimiste est, selon Balzac, responsable de l'immobilisme de classe de l'aristocratie - comme ses pairs parisiens. Dans son esprit le nom glorieux des d'Esgrignon confère à ceux qui le portent les mêmes droits sur leur province que ceux que le roi a sur la France.

Les deux aristocraties
Deux visions de l'histoire sont proposées dans le roman: celle de la noblesse, expliquée par le système aristocratique anachronique et celle, moderne, qui veut que le gouvernement revienne à ceux qui produisent la richesse et ont le pouvoir économique, c'est à dire, le tiers état représentant les communes, les villes et la province.
Une nouvelle aristocratie, moins ancienne que la précédente, s'est développée, affichant un esprit plus ouvert et une activité plus probante. Elle est écoutée par le roi.
Dans la France nouvelle, l'ancienneté du nom ne suffit plus : le marquis, qui ne pense qu’à ses privilèges, a tort de ne pas le comprendre. Sous la Restauration, il manque aux d’Esgrignon la langue de la nouvelle politique - et cette langue c’est l'argent.
La France de l’époque est très centralisée, de ce fait l'aristocratie de province se trouve éloignée des luttes où se jouent les intérêts de la nation. Personne ne semble se soucier de la grandeur des seigneurs d'Esgrignon: «ni à la cour, ni dans l’Etat».
La confiance du roi va naturellement vers la nouvelle noblesse, plus jeune et plus apte à comprendre les mutations sociales et économiques que connaît le pays.
Cette nouvelle classe a su se placer aux leviers de commande offerts par la Restauration. Le marquis, trop vieux, trop usé, se laisse enfermer dans sa province et vit, avec les siens, une sorte d'exil intérieur.
Cette situation, vécue par la noblesse provinciale, Balzac a pu la pénétrer avec profondeur et pertinence. Il en avait déjà parlé dans La Duchesse de Langeais et dans Illusions perdues. Dans Le Cabinet des Antiques ce drame est commenté et rend une sorte d’hommage à « la véritable et loyale aristocratie, celle des gentilshommes de province. » Le marquis est grand par sa fidélité désintéressée à l'ancien ordre des choses.

Histoire de la famille d’Esgrignon
L’hôtel D’Esgrignon présenté dans Le Cabinet des Antiques abrite le marquis et ses proches, issus tous de « la vraie noblesse » pure de tout alliage. Depuis 1300 ans, leurs filles sont mariées sans dot ou mises au couvent. Les fils sont destinés à l’armée, à l’église ou à la cour. Le nom des d’Esgrignon est aussi ancien que celui des rois de France. En 1789, le marquis n’émigra pas : une partie de ses biens sera sauvée par son fidèle intendant Chesnel, devenu notaire. Le château en ruine du marquis étant inhabitable, il achète une petite maison, « l’ancien bailliage seigneurial » qui devient l’hôtel d’Esgrignon.
A 53 ans, il épouse une jeune femme qui meurt en couche en lui donnant un fils, Victurnien. L’enfant sera élevé par sa tante Armande, alors âgée de 27 ans. On apprend qu’un ancien fournisseur l’avait demandée en mariage (La Vieille fille). Refus courroucé des d’Esgrignon, alors que le notaire, intermédiaire dans cette affaire, pour qui le marquis était un « être qui appartenait à une race divine », conçoit une « aversion décidée » à l’encontre du demandeur, du Croisier, l’ambitieux bourgeois déjà rencontré dans le roman cité – homme haineux « capable de couver une vengeance pendant 20 ans, comme il s’en rencontre en province ». Rappelons que dans un premier temps, du Croisier avait été également refusé par la vieille fille Rose Cormon. Mlle d’Esgrignon refusera toute demande ultérieure pour se consacrer exclusivement à l’éducation de son neveu qui s’avérera déplorable car, dit Balzac, « faute d’intelligence, les vertus les plus pures peuvent être nuisibles. » L’histoire du jeune d’Esgrignon illustrera ce jugement à valeur de prophétie.
Sous l’Empire beaucoup d’émigrés reviennent, la plupart se mettront au service de l’Empereur et retrouveront leur fortune. D’autres, comme les d’Esgrignon, refuseront toute alliance ou compromis et resteront pauvres. Après la chute de l’Empire, la fortune des d’Esgrignon n’augmenta pas. Pour ces familles, seule comptait la continuation de la race. Après la chute de la monarchie, ces familles prirent le marquis pour chef, gardant la mentalité et le vocabulaire de l’ancien temps. Les libéraux, avec du Croisier à leur tête, se moqueront « de cette oasis aristocratique » très fermée, excluant tout ce qui n’était pas réellement aristocratique. Le préfet, lui-même, était à peine toléré. En haine de ce milieu, la ville surnomma la maison d’Esgrignon le Cabinet des antiques.

L’hôtel d’Esgrignon
Blondet, personnage récurrent de La Comédie humaine, nous livre une fantastique description du salon marqueté de l’hôtel « aux murs ornés de tableaux et de tapisseries flamandes. »

« Sous ces vieux lambris, oripeaux d'un temps qui n'était plus, s'agitaient en première ligne huit ou dix douairières, les unes au chef branlant, les autres desséchées et noires comme des momies ; celles-ci roides, celles-là inclinées, toutes encaparaçonnées d'habits plus ou moins fantasques en opposition avec la mode des têtes poudrées à cheveux bouclés, des bonnets à coques, des dentelles rousses. Les peintures les plus bouffonnes ou les plus sérieuses n'ont jamais atteint à la poésie divagante de ces femmes, qui reviennent dans mes rêves et grimacent dans mes souvenirs aussitôt que je rencontre une vieille femme dont la figure ou la toilette me rappellent quelques-uns de leurs traits. Mais (…) je n'ai jamais plus retrouvé nulle part, ni chez les mourants, ni chez les vivants, la pâleur de certains yeux gris, l'effrayante vivacité de quelques yeux noirs. Enfin ni Maturin ni Hoffmann, les deux plus sinistres imaginations de ce temps, ne m'ont « causé l'épouvante que me causèrent les mouvements automatiques de ces corps busqués. (…) Il s'agitait là des figures aplaties, mais creusées par des rides qui ressemblaient aux têtes de casse-noisettes sculptées en Allemagne. Je voyais à travers les carreaux des corps bossués, des membres mal attachés dont je n'ai jamais tenté d'expliquer l'économie ni la contexture des mâchoires carrées et très apparentes, des os exorbitants, des hanches luxuriantes. »

Dans ce salon, se souvient Blondet, seule Mlle d’Esgrignon, jeune et fraîche, émergeait de ce « cimetière réveillé avant le temps. » (Lady Brandon est ainsi vue dans La Grenadière.)
Le marquis, dans sa description physique, a des cheveux « blancs soyeux » et des yeux pleins de « feu et de courage. » « Il avait le nez des Condé, l’aimable bouche des Bourbon ». Il ne lisait que La Quotidienne et La Gazette de France, feuilles des légitimistes ultras. Il reste digne malgré l’humiliation d’être oublié par les Tuileries et son peuple de courtisans. Un trait de son caractère : il éprouvait pour le notaire Chesnel l’affection « d’un maître pour son chien ». Ceux qui l'entourent sont de la même trempe. Ils bénéficient d’un intérêt condescendant. Les hôtes du marquis sont par contre décrits comme des personnages caricaturaux, inquiétants ou grotesques, « étranges comme des créatures d’un autre monde. »

Mutations
Cette maison, immobile et idéaliste, vouée à la mort sociale, sera vaincue, dans ce monde en perpétuelle transformation, par la volonté de du Croisier, un homme sans scrupule qui a compris les nouvelles règles du jeu du monde moderne. La noblesse ultra ne voulut jamais négocier avec ceux qu’ils appelaient « les révoltés ». Ainsi ils refusèrent de « s’associer à la révolution des mœurs que voulut opérer Louis XVIII ». Leur chef de file, le vieux marquis, défendait de vieilles idées.
Du Croisier, qui avait épousé Rose Cormon, se trouva à la tête de la plus grande fortune de la ville (Alençon.) Il eut dès lors les moyens de combattre le clan d’Esgrignon. Lutte avec toutes les armes, dont la calomnie, s’attaquant aussi bien aux idées qu’aux personnes – ce qui est courant en province affirme l’historien des mœurs qu’est le narrateur. Pour Balzac, cette guerre accéléra le divorce entre la haute et la petite aristocratie et fit beaucoup de mal au pays : « en France ce qu’il y a de plus national est la vanité. A Paris les hommes sont des systèmes, en province les systèmes deviennent des hommes. »
Dans Alençon, la guerre se fit par salons interposés : celui des d’Esgrignon et celui de du Croisier.

Les deux salons
En 1822, du Croisier était à la tête de l’Industrie, le marquis était à la tête de la noblesse. On rencontrait chez du Croisier, la magistrature, la finance et l’administration du département. Son salon était plus jeune, plus remuant, plus nombreux que celui des d’Esgrignon.
Les d’Esgrignon, moins riches que la bourgeoisie, comptaient sur l’éducation de Victurnien pour redorer leur blason : ils espéraient pour lui une place auprès du roi, un mariage avantageux avec une fille d’une grande famille. Mais il leur manquait et l’argent et la continuité historique. Leur famille était oubliée : seul Chesnel en avait conscience. Il essayait d’expliquer les nouveautés à son ancien maître qui dédaignait « ces torrents de faits. »

Victurnien d’Esgrignon
Victurnien, idolâtré par tous, était un enfant gâté. « Le seconde vue d’une mère ne s’acquiert pas », Mlle d’Esgrignon ne pouvait qu’échouer dans l’éducation de son neveu. « Une mère ne se remplace pas » dit Balzac. Le dogme de sa suprématie inculqué à Victurnien ne pouvait que le desservir. Il se voyait l’égal uniquement des seigneurs, le reste ne comptait pas, ceux qui n’avaient pas de nom, « les héros de la société secondaire. ».
Le comte était beau, avec des « yeux bleus, un nez recourbé, une chevelure blonde » et emminement gracieux. Ses doigts effilés et ses attaches distinguées indiquaient « la race chez les hommes comme chez les chevaux. »
Son enfance dorée n’avait jamais rencontré d’opposition à ses désirs.
Le chevalier, cet homme du XVIIIème siècle, aida à cette mauvaise éducation. Quand à 18 ans Victurnien sortit dans le monde, il vit une différence entre ce qu’il savait et ce qu’il voyait. Mais sa réflexion n’alla pas plus loin. Sa morgue lui mit toute la ville sur le dos : il séduisit et abandonna un certain nombre de très jeunes filles, qu’il obtenait en leur promettant le mariage. Sans Chesnel, il se serait trouvé au tribunal, poursuivi pour « détournement de mineures. » Méprisant les lois nouvelles, il n’obéissait qu’au « code noble. » Il en était arrivé à la « faiblesse des voluptueux » en assouplissant son orgueil. Funeste doctrine car « la police correctionnelle existait pour tout le monde ». « Il joue, il chasse, il a de petites aventures » se réjouit le père.
La garde robe et les parfums de Victurnien provenaient de Paris, il se pavanait dans la ville en tilbury, une rose à la boutonnière. Victurnien « pensait bien et se conduisait mal ».
De 18 à 21 ans, Victurnien coûta 80000 francs au vieux Chesnel qui le couvrait en payant ses fautes à l’insu du marquis.
Ce comportement fut exploité par le parti de du Croisier.

Victurnien à Paris
En octobre 1822 le marquis décide d’envoyer son fils à Paris, à la cour du roi : « les princes ne viennent plus à nous, il faut aller à eux ».
Mais comment l’équiper, où trouver l’argent ?
Le notaire, encore une fois, propose son aide : il a mis de côté 100000 francs.
Chesnel remet au jeune homme une lettre de recommandation pour un de ses vieux amis notaire à Paris où, pense-t-on, il sera reçu à la cour comme un seigneur.
Victurnien, devenu « le plus horrible des êtres sociaux », se comporte à Paris en écoutant « la religion aristocratique du moi », attentif seulement à son plaisir, habitué qu’il était à ce que d’autres réparent ses sottises. « Le train de la vie de son époque » lui était complètement étranger. Balzac rappelle « qu’il voyait juste et bien mais il agissait vite et mal. »
A Paris il s’aperçoit qu’il est peu de chose dans cette « encyclopédie babylonienne. » Plusieurs siècles séparaient le Cabinet des antiques et les Tuileries. Pour se mettre « à la hauteur de son époque » Victurnien doit emprunter « le sentier périlleux et coûteux du dandysme » c’est à dire avoir un bel équipage, du linge fin et tout le luxe moderne.
Il tomba au milieu des roués parisiens, les mêmes que ceux énumérés comme par exemple dans Illusions perdues ou Le Père Goriot, et s’élança dans le monde du plaisir, puisant sans compter dans la somme apportée de sa province.
Présenté aux femmes qui comptent, « le sérail », dont la duchesse de Maufrigneuse, qui s’était entichée de lui, le lui montra de discrète façon : « ce fut un regard discret, d’œil à œil » mais qui par sa lascivité avait « l’air de promettre mille voluptés ».
Bien qu’elle fût « une femme trop chère », Victurnien dans « son innocence départementale » succombe à son charme et s’amourache passionnément d’elle.
Mme de Maufrigneuse est à l'origine des dissipations morales et financières du jeune comte. La très coquette Diane, au charme vaporeux, comédienne accomplie qui se donne des apparences angéliques : «elle avait inventé de se faire immaculée » entraîne Victurnien dans une relation amoureuse ruineuse. Pour plaire toujours à Diane, falsifie une lettre de change et se met ainsi sous la coupe de l’ennemi juré de sa famille, le patient du Croisier.

Diane de Maufrigneuse
Née en 1797, mariée en 1814, elle a 26 ans quand elle rencontre Victurnien, et 36 quand elle se met avec Daniel d’Arthez dans Les Secrets de la princesse de Cadignan.
Dans la ville des d’Esgrignon, elle est amenée, pour tenter de réparer les indélicatesses de son amant, à se déguiser en page : cela nous ramène à un épisode de la vie de Balzac, lorsqu’il s’était rendu en Italie accompagné par Caroline Marbouty travestie en garçon. Avec l’appui de Mme du Croisier, le clan d’Esgrignon réussit à sortir Victurnien des griffes des Libéraux – et donc de la vengeance longtemps mûrie de du Croisier.

Inconséquences d'une jeunesse sans projets
Les inconséquences du jeune Victurnien, le fils choyé, auraient dues être jugées par un tribunal. Mais une autre justice, celle du roi, épargnera les débris de cette grande maison. La cour refusera que l'un des siens passe aux Assises, par solidarité avec « cette haute aristocratie consacrée par le temps. »
Balzac est favorable à ce type de comportement élitaire, même si en témoin de son époque, il comprend que les temps nouveaux ne respecteront plus ces valeurs jugées dépassées.
La maison d'Esgrignon ne recouvrera jamais son ancien lustre: telle est la loi de l’Histoire. Mais elle demeurera sans tache. La sympathie de Balzac pour quelques uns des personnages du Cabinet des Antiques sauvera le roman d’un pessimisme trop amer.
Après les trente premières pages, l’auteur abandonne la maison d'Esgrignon pour attirer l'attention du lecteur sur les aventures du comte Victurnien.
Victurnien est le double de Lucien de Rubempré et l'opposé exact de Rastignac, « jeune homme de province, mais adroit, hardi, qui réussit là où le premier succombe ». Victurnien et Lucien sont victimes d’un même caractère faible qui les conduit sur la pente de la facilité.
Si Victurnien a d'excellentes qualités elles ont été gâtées par une éducation trop indulgente. Il se laissera séduire par la vie brillante de Paris qui le conduira à commettre un faux en écriture. Au bord du suicide le jeune homme sera aidé et sauvé. Il épousera une riche héritière de la bourgeoisie et vivra dans le confort sécurisant du mariage. A propos de ce scandale, il semble que Balzac se soit inspiré d’un fait réel. A la mort de son père, Victurnien devient marquis et retrouvera la joyeuse et insouciante vie de ses débuts parisiens.

L’art de Balzac
Comme le peintre, le romancier invente avec du vrai en utilisant des éléments épars, qu’il prend où bon lui semble et qu’il arrange pour dessiner un personnage ou un décor.
Le décor, justement, ici est inventé, en dehors de la maison Camusot et de l’hôtel d'Esgrignon, qui semble bien appartenir à la ville d'Alençon.
Pour Alençon même, Balzac a dû transposer des éléments de certaines villes qu’il connaissait bien (Bayeux, Fougères).
Balzac se veut le romancier de la province, non d'une province. Il a essayé de dégager des lois valables pour un certain type de société que l’on retrouve partout. Les vieux nobles du Cabinet des Antiques ne seraient pas dépaysés à Angoulême, ni à Bayeux ni à Sancerre, chez Dinah de la Baudraye.
Les histoires de rivalités en province sont fortes, tenaces, cruelles: « on ne hait que ce que l'on connaît. » Balzac en parle en connaissance de cause grâce aux informations que lui fournissaient les nombreux amis qu’il avait un peu partout en France.
D’un roman à un autre Balzac a recommencé la description des luttes où s’affrontent la vieille aristocratie et la bourgeoisie montante, les royalistes et les libéraux. Le schéma de ces luttes est toujours le même, car il correspond à une réalité historique.

Les alliances de classe en Province

Du Croisier a l'intelligence de s’appuyer sur l'Eglise en évitant de se dire « homme de la Gauche pur. » Il adopte l'attitude des royalistes constitutionnels et ménage les autorités officielles.

Dans Le Cabinet des Antiques, Balzac nous décrit un tribunal et les magistrats qui y sont affectés. Il en dénombre deux sortes : les anciens, les «sages », attachés à leur devoir et les impatients, ceux qui veulent arriver par tous les moyens.
Cette partie du roman a été ajoutée dans le volume proposé en libraire. Elle constitue peut être la partie la plus intéressante du Cabinet des Antiques. Elle décrit l’attitude de certains magistrats face à l’avancement dans leur plan de carrière, attitude qui n'exclut pas parfois un certain servilisme devant les puissants.

Balzac - Le cabinet des antiques (Illustrations)
Balzac - Le cabinet des antiques (Illustrations)
Balzac - Le cabinet des antiques (Illustrations)
Balzac - Le cabinet des antiques (Illustrations)

Balzac - Le cabinet des antiques (Illustrations)

Commenter cet article

vaciart 03/07/2016 00:42

Felicidades por su blog. Nosotros estamos en Barcelona. Les seguimos en redes sociales. Saludos. http://www.vaciart.com

med médiène 03/07/2016 11:20

Merci énormément. J'espère vous compter bientôt parmi les abonnés à ce blog.
Amitiés.