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Publié par Med Médiène

Le mariage dans la première moitié du 19ème siècle

L’éducation des jeunes filles.
L’Etat s’occupe des garçons et se désintéresse des filles. Il faut attendre la seconde moitié du siècle pour que les autorités commencent à s’intéresser à l’éducation féminine.
Pour les filles l’éducation est donc le plus souvent laissée à l’initiative privée, alors que pour les garçons l’Etat subventionne les établissements scolaires. Dans les lycées on apprend le grec, le latin, la littérature, la philosophie et l’histoire. Dans les milieux bourgeois, on réclame un enseignement plus moderne axé sur les langues vivantes et les sciences.
Pour les filles, dans la mesure où l’enseignement est payant, ce sont celles issues des classes aisées qui sont concernées. On note une différence entre la petite bourgeoisie et l’aristocratie, plus élégante, qui a droit à des cours d’italien, de musique et de dessin. Mais dans les deux cas, l’éducation féminine est moins solide intellectuellement que celle des garçons. On ne tient compte, pour les filles, que de leur futur rôle social, celui de mère et d’épouse.

La formation des jeunes filles au temps de Balzac
On insiste sur l’éducation morale qui aide à la formation du caractère.
La place de la religion est plus importante que chez les garçon. Mme de Campan, que Napoléon avait chargée de « faire des mères à la France », considère que « la religion est indispensable à l’éducation des filles. »
« Le mari le plus incrédule trouve fort bon que sa femme ne le soit pas. » La religion doit garantir la vertu des femmes et procurer à la jeune fille douceur et docilité.
Elle exige des Demoiselles d’Ecouen dont elle a la charge :
- De la dignité sans hauteur
- De la politesse sans fadeur
- De la confiance sans hardiesse
- Du maintien sans raideur
- Des grâces sans affectation
- De la gaieté sans bruyants éclats
- De l’instruction sans pédanterie
- Des talents sans prétention
- De l’envie de plaire sans coquetterie
- De la réserve sans pruderie.
Mme Guizot, une autre « éducatrice », affirme : « Un homme a toujours besoin que celle qu’il a choisi s’accommode à lui plus qu’il ne pourra s’accommoder à elle. »
Avant de se marier la jeune fille doit être vierge dans le sens le plus large du mot : vierge de corps, de cœur et d’esprit. Sa pureté doit être préservée. Elle doit tout ignorer de la réalité de la vie, des passions et des intérêts.
Les filles sont donc très surveillées. On soumet leurs lectures à la censure : les journaux et la plupart des livres sont proscrits. A table ou pendant les veillées on baisse la voix pour parler de certaines choses. On tient à l’œil les domestiques, les amis de la famille. Une jeune fille ne peut jamais sortir seule. Elle est toujours d’une pudeur extrême.
Si on tient tant à l’innocence des jeunes filles c’est qu’on pense par là faciliter leurs débuts dans la vie conjugale. C’était au mari de former sa femme, de l’initier aux réalités de l’amour et de la vie à deux. Ne sachant rien de l’homme, à part ce que lui chuchotait sa mère la veille de son mariage, la jeune fille redoutait sa nuit de noce qui se révélait souvent comme une expérience aussi terrifiante qu’humiliante.

L’éducation intellectuelle
Dans la première moitié du 19ème, l’éducation des jeunes filles se faisait ou dans un pensionnat ou dans un couvent ou bien dans la famille.
Les écrivains critiquent souvent les pensionnats et les couvents. L’éducation qui y est dispensée est souvent, dit-on, fausse, incomplète et frivole. On s’y occupe trop d’art d’agrément, de pratiques religieuses, de « babils et de commérages » (Mme Guizot) et trop peu de choses sérieuses. De cette façon, les jeunes filles à l’âge du mariage sont nettement inférieures, intellectuellement parlant, aux jeunes gens de leur âge.
Selon les manuels d’éducation de cette époque – ceux de Mme Campan, de Mme Necker de Saussure ou de Mme Guizot – l’éducation domestique est préférée à toute autre.
Au temps de Balzac, le bagage intellectuel de la jeune fille est, somme toute, assez léger. Elle sait un peu de grammaire, d’orthographe, très peu de calcul, beaucoup de géographie, un peu d’histoire et beaucoup d’histoire sainte, un peu de littérature et quelque fois de l’italien ou de l’anglais. Cette éducation rappelons-le ne concernait que l’aristocratie et la grande bourgeoisie.
Cette éducation relativement restreinte, les jeunes filles l’acquéraient dans des livres spécialement écrits pour elles et ne comportaient rien de ce qui pouvait porter atteinte à leur pureté.
Mme Necker de Saussure critique cette éducation parce qu’elle est très inférieure à celle des garçons. « La valeur et l’importance des idées qu’on met dans la tête des hommes et des femmes durant l’intervalle de 12 à 18 ans (…) ne sauraient soutenir un instant de comparaisons. » Ensuite, dit-elle, on pousse trop loin le souci de la pureté des jeunes filles, car afin de ne pas trop éveiller leur imagination, l’éducation qu’on leur donne s’adresse presque uniquement à la mémoire, ce qui n’inspire guère le goût de l’étude. « L’éducation n’a jamais songé à former un esprit éclairé, une créature intelligente : on a cherché qu’à procurer à la jeune fille un assortiment complet de toutes petites connaissances. Il s’agissait d’amener son instruction à un certain niveau convenu, où tout était fixé par l’usage. »
Une autre éducatrice écrit : « L’instruction donnée aux filles est superficielle et mal dirigée. Elle affleure tout sans rien approfondir ; elle surcharge la mémoire de mots et laisse l’esprit dans l’ignorance des choses. Elle est destinée à faire briller la femme et non à l’occuper sérieusement. »
L’autre reproche fait à cette éducation est qu’elle est vieillie, qu’elle n’est pas en concordance avec les mouvements d’idées de l’époque. Elle néglige les sciences et la philosophie et laisse les jeunes filles dans une ignorance complète du fonctionnement de l’état et tout ce qui concerne les lois du pays.
Pourquoi donnait-on aux jeunes filles une éducation tellement plus restreinte que celle des garçons ?
Le temps manquait : tout devait être terminé vers 16-17 ans. « L’obstacle le plus évident au développement intellectuel des femmes, c’est le court espace de temps consacré à leur éducation. Tant qu’une fille sera censée prête à marier à 17 ou 18 ans, une instruction fondée en principe est presque impossible. »
Ensuite d’autres travaux attendaient la jeune fille : les travaux d’aiguille et les devoirs sociaux. La danse, la musique, le dessin, c’est à dire ce qu’on appelait les arts d’agrément, tenaient aussi beaucoup de place dans la vie de la jeune fille. Ces arts d’agrément peuvent pourtant être le prétexte à rencontre car ils sont partagés aussi bien par les femmes que les hommes.
Une autre cause de l’éducation limitée des femmes c’est qu’une femme ne pouvait être « savante ». Elle ne devait pas se faire remarquer ni par de grandes connaissances ni par de grands talents. (cf. Delphine Gray : « avec un talent comme le sien il valait mieux se déclarer courtisane. On est plus libre et on embarrasse moins. »
On demande donc une grande réserve aux femmes dans la société pudibonde de 19ème siècle. « Une femme n’a pas à se soutenir au dessus de la place que lui ont assignée ses facultés », Mme Guizot.
Mais ce que l’on craignait le plus au temps de Balzac, c’est que l’instruction empêche la femme d’accepter son sort et de se soumettre pleinement à son mari. « A quoi servirait une grande intelligence au maintien de la place si étroite et si nécessaire réservée à la femme ? » se demande le père Dupanloup.
On peut dire que le manque d’éducation limitait les possibilités de contact sur le plan intellectuel entre les deux époux, et par là, facilitait et simplifiait la vie au sein du couple. Par manque de connaissance, la femme acceptait plus facilement l’opinion du mari. Mais dans ce couple où la discussion était impossible, deux mondes vivaient séparés et ne se touchait qu’occasionnellement.

L’éducation pratique
Si les femmes étaient donc peu formées pour devenir les compagnes intellectuelles de leur mari, elles étaient aussi, surtout dans les classes les plus élevées, mal préparées à tenir leur rôle de maîtresses de maison et de mères de famille. On donnait, par exemple, aux jeunes filles de bonne familles que des connaissances superficielles en matière d’économie domestique. Ce que déplore Mme Campan. Pour elle, les leçons d’économie sont trop vagues. Une jeune fille doit apprendre de sa mère la part immense que les femmes peuvent avoir dans la conservation ou de l’anéantissement de la fortune de leurs familles, et qu’elle sache d’elle que le partage fait entre le mari et la femme donne à l’un le soin d’acquérir, à l’autre le soin de conserver.
La plupart du temps, la femme ne connaissait pas la situation financière de son mari. Elle ne connaissait pas non plus les lois qui réglaient sa situation et elle ignorait même le plus souvent l’état de sa propre fortune.
Mme Rémusat écrit « Presque toutes les femmes du monde ignorent absolument les affaires, elles ne s’en font aucun souci, et cependant, comme veuves, comme mères de famille, ce genre d’instruction leur serait souvent nécessaire… La femme ne sait guère jamais quelle dot elle apporte… Je voudrais que des conversations avec des notaires entrassent dans l’éducation des filles ; on leur donne assurément des maîtres moins utiles que celui-là. »
Conséquences évidentes de cet état de choses : les femmes s’exposent à être trompées par leur mari ou par des hommes d’affaires sans scrupules. Elles étaient incapables d’aider leur mari à résoudre des problèmes économiques qui pouvaient se poser dans leurs familles. Au contraire, elles pouvaient les aggraver par leur ignorance et leur insouciance. Elles étaient, en outre, tout à fait incapables de faire face aux difficultés qui pouvaient se présenter, car elles vivaient protégées des aléas de la vie, elles n’étaient normalement jamais obligées de se débrouiller seules ou de travailler.
Mme Guizot résume admirablement la protection continuelle à l’abri de laquelle vivait la femme de bonne famille. « Partout notre faiblesse trouvera des secours, notre timidité des égards – les chemins nous seront généralement aplanis, et hors de la classe qui gagne sa subsistance par le travail de ses mains et à la sueur de son front, ou des temps de bouleversement qui confondent toutes les classes, peu de femmes auront eu, une fois en leur vie, à lutter contre les difficultés matérielles du monde extérieur. »

La conclusion du mariage.
Au 19ème siècle, le rôle social de la femme est donc bien défini. Sa place est au sein de la famille, elle doit être épouse et mère, rien d’autre. Une femme devait se marier, car sans mariage, pas d’identité sociale.
A cette époque, une femme restait rarement fille de son plein gré, car la situation de célibataire engendrait des difficultés de toutes sortes :
- des difficultés financières, car c’était le manque de dot qui empêchait la fille de se marier et de plus, pour une femme, il était très difficile de gagner sa vie.
- Ensuite le célibat de la femme présentait quelque chose de ridicule et de honteux à l’image de « la vieille fille » en proie à de grandes souffrances morales. « Le mot de vieille fille fait frémir les pères » explique Mme Romieu.
Il était donc important pour une jeune fille de « trouver à se marier. »
Comment cela se passait-il ?
Dans La Physiologie du mariage Balzac écrit : « Le mariage unit, pour toute la vie, deux êtres qui ne se connaissent pas. » Cette phrase, précise-t-il, est la stricte vérité. En effet le mariage est indissoluble. Le divorce, permis par le code civil de 1804, est aboli par la loi du 8 mai 1816 pour n’être rétabli qu’en 1886, par la loi Naquet.
Il était bien rare pour deux époux de se bien connaître au moment de s’unir. Car pour les contemporains de Balzac, ce n’était pas tant l’union de deux individus, mais plutôt l’association entre deux familles. Il s’ensuit que les considérations matérielles sont plus importantes que les sentiments respectifs des futurs époux. D’où, dans les contrats, discussions et marchandages. Dès que tout était arrangé on permettait alors au jeune homme de faire sa cour. Tout, alors, allait très vite. Les deux jeunes gens n’avaient que le temps des fiançailles pour se connaître avant de s’unir pour toujours et ces fiançailles étaient courtes.
Le jour de ses noces, la jeune fille promettait donc amour et obéissance à un « étranger », sensiblement plus âgé qu’elle (17/20 ans pour les filles, la trentaine pour les garçons).
Du fait des mœurs de l’époque, une grande distance séparait l’épouse de l’époux au début de leur union. Les lois qui régissaient le mariage ne faisaient rien pour diminuer cette distance.

La position légale des époux
En se mariant la femme du 19ème siècle s’affranchissait de la tutelle paternelle et d’une partie importante des règles qui avaient gouverné sa vie de jeune fille.
Désormais elle peut sortir seule, porter des toilettes élégantes et prendre la parole dans le monde.
Pourtant le code civil de 1804 (code Napoléon) reprenait les points essentiels de la loi matrimoniale en vigueur sous l’Ancien Régime, apportant de sérieuses restrictions à la liberté de la femme mariée.
A la fin de l’Ancien Régime, le mariage était indissoluble, la femme mariée vivait sous l’autorité du mari, elle lui devait obéissance et la loi l’obligeait à habiter avec lui. La femme devait fidélité à son mari et celui-ci pouvait l’enfermer dans un cloître si elle lui était infidèle.
La femme mariée était frappée d’incapacité, elle était traitée comme mineure et le mari disposait des biens de la communauté. On le voit, les lois étaient draconiennes. Il ne faut cependant pas exagérer la dureté de cette situation. On a écrit que les mœurs adoucissaient sensiblement la rigueur des lois. La femme échappe au despotisme marital, du moins dans la noblesse et la bourgeoisie : peu à peu les mœurs accordent ce que refusent les lois. »
Sous la Révolution des voix s’élèvent en faveur des droits des femmes. On a même réclamé le droit de vote et l’éligibilité. Cette protestation porte ses fruits : l’incapacité de la femme est abolie, on permet le divorce, l’article sur l’obéissance de la femme disparaît et le gestion des biens communautaires est ôtée au mari. Désormais, les deux époux sont responsables.
La Révolution améliore donc la condition de la femme. Mais dès le commencement du Consulat, la jeune et relative liberté de la femme est compromise. On revient à peu de chose près aux lois de l’Ancien Régime.
Les principes du Code Napoléon : affirmer les bases de la famille ébranlée par les révolutionnaires. Ses influences sont dans la tradition légale, très misogyne. Et dans Jean Jacques Rousseau qui pense que la femme doit être « douce, dévouée, obéissante. » Qu’elle doit apprendre très tôt à souffrir et à supporter les torts d’un mari sans se plaindre.
Napoléon : « Les femmes sont trop libres. » « Ce qui n’est pas français, c’est de donner de l’autorité aux femmes. Elles en ont trop. Il y a plus de femmes qui outragent leur mari que de mari qui outragent leur femme. » Le mari doit pouvoir dire à sa femme : « Madame, vous m’appartenez corps et âme. »
Le principe de la suprématie du mari est à la base de tous les articles du Code Napoléon qui concernent le mariage. Voyons de plus près.
L’article 213 parle du pouvoir du mari sur la personne de sa femme. « Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari. »
L’article 214 parle d’un chef unique. « La femme est obligée d’habiter avec le mari et de le suivre partout où il décide de résider. »
L’article 215. « La femme ne peut ester en jugement sans l’autorisation de son mari. »
A propos du pouvoir du mari sur les biens de sa femme, le Code Napoléon prévoyait trois régimes matrimoniaux : la communauté de bien, le régime dotal et la séparation de biens.
90% des mariages étaient contractés sous le régime de la communauté de bien, ce qui donnait au mari tous les pouvoirs sur les ressources de sa famille. « Le mari administre seul les biens de la communauté. Il peut les vendre, les aliéner, les hypothéquer sans le concours de la femme. » La femme n’a donc aucun contrôle sur les biens de la famille. Elle devait demander à son mari l’argent pour ses dépenses personnelles. Une femme « commune » n’avait pas de ressources à elles, s’il n’y avait pas d’autres stipulations dans le contrat de mariage.
La femme mariée sous le régime dotal avait un peu plus de sécurité que la femme « commune ». Le mari administrait les biens mais il ne pouvait pas vendre les propriétés immobilières sans l’accord de sa femme.
Sous le régime de séparation des biens, la femme était plus libre mais ne pouvait vendre sans l’autorisation du mari.
Le pouvoir du mari sur les enfants nés du mariage. « L’enfant, à tout âge, doit honneur et respect à son père et à sa mère. Il reste sous leur autorité jusqu’à sa majorité ou son émancipation. » « Le père seul exerce cette autorité durant le mariage. » En cas de désaccord, c’est l’avis du père qui prime toujours.
L’autorité parentale est un moyen de chantage sur la mère qui voudrait quitter la maison conjugale.
La loi jugeait différemment l’adultère selon qu’il était pratiqué par le mari ou par l’épouse. Le code pénal faisait une différence énorme entre l’infidélité du mari et celle de la femme. La loi était très sévère pour la femme adultère. « La femme convaincue d’adultère subira la peine de l’emprisonnement pendant trois mois et deux ans au plus. »
Le mari peut arrêter la condamnation s’il consent à reprendre sa femme.
Selon le Code, l’adultère de la femme ne pouvait être dénoncé que par le mari.
Le mari infidèle était traité avec plus d’indulgence. « Le mari qui entretient une concubine dans la maison conjugale sera puni de 100 francs à 2000 francs d’amende. »
Un mari qui « trompe en ville » n’est pas coupable selon la loi. Un mari pouvait demander une séparation de corps si sa femme se révélait infidèle. La femme, non.
« Le meurtre commis par l’époux sur la femme et son complice, dès lors qu’il sont surpris dans la maison conjugale est excusable.
Le code pénal considère donc l’infidélité de la femme comme beaucoup plus grave que celle du mari. La raison tient dans le fait que la femme peut introduire un enfant adultérin dans la famille.
Le bâtard. Se rappeler le demi frère de Balzac que sa mère a eu avec son amant, M. de Morgone.

Balzac - Le mariage
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