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Publié par Med Médiène

Gambara, "Quel opéra qu’une cervelle d’homme !" - Balzac

Gambara, "Quel opéra qu’une cervelle d’homme !" - Balzac

Balzac a l’intuition de la musique. Il éprouve, entre 1833 et 1838, un grand enthousiasme pour cet art. « La langue musicale est infinie, elle contient tout, elle peut tout exprimer. » Mais la voix, pour lui, est le plus bel instrument musical.
Pour mieux aimer la musique, il veut la mieux connaître. Comme à son habitude, il se documente, se renseigne, écoute, consulte Eve Hanska.
Balzac est un rossinien fervent. L’Italie gouverne l’Europe musicale. Mais une nouvelle idole s’affirme. « Beethoven, le seul homme qui me fasse comprendre la jalousie. J’aurais voulu être Beethoven. Plutôt que Rossini ou Mozart. » écrit-il à Mme Hanska.
Dans Gambara, il fait le procès de l’italianisme. Dans Massimila Doni, son apologie.
Balzac explique la musique allemande et la musique italienne l’une par l’autre.
Balzac avait pour ami Rossini, Litz, Berlioz, Auber.
Dans les deux nouvelles consacrées à la musique, Gambara et Massimila Doni, les protagonistes parlent beaucoup. Dans Gambara, Balzac aborde l’un de ses grands thèmes : « la faillite du génie. » Gambara ou La Voix humaine est annoncé pour le premier janvier 1837. Balzac est en Italie. Un incendie détruit une partie du manuscrit. Balzac confie à son secrétaire le soin de composer ce qui a été détruit. A son retour, l’auteur n’est pas satisfait du travail fait. Il rédige « un autre Gambara. » Il écrit à Mme Hanska : « Massimila Doni et Gambara sont l’apparition de la musique sous la double forme de l’exécution et de la composition soumise à la même épreuve que la pensée dans Louis Lambert. »
Balzac a perfectionné ses connaissances en « technologie musicale. » le 19 juillet 1837 il annonce : « Voici Gambara fini. » Le roman paraît en feuilleton de fin juillet à août 1837.
Trois discours structurent le texte.
- Le premier est explicatif et autobiographique.
- Le second est un commentaire de Mahomet, opéra imaginaire, qui met en place une mise en abyme :
Mahomet/Khadidja
Gambara/Marianna.
-Le troisième est une analyse de Robert le diable de Meyerbeer.
L’intrigue amoureuse est plus développée dans ce récit que dans Massimila Doni.
Pour Gambara, la musique tient aussi bien de l’art que de la science. C’est de la science inspirée qui demande des connaissances et des impulsions. Le son et la lumière procèdent de la même substance éthérée. Dans ce roman on pressent une ambition pré-wagnérienne de l’art total exploitant les ressources de l’harmonie et de la mélodie. D’où l’invention du panharmonicon, instrument qui a les propriétés « d’un orchestre entier. »
La création, chez Gambara, est « une informe création. » Comme si la science et l’art se concurrençaient, aboutissant à la destruction de l’œuvre. Comme Frenhofer dans Le Chef-d’œuvre inconnu, Gambara est victime de la disjonction entre l’excès de savoir et l’inspiration, entre théorie et pratique, « l’empire tyrannique de la pensée quand les cerveaux s’éprennent d’elle. » Dans cet univers de l’abstraction, il subit le divorce entre jugement et
inspiration qui ne se résout temporairement que dans l’ivresse.
Fasciné par la poésie des Idées, Gambara s’est séparé de l’univers du désir et de l’affectivité. Sous l’emprise de la musique céleste, il s’impose à lui-même et à Marianna, son épouse, une chasteté quasi angélique. Sa musique se détourne de la terre et tend vers une forme de désincarnation. Plus que Frenhofer, Gambara verse vers l’Idéal. Gambara voit autant les mélodies qu’il les entend : la musique suscite chez lui des images.
Gambara célèbre le Dom Juan de Mozart, la 5ème Symphonie de Beethoven et l’opéra de Meyerbeer. Pour lui l’opéra synthétise la relation qui existe entre la musique, la poésie et la peinture. Pourtant la musique dispose d’un privilège particulier. Elle a seule « le pouvoir de nous faire rentrer en nous même. » Balzac disait lui-même que « la musique creuse le ciel. »
La musique ouvre sur le rêve et les retraites du Spirituel.
Pourtant, à la fin du récit, Gambara reconnaît son échec qu’il impute à l’imperfection humaine.

Massimila Doni a été plus long à écrire. La longue analyse de Mosé a exigé « de longues études sur la partition. » Balzac se fait même jouer la pièce par un bon musicien allemand.
Pendant son séjour italien (Milan, Venise, Gènes…), Balzac fait provision d’images. L’Italie est occupée par l’Autriche. Balzac est reçu dans les salons milanais où règne une grande une liberté de mœurs. On y cultive le goût du spectacle : on se rend à l’opéra où les affaires de cœur sont étalées au grand jour.
Une histoire d’amour commence le récit, un cas de pathologie amoureuse ; « un homme qui couche avec des filles et se trouve impuissant avec la femme qu’il aime – l’âme absorbant tout à elle et tuant le corps (triomphe de la pensée).
Balzac fait une image idéalisée de Clara Mafféi (une jeune femme rencontrée en Italie) dans le personnage de Massimila Doni. Le désir y est une torture (Emilio devant Massimila). Dénouement brutalement bourgeois du roman.
La folie de Gambara et l’impuissance d’Emilio seraient-elles les deux faces d’une même réalité ?
Genovese, le chanteur, « qui brame comme un cerf » quand il est devant la femme qu’il aime et qui chante admirablement en son absence (cf Gambara sous l’effet de l’ivresse due au vin).
Balzac préfère parler de Massimila et d’Emilio plutôt que de Genovese.
Thème du fiasco au théâtre et en amour.
Le roman exploite aussi le thème da la passion et de la mort dans Venise, ville tombeau et ville miroir.
Passion immobile : « Quel opéra qu’une cervelle d’homme ! »

Balzac et la musique
Balzac et la musique
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