Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Compteur

  

Publié par Mohamed Médiène

Matisse et son modèle

Matisse et son modèle

Matisse a fréquenté, comme élève, l’atelier de Gustave Moreau. Le Maître a très tôt détecté le talent naissant de l’adolescent. « Vous allez simplifier la peinture » prédisait-il au jeune peintre. Matisse écrit au moment où il s’installe à Nice : « Partie d’une certaine exubérance, ma peinture avait évolué vers la décantation et la simplicité… une volonté d’abstraction de couleurs et de formes riches, chaudes et généreuses où l’arabesque voulait assurer sa suprématie. »
« La révélation m’est donc venue de l’Orient » constate Matisse jetant un regard rétrospectif sur sa carrière, en 1947.
De tous les Orients, le proche, le moyen et l’extrême :
- japonisme,
- exposition des arts islamiques de Paris (en 1903, elle est limitée aux collections nationales),
- et celle internationale de Munich en 1910 (plus de 3500 objets) où il voit des tapis, notamment afghans, et leurs motifs, où il fait allégeance à l’esthétique des miniatures persanes et où il est saisi par l’aspect décoratif de la peinture musulmane,
- de la Russie et de sa découverte des icônes byzantins et russes.
Matisse ira ensuite voir l’Alhambra (“une merveille” écrit-il), les céramiques et les arabesques de l’architecture andalouses.

Plus les deux séjours au Maroc en 1912 et 1913, préparés par son voyage en Algérie du 10 au 26 mai 1906 qui le mène jusqu’à Biskra. Voyage bref : deux semaines, dont une de route. Il en rapportera des tapis et des céramiques ainsi que des idées de tableaux.
Les séjours marocains de Matisse rappellent celui de Delacroix par la vibration prolongée du souvenir. Et aussi par ce qu’il y voit et qu’il reconnaît : “J’ai trouvé les paysages au Maroc exactement tels qu’ils sont décrits dans les tableaux de Delacroix”.
A 43 ans, fuyant Paris, il débarque à Tanger le 29 janvier 1912 à la suite de son élève Marquet. Il occupe la chambre 35 à l’hôtel “ Villa de France ”. La pluie lui fait passer de “fichus quarts d’heure”. Il regarde la ville et la mer de sa fenêtre. Il quitte Tanger le 14 Avril pour y revenir le 8 octobre. Il reste au Maroc jusqu’en février 1913. Six mois en tout. Notons qu’il fait de nombreuses références à Pierre Loti dont il a lu Au Maroc. Il lui semble vivre, dit-il, les mêmes sensations que l’écrivain. Matisse ne voyage pas, il se déplace. « Il est antipitorresque ». Il reste dans la même ville, il ne parcourt pas le pays. En dehors du trajet Tanger-Tétouan, en souvenir de Marquet qui avait parcouru le trajet à dos d’âne.
Il exécute nombre de dessins à la plume et des monochromes. Un croquis nous le montre en frac dessinant un marabout aux côtés de silhouettes voilées. « A Tanger, j’ai travaillé, toujours poursuivant le même but, c’est à dire, au fond, la recherche de moi-même à travers des motifs divers ». Il peint une vingtaine de toiles, dont La petite mulâtresse.
De l’Orient, Matisse retient plus l’esprit que la lettre, plus l’âme que la forme et il pratique ce qu’il aime entre tout : « faire deux choses à la fois », c'est-à-dire mêler abstraction et réalité, arabesque et ligne droite, légèreté et
puissance. En fait, Matisse s’attache plus à l’Orient qu’à l’orientalisme et ses Odalisques tiennent plus de la miniature persane (malgré le format) que de la peinture occidentale, même représentée par Delacroix. Domine dans sa peinture le rapport figure/fond.

Les volutes renvoient au corps, les tentures, ramages, fleurs, damiers, rayures ne sont pas une simple décoration, mais jouent le rôle, au même titre que la figure, d’éléments constitutifs essentiels de l’œuvre. A son retour du Maroc, son inspiration demeure fortement influencée par l’Orient. Comme Delacroix, Matisse complètement pris par son séjour marocain, travaillera désormais par tamisage et « décantation de la mémoire ».
Il se consacre à la série des Odalisques qu’il peint à Nice, d’après modèle, de 1917 à 1930. Mais on peut penser qu’il utilise aussi la photographie dans son travail.
Période « mal vue » parce qu’elle donne naissance à des « populations d’odalisques » qualifiées d’« indigestes ». Ce sont les années « indéfendables » de Matisse selon certains critiques. Par exemple, André Breton s’insurge contre ces « femmes affalées sur nos divans » en « des poses plus ou moins suggestives ». Pour le poète surréaliste, Matisse « ne risque plus sa vie, ne risque rien car il gagne à tous les coups ».
Pourtant ce thème des Odalisques – ces femmes lascives que l’Orient confine dans des harems - participe en France au regain d’intérêt pour l’orientalisme.
« Quant aux odalisques, commente le peintre, je les ai vues au Maroc, ce qui me permet de les peindre maintenant pour de vrai… ». Il permet en plus à Matisse de renouer avec la tradition des grands maîtres qui célèbrent le « luxe et la joie de vivre ». Et lui permet aussi de retourner aux couleurs fréquentables.

Il creuse ce thème des Odalisques dans deux directions : le corps de la femme et les tissus qui l’entourent. Il veut peindre « la beauté du monde. » Il dit : « mon rôle est de donner de l’apaisement parce que moi-même j’ai besoin d’apaisement.»

Ses modèles.
Alors que Picasso peignait ses femmes de mémoire, Matisse peint à partir de modèles. A Nice il en emploie essentiellement trois.
D’abord Lorette, d’origine italienne, avec ses cheveux noirs et ses yeux en amande qui « orientent? » Matisse. Elle pose, nue ou déshabillée, jusqu’à la fin de l’année 1917. Travail de ressouvenir, conscient ou non, autour du séjour et des motifs marocains. Une toile représente Lorette dans une ample gandoura verte, babouches jaunes, coiffée d’un turban, couverte d’un caftan brodé et boutonné, accompagnée de Aïcha, près d’un guéridon incrusté de nacre. Evidente tonalité marocaine.
Puis de 1919 à 1920 Antoinette Arnoux, souvent « déshabillée » à l’orientale. Ce modèle est souvent associé à un rituel de bain ou de toilette qui justifie sa semi nudité.
Enfin Henriette Darricarrière à partir de 1920 jusqu’en 1927. Matisse se servira également de modèles professionnels, de photographies, et de revues spécialisées, comme « l’humanité féminine ». Sa femme Amélie posera aussi pour lui.
Les trois modèles évoqués sont les « esclaves » du regard du peintre. Les toiles pour lesquelles elles ont posé sont des Odalisques, même si le mot n’y figure pas, (toiles, dessins, gravures), parce qu’elles relèvent de l’espace de la chambre où repose, attend, rêve une femme nue. Sans faux semblant mythologique. Et aussi parce qu’elles sont placées dans un décor (divan, tenture, brûle-parfum) très allusivement oriental.
Cette période le rapproche de Boucher (l’Odalisque brune, 1745; l’Odalisque blonde, 1752). Mais aussi de Manet, Courbet, Renoir, Cézanne « qui nous sauvent de l’abstraction desséchante » nous dit Matisse.
La chambre des odalisques « c’est le bariolage des couleurs qui tient l’ensemble et produit la lumière (la structure, le sens). « Une lumière sans air ». « Je fais des odalisques pour faire du nu », clame Matisse. Et il ajoute, faussement naïf, « Mais comment faire du nu sans qu’il soit factice ? Et puis, parce que je sais que ça existe. J’étais au Maroc. J’en ai vues.
Rembrandt avait fait des sujets bibliques avec de vraies turqueries de bazar et son émotion y était… ». Il entend peindre « la volupté sublimée », la présence contre la représentation.

Plus tard, en Polynésie, nous confie son petit fils, il apprend « ce qu’étaient une horizontale et une verticale en voyant les plages et les cocotiers ». Sur les traces de Gauguin, à Tahiti, il se rend compte que : « l’exotisme n’existe pas. »
Matisse associe le tissu et le corps nu des femmes. Faut-il rappeler ici les soieries de la Picardie de son enfance ?
En nostalgie de cette région du Nord de la France, avec ses pluies et ses brumes, on peut comprendre, avec sa petite fille Jacqueline, que Matisse lisait et appréciait Georges Simenon.
Matisse aimait les vêtements exotiques, et s’entourer de tissus chamarrés, de tentures et de tapis fleuris, de couvertures rayées et de coussins hauts en couleur. A Nice, dans les années 20 à 30 il en faisait le décor de ses odalisques. Plus tard, au temps des grandes gouaches découpées, les tapis et les paréos à dessins géométriques abondaient dans sa maison de Vence.
Matisse à Nice, après avoir vécu à l’hôtel Beauregard, s’offre une maison ouverte à tous les horizons. Comme celle Victor Hugo à Guernesey et son fameux look out, ce lieu qui permet de regarder au-delà, au dehors - loin. Il veut la paix. « La peinture est toujours un choix très difficile pour moi. Il y a toujours lutte. Est-ce naturel ? Oui mais pourquoi avoir tant de mal. C’est si doux quand ça vient tout seul."

Modèles Odalisques Nus

Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse - Portraits

Henri Matisse - Portraits

Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus
Henri Matisse : Modèles, Odalisques, Nus

Commenter cet article

Alicia 15/08/2009 18:33

Votre magnifique travail m'a beaucoup aidé à mieux saisir la grande exposition de Matisse que j'ai vue récemment au Musée Thyssen à Madrid. Merci