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Publié par Mohamed Médiène

Eugène Fromentin - La chasse au héron, 1865

Eugène Fromentin - La chasse au héron, 1865

Commercialement parlant, on ne veut de moi que de la peinture arabe. E. F.

« La vitesse a supprimé jusqu’aux aventures ; tout est plus simple, plus direct, pas du tout fabuleux et beaucoup moins charmant. La science a détrôné la poésie ; l’homme a substitué sa propre force aux dieux jaloux, et nous voyageons orgueilleusement, mais assez tristement, dans la prose. » Une année…
« Baigné d’air chaud, pénétré de silence et sous l’empire de sensations extraordinairement douces et perfides, je disais à mon compagnon : « Pourquoi donc s’en ailleurs, si loin du soleil et du bien-être, si loin la paix, si loin du beau, si loin de la sagesse.» Mon compagnon, qui n’était pas un philosophe, mais simplement un homme actif, me répondit : « retournez vite aux pays froids, car vous avez besoin d’être aiguillonné par le vent du nord. Vous y trouverez moins de soleil, moins de bien-être, beaucoup moins de pais surtout ; mais vous y verrez des hommes, et, sage ou non, vous y vivrez, ce qui est la loi. L’Orient, c’est un lit de repos trop commode, où l’on s’étend, où l’on est bien, où l’on ne s’ennuie jamais, parce que l’on y sommeille, où l’on croit penser, où l’on dort ; beaucoup y semblent vivre qui n’existent plus depuis longtemps. Voyez les Arabes, voyez les Européens qui se font arabes, pour avoir un moyen lent, commode e détourné d’en finir avec la vie par un voluptueux suicide… » Une année…
Eugène Delacroix, après sa fabuleuse rencontre avec le Maroc, a détourné de l'Italie les peintres français qui vont désormais en Algérie.
Ainsi d'Eugène Fromentin qui s'y rend à trois reprises.
- Le premier voyage : Mars 1846, avec son ami Charles Labbé, peintre africaniste. Il visite Alger, Blida et Miliana.
- Le second voyage : 24 septembre 1847 jusqu'au 23 mai 1848.
- Le troisième voyage: du 22 septembre 1852 au 5 octobre 1853. Il se rend à Laghouat le 22 mai. Il en revient le 4 août.
C'est de ce voyage qu'il tire son récit Un été au Sahara qu'il publie en feuilleton dans La Revue de Paris en 1854. A partir de 1858 il donne à La Revue des deux mondes son récit Une année dans le Sahara.
« Ne faites pas trop grand, pas compliqué, rien qui soit trop difficile : à quoi bon? - : mais de l’excellent ».
A 26 ans, Fromentin se rend en Algérie. C’est un jeune homme romantique, sensible, frêle d’aspect.
Sa famille est de La Rochelle. Père médecin. Mère possessive.
Brillant élève : grec, latin. Mauvais en math.
Il se rend à Paris pour des études en droit. Il est destiné à la magistrature ou au barreau.
Etudiant il fréquente Charles Labbé, peintre africaniste dont la famille vit à Blida. Fromentin est frappé par ses aquarelles.
Fromentin sort d’un amour douloureux, Madeleine, la métisse aux yeux noirs. Elle servira de modèle pour son roman autobiographique Dominique (1863).
Il écrit des poèmes. Il peint ou du moins s’essaie à la peinture.
Il s’inscrit à l’atelier de Cabat, peintre d’un certain renom à l’époque.
Il assiste aux différents salons qui s’organisent alors. En 1844 il voit les toiles de Delacroix, Marhilat, Decamps et reste imprégné d’elles.
Il est impressionné. Ces peintres éveillent son intérêt pour l’Orient. Originaire d’une cité au contact avec les rivages ? Il pense à l’ailleurs pour faire autre chose. Il réfléchit au métier de peintre tout en vivant tranquillement avec ses amis parisiens. Sa famille à La Rochelle s’inquiète pour lui et voudrait qu’il s’installe.
Son père est aussi peintre. Amateur. Paysagiste. Les arbres (important pour la suite). Il conseille son fils.
Déjà entre eux une coupure. Fromentin veut être peintre. Non un faiseur. Il veut inventer, s’échapper de l’influence de maître pour être lui-même.
C’est dans cet état d’esprit qu’il décide d’accompagner, à l’insu de ses parents, son ami Charles Labbé à Blida pour assister au mariage de sa soeur.

 

Premier voyage

Départ : mars 1846. Le voyage de Paris à Marseille s’effectue en 3 jours. Moitié en voiture Paris - Chalon. Moitié en bateau Chalon - Avignon. Déjà le Midi l’émerveille. La traversée dure 53 heures.
Arrivée à Alger. Puis Blida. Choc. Fascination.
La lumière, les couleurs, les gens. Pour Fromentin l’Algérie de moeurs, de race, de civilisation est africaine.
Il voit et sent d’abord :
- l’Atlas, ses sommets neigeux et sur les pentes les lauriers-roses, les orangers.
- Les bédouins marchant pieds nus.
- L’odeur d’encens dans l’air.
- Les grands fantômes blancs qui errent dans les ruelles sombres (noir et blanc).
« Comme populations, comme architecture, comme horizons, c’est superbe ».
Il observe des ânes « grands comme des chiens » et note « les grands airs des Arabes ». Tout est beau « même la misère, même la boue des sandales, - oh les enfants! ».
Tout est nouveau pour lui, tout l’intéresse. « L’Orient reste à faire, dit-il, malgré Decamps et Marhilat ».
Problème des modèles. Ceux qui ont été faits « sont des bourgeois ».
Fromentin veut peindre le peuple, le vrai peuple arabe, « avec ses hardes, avec ses ânes misérables, ses chameaux en guenille passant devant des horizons splendides ».
Il est séduit par « cette grandeur dans les attitudes, cette beauté antique dans les plis de tous ces haillons ». « Voilà ce que nous ne connaissons pas », conclut-il.
« Je vous promets de vous rapporter un album assez intéressant » écrit-il à ses amis.
« Je défie qu’on me montre un antique mieux drapé, mieux proportionné, plus scrupuleusement beau, qu’un bédouin, n’importe lequel pris au marché, dans un café, dans la rue... »
Mais ils ne veulent pas poser.
A Blida malgré 6000 indigènes, la ville reste trop française, selon lui.
On cultive peu mais on construit beaucoup. La spéculation sur la terre ici c’est comme à Paris la spéculation sur les chemins de fer. En trois ans la moitié de Blida est devenue française. « Si on continue, dit-il, il n’y aura bientôt plus des maisons arabes ».
« Déjà les mauresques s’habillent à la parisienne, elles mettent des gants glacés pour masquer leurs ongles noirs de henné ».
La langue : un idiome bâtard fait d’espagnol, d’italien, de français et d’arabe.

Il veut voir une ville arabe  « à peu près intacte ».Il désire aller plus loin, à Miliana, considéré comme plus dangereux, « un coupe-gorge fameux ». Il part avec une colonne, « armé jusqu’aux dents ».
Il campe dans la montagne près de torrents bruyants. Ce n’est pas du tourisme d’hôtel. Il dit sa fatigue dans ses lettres. Il dort peu. Pour raconter tout cela il adopte la forme épistolaire « plus souple ». Il se définit comme un artiste « armé de deux mains ».
Réflexion de Fromentin : l’Orient n’a pas été compris, sauf peut-être par Decamps et Marhilat. Voir et comprendre. Aller au-delà des apparences pour mieux saisir le vif. Il écrit à son père : « L’Algérie est le pays de la lumière, de la couleur et des formes grandes. »
L’originalité n’est pas dans le choix des modèles, mais dans la manière de les traiter. Pour Fromentin il n’y a pas de modèles nobles.
De retour à Paris, il sait désormais que sa voie est tracée, que l’Algérie lui a ouvert de formidables perspectives esthétiques, qu’elle a provoqué sa naissance à la peinture.
Il y a trouvé des trésors.
Au Salon de 1847 il expose Les Gorges de la chiffa qu’il vendra 400 francs.
A Paris il reste hanté par son voyage. Il se rend compte du travail de la mémoire qui facilite l’accès à la vérité vécue.
Il prépare son second voyage, un voyage de peintre pour la peinture. « Je veux un voyage pour faire des progrès. Ce qui est me détournera de ce qu’on fait. Je n’imiterai plus ».

Deuxième voyage : 24 septembre 1847-23 mai 1848.
 

Fromentin décide de pousser jusqu’au sud, jusqu’à Biskra, la porte du désert. Le projet de Fromentin : une série de dessins formant un ensemble, une sorte d’itinéraire de Constantine à Biskra, par Lambèse. Faire de ces dessins des eaux fortes qui seront publiés sous la forme d’albums, avec un texte explicatif (projet non réalisé) à mettre en relation avec Le journal de l’expédition de portes de fer de Nodier et Dauzats publié en 1844.
Biskra : le sable, le ciel, la lumière pure. La végétation tropicale (58000 dattiers). Les moeurs arabes encore dans leur primitive intégrité.
Le voyage, long et lent sous la chaleur. « Depuis le cou jusqu’aux jarrets nous ne sommes qu’une douleur ».
En caravane, immense, chameaux et chevaux, 1000 personnes, s’enfoncent encore plus loin dans le désert.
Il revient à Biskra où il apprend la révolution des 22 et 23 février 1848.
A 532 lieues de Paris il assiste à la levée du drapeau tricolore.
Pour Fromentin le sol est une poussière de pierres. Pas une herbe, pas une mousse.
Description d’El Kantara et ces 48000 palmiers nageant dans un air bleu fluide.
Il écrit « la paix du désert est entrée dans mon esprit ».
Après Biskra, qui était comme un avant-goût du grand désert, il retourne en France. Fromentin n’a de cesse de retourner en Algérie. C’est là, croit-il, que son talent peut totalement se révéler. Et puis, note-t-il, « Commercialement parlant, on ne veut de moi que la peinture arabe ».
Aidé par Théodore Chassériau, qui lui procure une commande de l’Etat, Fromentin, maintenant marié à Marie, reprend le bateau à Marseille.

 

Troisième voyage : 22 septembre 1852 - 5 octobre 1853.

Il s’installe à Alger avec son épouse et mène une vie de tranquille douceur. Il se promène, se fait des amis dans la Casbah, discute, observe, prépare son voyage au Sahara.
Il part à Laghouat le 22 mai et revient le 4 août. « Le désert, c’est Dieu sans les hommes » avait écrit Balzac. Ce que démentira Fromentin.
Fromentin est de tous les peintres voyageurs celui qui a le plus écrit sur ses voyages - mais aussi sur sa pratique de peintre - j’allais dire sur sa naissance à la peinture. Il est celui qui a le plus et le mieux parlé de la lumière et des ciels de l’Afrique méditerranéenne et de l’Afrique saharienne.
Et cette Afrique saharienne, il a le sentiment de ne l’avoir pas encore rencontrée.
Le 22 mai 1853 il laisse sa femme à Alger et entreprend une expédition qui doit le mener à Laghouat, en plein « pays de la soif », le vrai désert. Il veut voir « le ciel sans nuage, au dessus du désert sans ombre. »
Ce qu’il entreprend dit-il « est autre chose qu’une promenade » et s’enfonce, à cheval, avec une caravane, des semaines durant, dans des endroits jamais franchis avant lui par aucun artiste.
Il est le premier peintre, sinon le premier civil français, à aller si loin dans le désert du Sahara.
Le voyage est raconté, comme un journal de route, sous forme de lettres pour dire les « fêtes du soleil ». Le recours aux lettres est pour Fromentin un simple artifice pour laisser intacte la fraîcheur de ses observations et permet au peintre de se montrer lui-même, dans une sorte d’abandon. Il lui permet également de se dispenser de méthode, et d’éviter plus tard le problème de la vérité contenue dans le déroulement de la mémoire.
Le pays, du nord vers le sud, change. Il est montré dans ses tons fauves, « couleur de peau de lion ». « Une terre nue comme le sable et aussi blonde que les moissons ”. “ C’est bizarre, c’est frappant, je ne connaissais rien de pareil, je n’avais rien imaginé de si complètement fauve... de si jaune ».
Les couleurs rencontrées : le bleu, le brun, le vert sérieux, le bronze, le blanc, le doré, le blond, le jaune, l’ocre, le rouge, le gris (du gris lilas au gris blanchâtre).
L’humeur varie selon les variations du paysage.
Constante opposition entre l’ombre et la lumière chez Fromentin. La lumière, principe de la peinture, à chaque pas augmente. La lumière, « d’une étonnante vivacité ne me cause, dit-il, ni étonnement, ni fatigue. Elle enveloppe et n’aveugle pas. Elle nous baigne comme une seconde atmosphère. »
Il écrit en peintre, en artiste. « Perspectives immenses ».
Il parle de plans, de lignes fuyantes, de l’horizon, de profondeurs, de traits, de perspective encore...
Il établit une sorte d’inventaire de la végétation : lentisques, alfa (utile au désert, ennuyeuse pour le voyageur), absinthe, térébinthe, pistachier sauvage, pourpiers de mer (k’taf). Puis cette végétation devient de plus en plus rare au fur et à mesure de son avancée vers le désert.
Ce qui plaît à Fromentin c’est le fait d’entrer dans un pays stérile, « où l’herbe grisâtre forme un duvet fané. On y voit là jouer la lumière et vibrer la chaleur comme au dessus d’un poêle. La terre a la solidité d’un plancher ».
Il parle également de la faune : lézards, chameaux, antilopes, fennec, aigles, vipères. Il rapporte de ses chasses perdrix, bécasse, tourterelles, pigeons bleus et canards.
Il décrit enfin la marche, les bivouacs, la fatigue, le décor, la tente rayée de rouge et de noir sous laquelle il se repose.
Il fait référence au général Daumas qui vient de publier Le Grand désert.
L’air sec, « éminemment respirable ». Et le silence qui s’écoute, écrit-il. Le silence saharien n’est pas une absence de bruit « mais plutôt une sorte de transparence aérienne qui rend les perceptions plus claires ». Le silence, ajoute-t-il, est l’un des charmes de ce pays solitaire et vide où « la nuit vient comme un évanouissement. » Comment en parler? Demande-t-il.
Le matin du 26 mai il arrive à Boghari, un petit village aride et nu, toujours ensoleillé et « d'un gris fauve qui commence à sentir le feu. » Le soir « un bal » est organisé. La danse, en pleine obscurité, cernée par une nuit totale, celle que vivent les aveugles, évoque pour lui Macbeth. C'est une scène fantastique où domine le noir et le blanc, l'ombre et la lumière avec une audace, une fantaisie, une furie d'effets sans pareilles soulignées par les zébrures des flammes. Fromentin pense à ce moment à la Ronde de nuit de Rembrandt et non à Delacroix. Il décrit la danse en la comparant à celle des Mauresques « qui sent un peu le mauvais lieu. » Celle à laquelle il assiste, la danse sudiste, est en même temps plus vraie et plus littéraire développant l'éternel thème amoureux, ici joué sous forme de pantomime entre la musique de la flûte et le jeu de la danseuse, objet de la lutte.
On lui dit à la mort d'un fou: « Son âme est allée rejoindre sa raison. »
En quittant le village, le lendemain matin, il le voit blanc, veiné de brun, veiné de lilas. Puis ce sont les roches décharnées, déchiquetées, ébréchées survolées par des corbeaux, des aigles bruns au milieu d'un silence de mort. Tristesse de ce pays désolé, « c'était une grande chose sans forme, presque sans couleurs, le rien, le vide, comme un oubli du Bon Dieu. Partout la même couverture d'un vert pâle; ça et là des tâches ou plus vertes, ou plus grises, ou plus jaune. Et là dessus un « ciel brouillé, soucieux, plein de pâleurs fades. »
« En plein âge moderne, a deux pas de l’Europe, les migrations d’Israël ». Il relativise cette idée.
Il assiste à des aubes divines, à des crépuscules délicats et aux violences du plein midi.
Il arrive à Djelfa le 31 mai. Il dessine et écrit dans le silence neuf, sous le soleil. La lumière, diffuse, est incroyablement vive. L'ombre, elle, « est transparente et légère; elle paraît sombre, elle est limpide. »
Il éprouve de plus en plus le désir de voir un pays sans arbres, un pays de terre et de ciel, à perte de vue et qu'il ne pourrait peindre autrement que « clair, somnolent et flétri. »
Problème de la couleur locale. L’Antique se reconnaît plus chez le berger à moitié nu que chez le Bédouin affublé pourtant de son ample burnous.
L’idée de la couleur locale c’est : l’Arabe égale Bible égale Patriarche égale Moutons égale Tentes égale Chameaux.
Il évoque justement les patriarches. Il vit comme eux (ses deux coffres, son cheval, sa maison mobile).
« Sur ces fonds d’une candeur historique, des personnages majestueux vêtus de blanc et de noir ». Un seigneur de grand tente l’invite.
Sur la tasse de café qu’on lui offre est écrit en arabe « bois en paix ».
Il pense à ses maîtres. L’art est dans la simplicité. Il vient du Louvre, dans ce désert, pour comprendre enfin cela: l’art c’est le dépouillement.
Il atteint enfin Laghouat le 3 juin au soir. Il y restera 40 jours.
C’est d’abord le sable et le ciel d’un bleu de cobalt pur, puis des rochers blancs et une multitude de points obscurs figurant en noir - violet les contours d’une ville. Au bas de ces contours il voit un fourré de vert froid, compact alors que le ciel prend la couleur d’argent mat barré par une ligne violette fermant l’horizon.
L’ensemble est d’un gris bleuâtre.
Laghouat où séjourne Fromentin est une oasis blessée. Il y arrive juste après le siège, dans un silence méridien. Il flotte encore sur elle l’odeur de pourriture, la terre rendait les cadavres des combattants. « Décidément ce n’est pas ici qu’on écrira les bucoliques de la vie arabe. »
Mais la vie reprend. Les jardins sont retravaillés. L’eau est redistribuée à la façon saharienne, c'est-à-dire en appliquant le code de l’eau – code primordial. Le responsable, généralement le sage du village, se sert d’un petit muret pour diriger le cours de l’eau et la distribuer équitablement.
Le jour n’y semble peuplé que par le soleil ; le soir la vie s’anime, des ombres sortent pour s’étendre le long des murs gris. Il fait aussi chaud qu’au Sénégal : 49,5 degrés. La ville diminue la rue au profit de la maison pour se défendre du soleil.
Les maisons sont faites de boue séchée, avec une cour carrée « souillée d’ordure comme des cours d’étable. » Chaque ménage a son coin où il prépare ses repas. A terre sont posés « des plats de bois. » Là-dessus, des mouches en quantité que le soleil excite et met en rumeur. Les chambres ne sont que des galeries où la lumière ne pénètre jamais que par son reflet.
Les nuits d’été on couche sur les terrasses : les hommes s’attardent dehors. On chante accompagné par « les tendres roucoulements du roseau. » Charme des nuits sous l’éclat tranquille des étoiles.
Il observe à la fontaine où les femmes se rendent l’attitude de leurs corps : accroupies elles ressemblent à des singes, debout elles ont l’allure de statues.
Il remarque un joueur de flûte « à la grâce efféminée » et plus loin un garçon ressemblant à une fille. Il évoque son ami Chassériau qu’il considère comme « le peintre de la vérité. »
Il décrit les chevaux : les chevaux noirs à reflet bleu, d’autres écarlates comme le sang d’une blessure ; les chevaux blancs, couleur neige, couleur d’or fin qui, sous le lustre de la sueur deviennent gris foncé ; les chevaux gris clair qui sont presque roses.
Fromentin peint constamment, son carton à dessins l’accompagnant toujours. Il se place sur un rocher pour avoir une vue d’ensemble de la cité. Ce rocher est devenu « le rocher Fromentin. »
Il rêve de Tombouctou la mystérieuse.
Le peuple arabe est très divers, plus divers qu’on ne le croit. Il a le mérite en outre d’être l’un des moins observés. « Ce n’est que plus tard que l’homme apparaît sous les traits de l’Arabe et montre qu’il a, comme nous, ses passions, ses difformités, ses ridicules ».
« N’est-il pas temps de sortir du bas-relief, d’envisager ces gens-là de face, et de reconstruire surtout des têtes pensantes...Je ne puis laisser à la réalité qui pose devant moi la splendeur inanimée des statues. »
Le nomade concentre en lui ces deux contradictions : il est paresseux et travailleur, gourmand et frugal.
A la fin du récit Fromentin se sent les mêmes caractères, la même singularité que l’homme du Sahara
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Eugène Fromentin (1820-1876) - Algérie
Eugène Fromentin (1820-1876) - Algérie
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Eugène Fromentin (1820-1876) - Algérie
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