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Publié par med médiène

Nadia Spahis -  Cliquez-moi, peinture sur toile et sequins 90x90cm 2012

Nadia Spahis - Cliquez-moi, peinture sur toile et sequins 90x90cm 2012

Détournement
Nadia Spahis, l’éclat fait femme, s’installe sans ménagement et avec bruit au coeur du geste créatif. On comprend, à voir son travail, qu’elle sait que l’art est désir et que la peinture - ici le design, son avatar moderne - en est sa réalisation. Sa technique est simple, c’est à dire immédiatement lisible. Elle puise dans le vaste corpus des femmes photographiées pour magazines afin de les réutiliser dans un travail qu’elle poursuit depuis quelques années. Endossant le costume de l’artisan(e) elle découpe, taille, ajoute, colle, couds, défait et raccommode l’ensemble dans un dispositif visuel qu’elle parachève en l’enrichissant d’éléments (perles, tissus rares…) qui le closent.

Ce travail de détournement de l’image n’est pas neuf, de nombreux peintre s’y sont adonnés avant elle. Mais celui auquel s’attèle Nadia Spahis semble peser d’un poids plus lourd parce que s’y heurtent sa vie et son art, son métier de femme et son métier de peintre qu’elle délaisse pour celui de designer. Elle dit : « il y a beaucoup de moi dans ce travail. » Cet aveu n’est pas sans risque car il peut signifier, suivant Flaubert, « ce travail c’est moi » et détourner ainsi son intention de départ : dénoncer la chosification de la femme en troublantes réalisations faisant l’éloge involontaire des corps exhibés dans leurs multiples beautés.

 

L’artiste à l’oeuvre

Sur la toile blanche qu’elle prépare à l’avance elle étale un fond de couleur unie sur laquelle elle applique ses découpes en les agençant d’une manière qui sert au mieux son projet. Les derniers tableaux de cette série montrent souvent le dessin en gros plan d’une femme nue (comme dans l’objet du délit) extraite d’une publicité. Placé hors de son contexte, ce personnage aux yeux bandés, balançant entre jeu de masque et exigence d’anonymat, change d’identité et de statut. D’objet offert à forte connotation érotique fabriqué par le publicitaire, la désigner le transforme en sujet vidé de sa dimension commerciale. Il devient un élément du langage pictural de l’œuvre et se transforme en porte voix de l’artiste.

 

L’extase matérielle

L'extase, Dérive, L'objet du déni, L'objet du délit, Love, Pleasure sont des compositions réalisées à la fin des années 2000. L'extase renvoie au corps possédé dans toutes les acceptions du terme, L'objet du délit interroge l’interdit aussi bien religieux, moral que pénal qui contrôle les pulsions libidineuses qu’engendre la mise en spectacle de ce genre de scènes tandis que Love, avec cette femme accolée à un grand X, emprunte au registre de la signalétique pornographique. Dans cette même veine iconoclaste, la série des Red Dolls réalisée dans la même période, Nadia Spahis se portraiture elle-même, rebelle et et un rien narcissique, en icône aux cheveux rouges, mi-vamp, mi-gorgone.

Ces oeuvres disent clairement le ravissement, au sens étymologique du terme, de l’amour en acte qui se traduit dans ces tableaux en giclures perlées, en pulsations jaillissantes, en pointes de givre durci, en Lèvres rouges (le titre de l’une de ses œuvres), le tout noyé dans une lumière froide de néon. Cette lumière sans ombre des studios de photographes ne surgit pas par hasard. Elle dit quelque chose de la crainte de l’artiste de voir le trouble que ses scènes (par exemple Cliquez-moi) peuvent provoquer sur leurs regardeurs. Nadia Spahis sait bien qu’il n’est pas facile de confronter le regard de l’homme à la représentation du corps jouissant de la femme.

 

Le hors soi

Mais le cri poussé par la bouche ouverte dans Dérive, L’extase et Love peut s’apparenter, si l’on opère une lecture connexe de ces trois tableaux, à celui émis, dans certaines processions religieuses, par les convulsionnaires en transe. Transportés hors d’eux mêmes, ils ne sont plus que sensations désincarnées, que cri annulant la matérialité même du corps.

 

Un mot sur l’artiste

Fille d’un pays solaire, l’artiste en a gardé sa rudesse sauvage et son goût pour les couleurs solides. C’est donc avec bon droit qu’elle subtilise ses valeurs tonales pour en faire la matière de sa palette. La mémoire de la main de Nadia Spahis s’en souvient quand elle retrouve, dans sa pratique de plasticienne, le support coloré sur lequel elle étale et colle le résultat de ses découpes pour faire naître et donner à voir le monde dans lequel elle vit mais où elle respire mal. On dirait qu’elle étouffe dans cet univers submergé par l’omniprésence d’une pornographie soft que banalisent l’ingénieuse industrie publicitaire et le débit continu et sans limites d’Internet. Bénéficiant d’une vaste visibilité, ces images de femmes aux formes idéales s’insèrent désormais si bien dans le paysage quotidien de nos villes qu’on imagine mal leur disparition.

Ce que propose l’œuvre de Nadia Spahis est une sorte d’antitode à l’indifférence complice avec laquelle nous avons accepté, et parfois encouragé, la prise de pouvoir de l’image publicitaire, fonctionnant comme des machines à plaisir, qui lisse nos désirs et alimente nos fantasmes. Peintre du refus, plasticienne de la provocation, Nadia Spahis rejoint, par ses obsessions esthétiques et sa détestation du vulgaire, la lignée des artistes qui résistent, (mais pour combien de temps ?) aux lois de l'économie de marché qui vend sans état d’âme du sexe « clés en main. »

Icônes (peintures)

Pleasure - Peinture  sur toile, collage, sequins 111x102cm 2013

Pleasure - Peinture sur toile, collage, sequins 111x102cm 2013

Cliquez-moi - Peinture sur toile et sequins 90x90cm 2012

Cliquez-moi - Peinture sur toile et sequins 90x90cm 2012

L'objet du délit - Collage, toile sur perle 30X40cm 2010

L'objet du délit - Collage, toile sur perle 30X40cm 2010

Love sous X - Toile verte, collage, perles et paillettes cousues 67x50cm 2010

Love sous X - Toile verte, collage, perles et paillettes cousues 67x50cm 2010

L'objet du déni - Toile peinture et sequins 30X40m 2010

L'objet du déni - Toile peinture et sequins 30X40m 2010

Dérive - Peinture sur toile, perles + tissu et collage 150x150cm 2009

Dérive - Peinture sur toile, perles + tissu et collage 150x150cm 2009

L'extase - Toile, collage, tissus, peinture, perles, paillettes 90x90 cm 2004

L'extase - Toile, collage, tissus, peinture, perles, paillettes 90x90 cm 2004

Red Dolls

 Red Dolls 1, Photo Tirage Musée 2010

Red Dolls 1, Photo Tirage Musée 2010

 Red Dolls 2 Photo Tirage  Musée 2010

Red Dolls 2 Photo Tirage Musée 2010

 Red Dolls 4, Photo Tirage Musée 2010

Red Dolls 4, Photo Tirage Musée 2010

Red Dolls 9, Photo Tirage Musée 2010

Red Dolls 9, Photo Tirage Musée 2010