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Publié par med médiène

Balzac - Modeste Mignon, 1844

A une étrangère,
Fille d’une terre esclave, ange par l’amour, démon par la fantaisie, enfant par la foi, vieillard par l’expérience, homme par le cerveau, femme par le cœur, géant par l’espérance, mère par la douleur et poète par tes rêves ; à toi, qui es encore la Beauté, cet ouvrage où ton amour et ta fantaisie, ta foi, ton expérience, ta douleur, ton espoir et tes rêves sont comme les chaînes qui soutiennent une trame moins brillante que la poésie gardée dans ton âme, et dont les expressions visibles sont comme ces caractères d’un langage perdu qui préoccupent les savants.
De Balzac.

Le dernier roman provincial de Balzac, Modeste Mignon (1844), montre que les rôles sont complètement inversés entre Paris et la Province par rapport à Eugénie Grandet et à La Vieille fille.
On mesure le temps écoulé entre les premières années de la monarchie de Juillet, tant pour l’écrivain que pour la société de son époque.
Modeste Mignon, la petite provinciale, est belle, intelligente, sensible et cultivée. Elle sait parler, alors qu’Eugénie Grandet se tait et que Rose ne dit que des sottises. Modeste vit dans l’éclat alors qu’Eugénie se confine dans le silence.
Modeste sait aussi écrire (Modeste Mignon est presque un roman épistolaire) et utilise la poste comme instrument de la liberté. De plus elle a un père aimant et généreux qui lui réserve une dot fastueuse. Elle épouse l’homme qu’elle aime et cet homme mérite son amour.
Alors que sont présents les mêmes éléments que dans Eugénie Grandet, ici rien ne rappelle ce roman. Modeste échappe à sa cage grâce à ses lettres. Elle réussit à faire tomber tous les obstacles et à choisir son destin. Elle est l’anti-Eugénie par excellence.
La ville du Havre est à l’image de l’héroïne. La France balzacienne est moins répétitive que l’ont fait croire les critiques. Plus de 10 ans séparent l’écriture d’Eugénie Grandet et de Modeste Mignon. Modeste Mignon n’est pas un roman de la Restauration. « Paris change » écrit Baudelaire. La France de province aussi. Le Havre de Modeste Mignon est une ville cosmopolite. A part la famille du notaire, tous les autres personnages viennent d’ailleurs.
La mère de Modeste est Allemande. Son père est provençal. Le fidèle Dumay, l’homme de confiance de M. Mignon, est un Breton qui a pour épouse une Américaine.
Après Waterloo, Charles Mignon installé au Havre est promis à un bel avenir. Il tente de faire fortune dans le commerce international. Il devient armateur, banquier, propriétaire.
En 1826, il est ruiné.
Au début du roman, en 1829, Charles Mignon est absent depuis 3 ans. Il est parti loin pour retenter sa chance (cf. Charles Grandet qui s’embarque pour les Indes).
La famille Mignon a connu un drame : la sœur aînée de Modeste a été séduite et abandonnée par un Parisien. Revenue au Havre, elle meurt de chagrin et de honte.
Modeste, surveillée, est plus prudente. Elle s’échappe en écrivant des lettres. Elle jette son dévolu sur Canalis (Lamartine ?), le poète Parisien à qui elle écrit de longues lettres admiratives. C’est la Brière, le secrétaire de Canalis, qui lui répond à la demande du Maitre.
Les deux Parisiens, le poète et le secrétaire, se rendent au Havre (cf. Bianchon et Lousteau dans La Muse du département).
Modeste n’a rien d’une provinciale. Elle est fière « d’être un peu Allemande » par sa mère. Canalis, qui n’a rien compris, se comporte au Havre en Parisien aveugle, vain et sot.
La Brière, finalement, lui enlèvera la belle héritière. Il l’épousera et vivront à Paris, riches et heureux.

Balzac - Modeste Mignon, 1844
Balzac - Modeste Mignon, 1844
Balzac - Modeste Mignon, 1844
Balzac - Modeste Mignon, 1844
Balzac - Modeste Mignon, 1844

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