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Compteur

  

Publié par Med Médiène

A la fin des années 1800 Degas expose une « suite de nus de femmes se baignant, se lavant, se séchant, s’essuyant, se peignant ou se faisant peigner. » Degas fréquentait les maisons closes de Pigalle où on lui permettait, en invité respectueux des lois du demi-monde, de côtoyer les filles et de vivre avec elles les différents moments de leurs activités. Il pouvait ainsi observer les gestes sans apprêt, mais parfois compliqués, du rituel du tub (Le Tub, 1886, Après le bain…,1886.) Degas réussissait parfois à transformer ces nécessités hygiéniques en scènes de bain que le pastel, par sa texture chaude, érotisait et embellissait. Mais ces ablutions d’arrière cour, qui s’effectuaient rapidement au dessus d’une cuvette d’eau froide, faisaient souvent disparaitre l’idée même d’érotisme.
Un exemple : la Femme s’essuyant (1889.) Une fille, allongée sur une couche baignée de pénombre, semble caresser avec soin son entrejambe dans un mouvement de discrète masturbation. La posture du modèle n’est pas feinte. Elle s’active avec lenteur, parachevant une action antérieure à celle qu’a figurée l’artiste. Sa tête aux cheveux noirs s’appuie sur ce qui peut être un bout de meuble, sans doute le haut de son lit. Le peintre, placé derrière elle légèrement en surplomb, la représente dans une perspective inversée, découvrant d’abord les épaules, le buste, les cuisses puis au bout du corps les jambes largement écartées. Il ne peut voir son visage – et nous ne le montre pas.
Cette scène n’est pas donc une scène de bain, ce moment de la toilette intime choisi pour justifier, en peinture, la capture de la nudité féminine. Plus prosaïquement, il s’agit sans doute d’un après coït, la fin d’une passe bâclée. La jeune femme ainsi laissée dans son insatisfaction essuie et bichonne, dans un geste cru et familier, sa vulve mouillée par l’acte d’amour. Elle se concentre maintenant sur le plaisir libérateur qu’elle attend, le ventre creusé, son pied gauche poussant sur le bois du lit et sa main droite crispée sur le drap. D’où la tension trouble qui émane du tableau, une tension et un parfum (le pastel !) comme le désordre d’une bataille d’où le vaincu – le client pressé ? - serait hors champ.
Au premier plan un personnage passe, indifférent à la jouissance solitaire qui se prépare.

Degas - Femme s'essuyant (1888)
Degas - Femme s'essuyant (1888)
Degas - Femme s'essuyant (1888)
Degas - Femme s'essuyant (1888)
Degas - Femme s'essuyant (1888)
Degas - Femme s'essuyant (1888)

Degas - Femme s'essuyant (1888)

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