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Publié par med médiène

Les différentes formes de l’abandon La maîtresse quittée par son amant. La maîtresse quitte son amant La mère abandonne ses enfants Les enfants abandonnent leur mère (leur père) L’époux quitte son épouse L’épouse abandonne son mari La femme abandonnée à elle même Le thème de la femme abandonnée est sans doute lié à Laurence, la sœur cadette de Balzac, qui a souffert de son mariage. Elle meurt tuberculeuse et abandonnée à 23 ans par son mari. L’abandon qui conduit à la solitude. Qui se donne sans réserve devient objet dans une société réifiante. Balzac écrit à Eve Hanska : « Je n’ai encore jamais aimé. C’est vous qui m’apprenez l’amour. Vous êtes une femme divine. ». Il fait dire à Albert Savarus, qui physiquement lui ressemble : « Croire à une femme, faire d’elle sa religion humaine, le principe de sa vie, la lumière secrète de ses moindres pensées, n’est-ce pas une seconde naissance ! » Rappelons que l’action d’Albert Savarus se passe à Besançon dont on sait qu’elle est « hostile aux étrangers ». Balzac, peintre du féminisme, reconnaît que les : « dévouements de la femme sont sublimes ». La peinture du bonheur chez Balzac se traduit par la description des dorures et une richesse des contours et des formes qui évoquent la peinture hollandaise. Mais, avertit l’écrivain méfiant de tout ce qui viendrait le distraire de sa tâche, « le caractère de l’amour véritable offre de constantes similitudes avec l’enfance : il en a l’irréflexion, l’imprudence, la dissipation, le rire et les pleurs. » La Corinne du roman éponyme de Mme de Staël sert de modèle à de nombreuses femmes de la Comédie Humaine. Voici quelques textes de La Comédie Humaine où le mariage souffre d’incompatibilité entre les époux : La Physiologie du mariage, 1829. Audacieux plaidoyer en faveur de l’éducation des filles. La Vendetta, 1830 La Maison du chat qui pelote, 1830. Incompatibilité des intelligences et des caractères. Dans le quartier du marais vivent deux sœurs : Augustine la belle et Victorine, l’aînée, moins jolie. La première épouse par amour un peintre, Théodore de Sommervieux, qui la rend malheureuse. Victorine quand à elle épouse le commis du magasin de son père. Le couple s’entend à merveille : il reproduit de manière exemplaire celui des parents. Gobseck, 1830. Le colonel Chabert, 1832 La femme abandonnée, 1832. La seconde passion. Une double famille, 1832-42. L’insensibilité de la femme vertueuse. Le comte de Granville a pour épouse une riche héritière, abominablement dévote ; elle lui donne deux filles que l’on retrouve dans Une fille d’Eve. Ce roman se rattache au dessein initial de La Physiologie du mariage. Il choisit de parler là où La Physiologie… avait choisi de se taire. La religion, ici, c’est le froid. Le comte finit par prendre une maîtresse, qu’il installe. Ils ont deux enfants ensemble. Mais ces deux familles vont connaître le désastre à cause d’un prêtre ambitieux. L’interdiction, 1836 La femme de trente ans, 1839. Brutalité et égoïsme du mari. Mise en pratique de La physiologie du mariage. Un homme brutal conduit sa femme à commettre une faute. Elle s’insurge contre le mariage. 5 nouvelles composent ce texte transformé en roman en 1842. Une fille d’Eve, 1839. L’amour rêveur face à l’intelligence du mari. Histoire de Marie et Félix de Vandenesse. Crise de la vie d’une femme mariée. Marie s’ennuie. Raoul Nathan la séduit. Mais le mari, Félix, réussit à la faire revenir. Raoul fréquente le grand monde et le monde des lorettes. Florine, sa maîtresse, est inspirée d’Alice Ozy. Il campe le type de l’écrivain énergique qui construit sa propre perte par manque de constance (il est l’anti-Balzac par excellence). Mémoires de deux jeunes mariées, 1841. Louise de Chaulieu ou l’amour passion. Renée de l’Estorade ou l’amour raison. La Muse du département, 1843. La femme de province, Dinah de la Baudraye. Honorine, 1843. Le spleen du mariage. L’héroïne épouse à 19 ans Octave de Beauvais, 26 ans. Elle s’ennuie. Elle s’en va. Chez un autre. Qui la quitte. Elle est enceinte. Mais elle a connu le plaisir. Seule, elle travaille de ses mains : elle fabrique des bouquets. Octave, qui l’aime toujours, veille sur elle. Cela dure des années. Elle finit par retourner chez son mari. Elle en meurt. Regardons comment Balzac parle de la condition des femmes de son époque. Il faut dire que cette question, celle de la relation homme/femme validée par les sacrements du mariage prenant la forme d’un contrat notarié et de la bénédiction de l’église, est une question que l’on rencontre dans la majeure partie des scènes composant la Comédie humaine. Et essentiellement dans les Scènes de la vie privée. Balzac, on le sait, se veut le concurrent de l’Etat civil, l’historien des mœurs de la société française. Il veut la décrire avec impartialité, dans ses remous et dans ses mues, dans ses grandeurs et dans ses petitesses, dans ses peurs et dans ses audaces. Le début du 19ème siècle est tourmenté, agité par les luttes qui opposent une aristocratie dépassée et une bourgeoisie offensive. La force, l’initiative, le savoir, l’argent sont du côté de la bourgeoisie, classe neuve et riche de ses idées et des pouvoirs qu’elle conquiert un à un. L’argent qui donne le pouvoir et le plaisir remplace le titre nobiliaire. Les valeurs morales de la Monarchie cèdent la place à des valeurs plus tangibles qui puisent leur essence dans la science, le progrès, la modernité. L’ordre nouveau élimine l’ancienne société : on passe du régime des privilèges à celui de l’égalité. En quelques décennies le paysage social en mental de la France s’est transformé. Balzac observe ces transformations et en fait la matière de ses romans qui deviennent des témoignages pour les historiens qui sondent son époque. Il est le premier romancier à avoir su décrire avec autant de vérité la réification et la marchandisation des rapports humains dans cette première moitié du 19ème siècle. Pour ce faire, Balzac prend pour cible une institution, le mariage, et la décrit dans ses multiples variantes tout au long de son œuvre. Pourquoi ? Un premier élément de réponse tient dans ce que la société française, après les tumultes de la révolution, a besoin de paix, de travail et d’ordre. Le pouvoir, maintenant partagé entre noblesse et bourgeoisie, va ériger en modèle l’image de la Famille, cellule fondamentale de toute société civilisée. La famille constituée d’un père, d’une mère et d’enfants est l’élément par excellence de la stabilité et par là de la prospérité. La famille ne peut être que conservatrice, politiquement parlant, industrieuse, économiquement parlant et nombreuse, démographiquement parlant. Balzac, dans la Physiologie du mariage, avance le chiffre de 30 millions, le nombre d’habitants en France en 1829. L’église apporte son soutien à la politique matrimoniale de la Restauration - période ultra religieuse – et de la Monarchie de juillet. Rappelons nous comment le prêtre sermonne Eugénie Grandet qui ne veut pas se marier. C’est une hérésie pour lui. Une jeune femme ne peut rester célibataire. A l’action de l’église va s’ajouter celle de l’étude notariale. Les classes sociales sont de moins en moins imperméables, on se marie de plus en plus par intérêt, par arrangement, entre familles, justement. Par exemple tel vieillard à sang bleu ruiné épousera une jeune fille de la bourgeoisie richement dotée. Telle jeune laideron épousera, parce que duchesse, tel roturier héritier d’une grande fortune amassée dans le commerce. Tel, encore, élégant « corsaire de salon », désargenté, convolera en justes noces avec une plus ou moins jeune veuve valant 50000 francs de rente. Telle enfin, belle jeune vierge de province jettera son dévolu, aidée en cela par une mère avisée, sur un riche aristocrate parisien lassé de la vaine vie des célibataires et qui décide de se ranger (Le contrat de mariage). Ces couples dépareillés, réunis par raison ou par nécessité, et presque jamais par amour, vont vivre en conformité avec le code civil (article 213) qui réglemente leur union en précisant les droits de l’un et les devoirs de l’autre. Les couples dans La Comédie humaine sont décrits d’une part de l’intérieur et d’autre part dans leurs rapports au monde dans lequel ils vivent. Ils sont dépendants des lois et des mœurs de leur époque. A partir de la Physiologie du mariage, les problèmes de la vie conjugale sont solidement ancrés dans une société, bien définie et bien, présente que l’auteur a eu tout loisir de bien connaître. De fait, les drames décrits par Balzac, tous ces conflits conjugaux, ne concernent plus seulement le cadre de la vie privée mais la société toute entière. La société au temps de Balzac est assez dure à l’égard des femmes. La Restauration, sous Louis XVIII et Charles X, n’apporte aucune amélioration de la condition féminine, déjà très malmenée par l’Empire. Au contraire. La femme demeure l’éternelle mineure devant la loi : jeune fille elle dépend de son père, mariée elle dépend de son mari. Reportons-nous aux confidences de Delphine de Nucingen à Rastignac. La Comédie Humaine nous montre bien cette soumission de la femme devant l’homme, le chef de famille, à qui elle doit le respect et l’estime (dans La Cousine Bette, voir le baron Hulot, sa femme, sa fille, son fils). Cette notion de la supériorité masculine, garante de l’ordre et de l’économie, est une donnée fondamentale pour comprendre le fonctionnement du couple marié dans les œuvres de Balzac. Ce déséquilibre en matière de droit et de sentiment explique nombre de conflits conjugaux dans l’univers balzacien : adultère, lutte sournoise mais implacable qui caractérise une grande partie des mariages de la Comédie humaine. Et ce qui rend ces luttes particulièrement âpres c’est qu’il s’agit du combat entre une puissance dite légitime – l’homme, et une force décidée illégitime – la femme . Mais cette remarque d’ordre socio-historique n’explique pas tout. L’univers balzacien est régi par ses lois propres, notamment cette « loi du plus fort » qui règne dans le domaine social et dans celui des sentiments. Balzac représente souvent l’amour comme un combat où celui qui aime le plus finit par être entièrement dominé par celui qui aime le moins. De l’extérieur : la société réelle, à l’intérieur : la société que restitue Balzac, un mouvement peut s’esquisser qui formera l’image de ce que représentait au 19ème siècle cette institution appelée le mariage.

Balzac - La femme abandonnée

Balzac - La femme abandonnée

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